Un ancien procureur général confesse avoir failli tuer un juge fédéral et les méthodes questionnables de l’entraide policière entre la Suisse et le Brésil.

Rodrigo Janot, procureur général de 2013 à 2017, confesse dans ses mémoires qui viennent de paraître être entré un jour dans les locaux du Tribunal Suprême avec une arme chargée à la ceinture dans l’intention de tuer un des juges du collège et de se suicider ensuite. Janot précise que la personne visée était le juge Gilmar Mendes avec lequel il était en conflit. L’épisode s’est déroulé en 2017 : « dans un accès de douleur aiguë et de rage aveugle, il s’en est fallu de peu que je ne décharge mon arme contre une autorité à la langue perverse. Au dernier moment, la main invisible du bon sens ne m’a pas permis d’aller au bout de mes intentions. »

Interdit de port d’arme

L’affaire est cependant prise suffisamment au sérieux pour que le juge du Tribunal Suprême, Alexandre de Moraes se saisisse du cas et retire son droit de port d’arme à Rodrigo Jannot et lui interdise de s’approcher à moins de 200 mètres de tout intégrant de la Cour Suprême, « à titre de précaution. ». Selon le statut du désarmement, les juges fédéraux et les procureurs bénéficient d’office d’une autorisation de porter une arme. Gilmar Mendes a renoncé à porter plainte contre Rodrigo Janot, mais il a demandé des mesures de protection supplémentaires et suggère qu’on apporte une « aide psychiatrique » à l’ex-procureur.

Dans la version qu’il a fournie aux médias, Rodrigo Janot explique que son coup de colère était intervenu au terme d’une dispute particulièrement violente avec Gilmar Mendes, dans le cadre des enquêtes liées à l’affaire de corruption Lava-Jato. Le procureur avait demandé la récusation du juge dans un procès concernant le milliardaire Eike Batista, car son épouse, Guimor Mendes travaillait pour le bureau d’avocat des défenseurs d’Eike Batista. Gilmar Mendes aurait riposté en accusant à son tour la fille de Rodrigo Janot, elle aussi avocate, de défendre une autre entreprise sous enquête dans cette même affaire, la firme de construction OAS. L’affirmation s’est révélée totalement mensongère, affirme Rodrigo Janot.

Des méthodes de coopération judiciaire internationale questionnables.

Quatre mois après cet épisode, en septembre 2017, Rodrigo Janot quitte ses fonctions de procureur général, au terme de son mandat, auréolé d’une réputation d’honnêteté et d’intransigeance qu’il partage alors avec celui qui n’était encore que le « petit juge de Curitiba », l’actuel ministre de la Justice Sergio Moro. Les quatre années de Rodrigo Janot à la tête du ministère public fédéral à Brasilia ont été marquées par la plus grande investigation jamais entreprise contre la corruption au Brésil. Appuyé par une équipe de dix personnes, le procureur général a lancé 137 enquêtes concernant notamment l’ancien président par intérim Michel Temer, quatre autres ex-présidents, dont Luis Iniacio Lula et 93 parlementaires.

À cette rocambolesque affaire, qui relèverait du vaudeville plus que d’autre chose s’il n’y avait pas eu risque de mort d’homme, s’en ajoute une seconde, révélée par le site The Intercept Brasil : des dirigeants et des cadres supérieurs d’entreprises sous enquête dans le cadre de Lava-Jato auraient été incarcérés préventivement sur la base de soupçons recueillis à l’étranger de façon illicite. Des informations transmises aux autorités judiciaires brésiliennes en violation des règles normales de l’entraide judiciaire internationale. Ces soupçons auraient permis aux procureurs de la cellule d’enquête Lava-Jato de Curitiba d’obtenir des confessions négociées de ces prévenus et de remonter ainsi la piste de la corruption politique. https://noticias.uol.com.br/politica/ultimas-noticias/2019/09/27/lava-jato-usou-provas-ilegais-do-exterior-para-prender-futuros-delatores.htm

Un risque calculé

Le coordinateur de la cellule d’enquête, Deltan Dallagnol, reconnaît les faits. Averti du danger que représentait cette pratique à l’occasion de l’interrogatoire de deux des ex-directeurs de Petrobras, Paulo Roberto Costa et Renato Duque, il l’avait alors minimisé : « c’est un risque calculé », et ajouté que si les prévenus étaient relaxés à cause de cela, « nous agirons alors par le canal officiel et demanderons à nouveau leur incarcération. » D’après The Intercept Brasil, en novembre 2014, Deltan Dallagnol aurait lui-même ramené de Suisse une clé USB contenant des relevés bancaires de Paulo Roberto Costa, obtenue auprès des enquêteurs du ministère public helvétique.

À cette époque, les procureurs généraux de Suisse et du Brésil coopéraient étroitement. Ils s’appelaient Rodrigo Janot et Michael Lauber et se sont plusieurs fois rendu visite, à Brasilia et à Berne. Tous les deux sont aujourd’hui sur la sellette pour leurs méthodes parfois expéditives, Rodrigo Janot à cause de son dérapage armé, Michael Lauber, réélu difficilement la semaine dernière, à cause de ses liens troubles dans le cadre des enquêtes sur la FIFA.

Lula concerné ?

Selon The Intercept Brasil, les « échanges informels d’information » entre Berne et le Brésil à propos de l’argent déposé en Suisse par les opérateurs de la corruption Lava-Jato aurait ensuite transité par l’ambassade de Suisse à Brasilia : Plus exactement par un fonctionnaire de la police fédérale helvétique en poste dans cette ambassade, du nom de Marco Marinzoni, qui les auraient obtenues du procureur chargé des enquêtes en Suisse, Stefan Lenz, et les auraientrepassées à la cellule d’enquête de Curitiba. Je n’ai pas enquêté en Suisse pour vérifier l’authenticité de ces révélations — je laisse ce soin à mes collègues des médias helvétiques — mais par expérience, je tiens les affirmations du site The Intercept Brasil pour généralement crédibles et fondées.

Quoiqu’il en soit, si ces faits sont prouvés, l’affaire est suffisamment grave pour faire dire aux avocats de plusieurs des condamnés à la prison dans l’affaire Lava-Jato, jugés sur la base de confessions de délateurs repentis ainsi obtenues sous la contrainte, que ces jugements doivent être annulés, et leurs clients relâchés. The Intercept Brasil ne précise pas si l’ancien président Lula est l’un de ces cas, mais cette affaire concernerait également les avoirs en Suisse de membres de la famille de Lula dont l’un de ses fils.

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Raoni aurait escroqué la fondatrice de la chaîne de produits de beauté naturels The Body Shop Anita Roddick ! Fakenews…

L’information tourne en boucle sur les réseaux sociaux depuis le 19 septembre : la fontatrice de The Body Shop, Anita Roddick,  se serait rendue en Amazonie dans les années 1980, en compagnie du chanteur Sting et aurait rencontré le cacique caiapó Raoni. Ensemble ils auraient fondé une ONG, Cobra Coral, dont le nom évoque le collier en serpent que Sting portait durant ses tournées à l’époque, un cadeau reçu de Raoni. L’ONG Cobra Coral aurait offert à la tribu des caiapó de Raoni un avion sanitaire d’une valeur de 10 millions de dollars ( !) qui aurait été ensuite revendu par le cacique à des trafiquants de drogue , puis saisi par la police pour délit de contrebande. L’histoire se lit comme un roman et exhale un léger parfum de véracité. Mais tout est faux !

Anita Roddick s’est effectivement rendue en Amazonie dans les années 1980, mais pas avec le chanteur Sting. Elle a effectivement rencontré des indiens caiapó, mais jamais leur cacique Raoni. Aucune ONG du nom de Cobra Coral n’a jamais existé dans l’entourage de Raoni et aucun avion sanitaire n’a jamais été donné aux tribus caiapó. Raoni est président d’honneur d’une fondation intitulée ONG Forêt vierge dont le siège est à Paris.

Il existe bien, par contre, une fondation nommée Cacique Cobra Coral dont le siège est à Guarulhos dans l’État de São Paulo. Mais elle n’a aucune relation avec l’Amazonie, ni avec les caiapó, ni avec Raoni. Il s’agit d’une ONG mystico-ésotérique qui organise des événements culturels et prétend pouvoir faire pleuvoir ou au contraire, arrêter la pluie !

Une histoire inventée… par par hasard!

Cette histoire, totalement inventée, n’est pas tout à fait apparue  n’importe quand et n’importe comment sur la Toile. Elle a vu le jour très peu de temps après que Raoni ait prononcé un discours, en lien avec les incendies en Amazonie, demandant que le président Jair Bolsonaro abandonne le pouvoir… Chercher l’erreur!

Quand à la chaîne britannique The Body Shop, elle a été vendue, après le décès de sa fondatrice en 2007, à l’entreprise brésilienne Natura. Les magasins The Body Shop que l’on peut côtoyer dans le monde entier sont donc sous contrôle de capitaux brésiliens.

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Et n’oubliez pas! Vous avez la possibilité de souscrire à mes deux livres : « Jair Bolsonaro, chroniques avril-mai 2019 » (14,50 euros / 16,00 CHF) et « Amazonie en feu ! Etat d’urgence » (15,50 euros / 17,00 CHF) en m’envoyant un message sur visionbresil@gmail.com Les prochains rendez –vous de discussion à propos de ces deux livres: Lundi 7 octobre, 18 : 30, Université de Genève, bâtiment Unimail, salle MR150, soirée organisée par le groupe Amnesty UNIGE; Mardi 8 octobre, 18 : 30, Fondation Jean Jaurès, 12 Cité Malesherbes, 75009 ParisJeudi 10 octobre, 19 : 00, Maison de l’Amérique latine, 217 Bd St-Germain, 75007 ParisJeudi 31 octobre, 18 : 00, Librairie du Boulevard, 34 rue de Carouge, 1205 GenèveSamedi 2 novembre, dès 14 : 00, signatures, Librairie Payot, Place Pépinet 4, 1003 Lausanne
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