Bonjour,

A la demande du journal suisse La Liberté, j’ai rédigé un rapide portrait de l’équipe ministérielle du nouveau président Jaïr Bolsonaro et de ses hommes d’influence. Je livre ce texte à votre réflexion.

Bonne lecture!

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Deux discours, l’un aux parlementaires, dans la salle du Congrès, l’autre aux supporters massés sur l’esplanade des ministères, puis une rafale de décrets publiés au premier journal officiel de l’année 2019. Jair Bolsonaro a désormais tracé le profil de sa législature. Moins de ministres, une nouvelle répartition des tâches, la remise aux mains du ministère de l’Agriculture de la démarcation des terres indigènes et, petite mesure sociale de complément, une hausse du salaire minimum. 

Sept portefeuilles sont supprimés, mais 22 ministres sont intronisés en lieu et place des 15 promis. Parmi eux, 3 généraux de réserve, un amiral, 3 autres militaires de moindre rang et deux femmes seulement, mais pas n’importe lesquelles.

Damara Alves pilote le ministère des Droits humains, de la Femme et de la Famille. Elle est pasteur évangélique et s’est distinguée par son activisme anti-avortement et ses déclarations racistes, misogynes et homophobes. Elle prend en charge la FUNAI qui s’occupe des questions indigènes ainsi que la commission d’amnistie responsable pour les réparations et la mémoire des victimes de la dictature, deux dossiers qui passent de la justice aux ministères des Droits humains. Damara Alves a toutefois déclaré qu’elle voulait « travailler en harmonie avec la communauté LGTB ».

L’autre figure féminine de cette équipe ministérielle, c’est Tereza Cristina, au ministère de l’Agriculture auquel a été rattachée la compétence « d’identifier, délimiter et enregistrer les terres traditionnellement occupées par des indigènes », tâche antérieurement assumée par la FUNAI. Cela annonce des lendemains difficiles pour les populations indiennes qui luttent contre l’envahissement de leurs terres par l’agrobusiness, car Tereza Cristina est une figure forte du front parlementaire de l’agro-élevage au parlement. Elle récupère aussi la gestion du code forestier, principale arme de lutte contre la déforestation qui était jusqu’alors dans les, mais du ministère de l’Environnement.

Du côté des 20 autres responsables masculins de ce gouvernement, quelques figures d’influence vont modeler les prochaines décisions du président. Parmi elles, Paulo Guedes, le super-ministre de l’Économie.Il regroupe désormais aussi sous sa houlette la planification et le commerce extérieur. Bolsonaro, qui dit ne rien comprendre de l’économie, affirme que c’est son gourou. Paulo Guedes a fait ses études à l’École ultra-libérale des Chicago boys, avant d’aller enseigner à l’université du Chili au début des années 1980, en pleine dictature de Pinochet. Sa vision de la chose économique est sans ambiguïté : « privatisations, concessions, démobilisations, il faut tout vendre. »

Sans surprise, Paulo Guedes a focalisé son discours d’investiture sur la réduction du déficit des finances publiques, notamment celui du régime des retraites. Mais si cette réforme ne passe pas, a-t-il précisé, il faudra revoir le système des avantagesqui favorisent les fonctionnaires et les privilégiés de l’administration publique : « La prévoyance sociale est une fabrique d’inégalités, ceux qui légifèrent, ceux qui juge ont les meilleures retraites, le peuple brésilien, lui, a les plus basses ». Pas sûr que la mesure soit utile pour résorber la dette publique, mais Paulo Guedes, en bon populsite, caresse ainsi les supporters de son président dans le sens du poil.

L’autre super-ministre,c’est Sérgio Moro, l’ex-petit juge de Curitiba,responsable des investigations sur la vaste affaire Petrobras Lava-Jato, et de la condamnation à la prison pour corruption de l’ex-président Lula. Son ministère de la Justice incorporera désormais la COAF, le conseil de contrôle des activités financières, fer de lance de la lutte contre la fraude. Sérgio Moro est sans aucun doute le plus populaire des ministres de l’équipe Bolsonaro. Il a promis de poursuivre son combat contre les malversations et se dit favorable à l’abaissement de l’âge de la majorité pénale à 16 ans pour lutter contre la criminalité. Comment va-t-il se profiler par contre, face à la demande du président et des ses fans d’extrême-droite de libérer le port d’arme, cela n’est pas encore clair.

Parmi les sept militaires qui composent cette équipe, il y a bien sûr le vice-président, le général Hamilton Mourão, célèbre pour une certaine incontinence verbale.En septembre 2017, il a publiquement évoqué l’hypothèse d’un coup d’état militaire pour « renverser toute cette pourriture qui nous entoure ». Hamilton Mourão n’était, semble-t-il, pas le premier choix de Jair Bolsonaro pour occuper la vice-présidence, mais le général à la retraite a déjà assuré qu’il ne serait pas « un vice décoratif ».

 L’autre général-ministre important c’est Augusto Heleno, à la tête de la Défense. Qui englobe aussi désormais la police. Il a été le premier commandant militaire de la mission des Nations Unies en Haïti (MINUSTAH), entre 2004 et 2005 et à ce titre, il est très populaire auprès de la troupe. Lorsqu’ensuite il a assumé le commandement militaire de l’Amazonie en 2007, son image s’est nettement brouillée suite à de déclarations musclées accusant le gouvernement Lula de mener une politique indigéniste chaotique : « La démarcation des terres indigènes est une menace à la sécurité nationale, elle abandonne les Indiens aux manœuvres des intérêts obscurs des ONG ». Désormais ministre, il défend le droit des policiers à exécuter les criminels armés : « il va y avoir des morts, oui, mais des morts du bon côté. »

Citons encore le lieutenant-colonel Marcos Pontes, qui fut le premier astronaute brésilien à aller dans l’espace en 2006. Il est ministre des Sciences et de la Technologie et défend la désidéologisationde l’école : «  Je suis sur que vous voulez que l’école donne à vos enfants quelque chose d’utile à la place de ces cochonneries idéologiques ou sexuelles qu’elle véhicule ». Il forme une paire avec son collègue en charge de l’Éducation, Ricardo Vélez Rodriguez, philosophe et théologien colombien naturalisé brésilien, qui défend les valeurs conservatrices de l’église et combat férocement les thèses de la théologie de la libération.

Derrière ces 22 ministres qui constituent la vitrine de l’équipe Bolsonaro, se cachent d’autres hommes d’influence, dont les 3 fils du président, Flavio, Carlos et Eduardo Bolsonaro, et, aussi et surtout, Onyx Lorenzoni, ministre de la Casa civil.Il est chargé de faire le lien entre l’exécutif et le parlement. Il est considéré comme le cerveau du président. Député, il a durement bataillé pour obtenir l’impeachment de Dilma Rousseff, et c’est un fervent partisan de la flexibilisation du statut du désarmement, une réforme pourtant à laquelle plus de 60 % des Brésiliens se disent aujourd’hui opposés.

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