Bonjour et bonne année !

D’abord, une bonne nouvelle : les Brésiliens font confiance à la démocratie. Un sondage réalisé par Datafolha, début décembre 2019, révèle que 61 % d’entre eux estiment que la démocratie est meilleure que toute autre forme de gouvernement. Pour 49 % des personnes interrogées, le risque d’une nouvelle dictature au Brésil est pratiquement nul — ils étaient 42 % à défendre ce point de vue en octobre 2018 lors du premier tour de l’élection présidentielle — et seuls 12 % appellent toujours aujourd’hui de leurs vœux la mise en place d’un régime autoritaire.

Et encore ce rappel : mes livres « Le Brésil de Jair Bolsonaro, chroniques avril-mai 2019 » et « Amazonie en feu, état d’urgence »sont disponibles en souscription au prix respectifs de 14,50 euros /16 CHF et  15,50 euros / 17 CHF en m’envoyant un email avec votre adresse postale sur visionbresil@gmail.com

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6,3 millions d’hectares déjà consumés par le feu en Australie, 25 morts et 480 millions d’animaux anéantis jusqu’à aujourd’hui, et seulement 125 000 hectares brûlés en Amazonie en 2019. Il ne s’agit pas de minimiser la catastrophe qui est en cours en Australie, pourtant, les incendies qui ont eu lieu au Brésil en juillet et août de l’an dernier sont beaucoup plus dommageables que ceux qui blessent aujourd’hui ce pays. C’est un paradoxe, mais les scientifiques sont unanimes : les effets sur la biodiversité, les conséquences pour la planète et la difficulté de récupération de la forêt sont bien plus graves en Amazonie que dans le bush australien. (suite…)

 

Le feuilleton des pompiers volontaires d’Alter do Chão qui auraient mis le feu intentionnellement à une réserve forestière pour susciter des dons d’ONG étrangères a fait long feu. Les quatre personnes arrêtées ont été relâchées, la police fédérale dément les accusations portées contre eux, soupçonnant plutôt des bûcherons clandestins d’être à l’origine du sinistre et le chef de la police de Santarém a été dessaisi de l’enquête au profit du responsable de la police de l’environnement de l’État du Pará. L’accusation était grotesque, elle n’a pas tenu plus de quatre jours.

Plus à l’Est, cependant, dans l’État du Maranhão, deux leaders indigènes de l’ethnie des Guajajara ont été froidement abattus le 7 décembre alors qu’ils rentraient d’une réunion avec la FUNAI, la Fondation pour l’Indien et la compagnie d’électricité Electronorte dont l’objectif était de fixer le montant des indemnités à octroyer aux habitants de la réserve de Coquinho qu’une ligne à haute tension allait survoler. Deux autres membres de la même délégation indigène ont été grièvement blessés.

Cette tuerie intervient un mois après l’assassinat de Paulo Guajajara, un des membres des « gardiens de la forêt » qui luttent contre le déboisement sauvage pratiqué dans leur réserve par des bûcherons clandestins. Dans les deux cas, les responsables semblent liés aux réseaux de ceux qui s’approprient illégalement des terres du domaine public pour les déboiser.

Devant l’aggravation de la situation, le gouvernement a décidé d’envoyer l’armée pour protéger l’intégrité physique des indigènes, mais dans le même temps, le président Jair Bolsonaro signe un décret permettant de légaliser la possession de terres publiques occupées sans autorisation ni titre de propriété. Une mesure destinée à régler la question des lotissements de la réforme agraire, prétend le gouvernement, la porte ouverte à l’appropriation illégale du sol et au déboisement s’insurgent les défenseurs de l’environnement. (suite…)

Après trois jours d’incarcération des brigadistes du feu d’Alter do Chão, le juge instructeur qui avait d’abord prononcé le maintien de leur garde à vue est revenu sur sa décision. Les quatre militants de la brigade de lutte contre les incendies d’Alter do Chão sont sorti de prison sous les vivats de la foule, mais la tête rasée, comme s’ils avaient déjà été désignés coupables ! L’enquête se poursuit, mais elle s’inscrit dans un contexte particulièrement tendu de conflits régionaux autour de violations de la réserve forestière du Rio Tapajós.

Un article de la BBC Brasil, publié par le site UOL aujourd’hui 29 novembre, met en relief l’historique des faits qui ont conduit à cette situation. On y apprend notamment que le responsable de l’enquête, José Humberto Mello Junior, est dessaisi du dossier sur ordre du gouverneur du Pará Helder Barbalho après que le ministère public fédéral de Santarém ait conclu n’avoir relevé aucun indice permettant d’impliquer les quatre prévenus dans les incendies de septembre.

On y apprend aussi qu’en 1997, sur fond d’occupation illégale des terres et d’extraction illégales de bois précieux au sein de la forêt protégée du Tapajós, une action-choc de Greenpeace mettait en cause notamment le propriétaire de l’entreprise de bois Maderize dont le propriétaire était alors… Alexandre Rizzi, le juge en charge de l’enquête actuelle contre les brigadistes d’Alter do Chão. Cette entreprise n’existe plus aujourd’hui et le juge a refusé de confirmer au journaliste de la BBC Brasil s’il avait effectivement été propriétaire de Maderize ou si cette entreprise appartenait à un homonyme, membre ou non de sa famille !

Je vous livre en annexe une traduction rapide de ce dossier de la BBC Brasil ainsi que le lien sur le texte original en portugais:

https://noticias.uol.com.br/ultimas-noticias/bbc/2019/11/28/de-soja-a-briga-pelo-turismo-tensao-envolvendo-ongs-ja-dura-decadas-em-alter-do-chao.htm

Bonne lecture Jean-Jacques Fontaine – visionbresil@gmail.com

 

 

www.trust-j.org/10502

 

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Une hallucinante accusation contre une ONG en Amazonie ; paroles de veuve : Monica Benicio, la compagne de Marielle Franco assassinée en mars 2018

Hier 26 novembre, la police brésilienne de l’État du Pará a arrêté quatre membres de la brigade volontaire de lutte contre les incendies d’Alter do Chão dans l’ouest de l’État du Pará. Parmi eux, un salarié de l’ONG Saúde e Alegria basée à Santarém. Yves Magat et moi-même avons longtemps travaillé avec cette ONG dans le cadre de nos cours de journalisme de l’association ONG Jequitibá. Saúde e Alegria est une des ONG les plus reconnues dans les domaines de la santé, l’environnement et la communication dans cette région d’Amazonie. Au cours de quatre années durant lesquelles nous avons collaboré avec cette association pour développer un programme d’appui aux radios communautaires de cinq villages riverains du Rio Tapajós, nous avons pu constater le sérieux du travail de cette ONG, l’honnêteté de leurs activités et la transparence de leurs comptes.

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« Ni le ministre Sergio Moro — dont Intercept Brasil a dénoncé la partialité et l’usage politique des procès contre la corruption de l’affaire Lava Jato et la condamnation de Lula —, ni le président Jair Bolsonaro ne se sont préoccupé de l’enquête sur l’assassinat de Marielle jusqu’à ce qu’un des fils du chef de l’État ne soit mis en cause. Mais dès que le nom de Bolsonaro a été associé à l’enquête, Sergio Moro s’est dit tout à coup très intéressé par la résolution de cette affaire ! » Ces mots sont de Monica Benicio, la veuve de Marielle Franco.  

Marielle Franco, élue conseillère municipale de Rio de Janeiro en 2016, assassinée le 14 mars 2018… Elle est la première femme noire homosexuelle provenant des favelas à entrer au Législatif de la capitale carioca (12 millions d’habitants) et elle obtient le meilleur score de toutes les femmes candidates. Le 14 mars 2018, elle est assassinée par deux tueurs à gages que l’on dit au service des milices paramilitaires sévissant dans la Zone Ouest de Rio de Janeiro. Monica Benicio était la compagne de Marielle Franco. Elles ont ont vécu en couple durant 14 ans. Désormais veuve, Monica Benicio s’est retrouvée projetée à la tête des luttes du mouvement LGBT au Brésil. Elle était de passage à Genève dans le cadre du Festival Filmar en America latina. Je l’ai rencontrée à cette occasion et elle m’a accordé un long entretien.  (suite…)

9 morts et plus de 100 blessés dans la nuit de vendredi15 à samedi 17 novembre à Cochabamba (Bolivie), suite à des confrontations entre police et supporter d’Evo Morales, destitué le 11 novembre dernier de son mandat de président de la Bolivie et réfugié au Mexique. Evo Morales est accusé d’avoir trafiqué le résultat des élections pour obtenir un 4ème mandat. 31 août 2016, destitution de Dilma Roussef au Brésil par les Chambres législatives, elle est accusée d’avoir trafiqué les comptes de l’État pour cacher l’ampleur du déficit des finances publiques.

Octobre 2019, les Chiliens sont dans la rue pour protester contre la hausse du prix du billet de métro, puis revendiquer plus de citoyenneté au sein du gouvernement. Après des semaines d’agitation, le président Sebastian Pinera et l’opposition se sont mis d’accord pour mettre en place d’une nouvelle constitution, précédée d’un plébiscite qui aura lieu en avril 2020. Juin 2013, les Brésiliens sont dans la rue pour protester contre la hausse du prix des transports publics puis réclamer plus de place pour les citoyens dans les organes du pouvoir. Dilma Rousseff propose de nommer une nouvelle constituante, le parlement bloque le projet.

L’histoire fait de désagréables pirouettes en Amérique du Sud. C’est toute la région qui est ébranlée et ces soubresauts ont de quoi inquiéter à juste titre les populations du sous-continent pour ce qui est de leur avenir immédiat alors que les effets de la crise économique du début des années 2010 sont loin d’être résorbés.

Dans ce contexte, que représente la mise en liberté provisoire de Lula ? Il m’a fallu un peu de temps pour en prendre la mesure, laisser retomber l’excitation soulevée par cette relaxation, tant chez les pro que chez les anti-Lula, écouter les réactions multiples et contradictoires des éditorialistes, tant au Brésil qu’en Europe, et finalement cerner ce dont cet événement est porteur.

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Pour plus de détails, je vous propose cet article de The Conversation : « Qu’arrive-t-il à l’Amérique latine ? »

Version anglaise : https://theconversation.com/whats-going-on-in-south-america-understanding-the-wave-of-protests-126336
Version en espagnol : http://theconversation.com/que-esta-ocurriendo-en-sudamerica-127045
Notez également le Festival Filmar en America latina à Genève du 15 novembre au 1er décembre, le plus grand festival de films latino-américains en Europe, 80 longs-métrages, http://filmaramlat.ch
Et encore ce rappel : mes livres « Le Brésil de Jair Bolsonaro, chroniques avril-mai 2019 » et « Amazonie en feu, état d’urgence » sont disponibles en souscription au prix respectifs de 14,50 euros /16 CHF et  15,50 euros / 17 CHF en m’envoyant un email avec votre adresse postale sur visionbresil@gmail.com