Le Carnaval de Rio de Janeiro est un événement de portée mondiale qui attire chaque année, des centaines de milliers de curieux, exige des investissements millionnaires, mais rapporte aussi beaucoup d’argent aux vainqueurs. Même s’il existe depuis la fondation de la cité, le Carnaval de Rio n’a pas toujours été cette débauche de lumières de paillettes et de capitaux que l’on connaît aujourd’hui. Dans le passé, c’était même une période de fête violente, crainte par les habitants respectables de la ville.

Les feux du Carnaval 2012 se sont éteints le Mercredi des Cendres 21 février, laissant une traînée de souvenirs colorés à ceux qui auront assisté au défilé de Sapucaí. Un défilé qui cette année a plébiscité les écoles de samba des quartiers de la zone Nord de la ville : les 3 premières places sont occupées par Unidade da Tijuca, Salgueiro et Vila Isabel. 4km seulement les séparent les unes des autres.

Ces 3 écoles appartiennent à des favelas pacifiées par la nouvelle politique de sécurité des autorités, et abritent chacune, une UPP, une unité de police de pacification. « C’est un grand changement pour préparer le carnaval, par rapport à l’époque où c’étaient les trafiquants qui dominaient et finançaient le défilé, explique un participant de Salgueiro, c’est bien mieux maintenant ».

Dans des temps plus anciens, le Carnaval, c’était autre chose…

La tradition est apparue en Europe au XI° siècle, déjà sous la forme d’une fête débridée annonçant le début du Carême. Le Carnaval est arrivé au Brésil au XVI° siècle, par l’intermédiaire des colons portugais qui ont aussi importé leurs traditions. C’est ainsi qu’était célébré le « Terça-Feira de Entrudo », le Mardi du Commencement ou Mardi Gras dans la tradition francophone, qui précédait « Quarta das Cinzas », le Mercredi des Cendres.

A cette époque, dans le Rio de Janeiro colonial, le « Terça-Feira de Entrudo » était le seul jour de l’année où les esclaves avaient le droit de se lâcher. Des esclaves dont le lieu de vie principal était la rue dans laquelle ils vaquaient à la plupart de leurs occupations. Parmi celles-ci le transport d’eau, des fontaines publics aux cuisines des palais de la noblesse. Pas étonnant dès lors que le Carnaval de Rio ait commencé par des jeux d’eau dans les rues. Pour singer leurs maîtres européens, les esclaves s’enduisaient aussi le visage de poudre blanche. Cette tradition des défilés de rue et des déguisements s’est perpétuée. Elle est même en pleine renaissance depuis quelques années.

Jeux d’eau, jeux de vilains

Les jeux des esclaves du XVI° siècles étaient bien innocents tant que le liquide qu’ils s’envoyaient les un sur les autres était de l’eau propre. Même si certains nobles étaient arrosés au passage. Cela devenait nettement moins drôle lorsqu’on avait affaire aux « esclaves-tigres », chargé de l’évacuation des excréments domestiques.

On appelait ainsi ces forçats car les seaux de déjections qu’ils transportaient sur leurs épaules débordaient, striant leurs visages et leurs corps de rayures brunâtres peu ragoûtantes. A Carnaval, les esclaves-tigres ne se privaient pas de balancer leurs déjections sur les passants, terrorisant ceux qui avaient le malheur de les croiser le long d’une venelle étroite ! Et leurs facéties douteuses ne s’arrêtaient pas là.

Le « Limão de Cheiro »

A l’intérieur des maisons aussi, le déchaînement des esclaves faisait des ravages, même si l’atmosphère était généralement moins électrique que dans la rue. Le jet de liquide ici, était pratiqué à travers la technique du « Limão de Cheiro », littéralement le « citron parfumé ». Qui ressemblait plus à une bombe puante qu’à un fruit frai. Il avait rarement le parfum du citron !

La recette consistait à tremper un citron dans une bassine de cire tiède encore liquide, additionnée d’un colorant vert ou jaune. On retirait ensuite le fruit et lorsque la croûte de était sèche, on vidait le citron de sa pulpe et de son jus pour le remplir d’un liquide plus ou moins innocent, eau, huile pimentée, excréments, avant de le jeter avec force sur la victime choisie, afin que le projectile éclate et libère son contenu. Hématomes et salissures garantis.

Pluie nauséabonde

Le jet de « limao de cheiro » était encore plus efficace lorsque le projectile était balancé depuis une fenêtre de l’étage, en visant un passant dans la rue : il explosait alors avec plus de force ! De telle sorte que celui qui devait se déplacer pendant le Carnaval risquait non seulement d’être arrosé par la merde balancée par les esclaves-tigres, mais encore de recevoir un complément de même nature sur la tête, tombant des hauteurs.

Autant dire qu’il valait mieux rester chez soi du « Mardi du Commencement » au Mercredi des Cendres. Et que le Carnaval de Rio de l’époque n’était pas vraiment une destination touristique… Serait-ce pour cela qu’aujourd’hui, il est de bon ton dans la bonne société carioca d’affirmer qu’à l’époque du Carnaval, il vaut mieux aller se réfugier dans la fraicheur des montagnes cernant Rio de Janeiro pour fuir les désordres des célébrations…

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