Sergio Moro sera le prochain ministre de la Justice. Le juge fédéral de Curitiba, en charge de la plupart des enquêtes sur la corruption de l’affaire Lava Jato, a accepté avec promptitude à l’invitation qui lui avait été faite, au lendemain de sa victoire électorale, par Jaïr Bolsonaro d’occuper ce poste dans son futur gouvernement. Ce faisant, il renonce immédiatement à poursuivre les instructions en cours, liées aux affaires de corruption dont il a la responsabilité.

C’est une mauvaise nouvelle pour les condamnations qu’il a déjà prononcées, dont celle de l’ex-président Lula à 12 ans de prison, verdict confirmé ensuite par le Tribunal Suprême.

C’est une mauvaise nouvelle, car, en cédant ainsi aux délices de la politique, ce magistrat adulé par la population pour sa rigueur et son honnêteté, donne du blé à moudre à ceux qui, particulièrement dans les instances dirigeantes du Parti des Travailleurs, ont fait de lui un ennemi public, l’accusant de partialité idéologique et de chasse aux sorcières contre la gauche.

Je vous livre ci-dessous la traduction d’un éditorial, paru ce matin dans le journal Folha de São Paulo, qui me paraît particulièrement pertinent à ce sujet.

Bonne lecture

Jean-Jacques Fontaine – Vision Brésil

« La volte-face du juge

L’empressement avec lequel le juge fédéral Sergio Moro a répondu à l’appel du président élu Jaïr Bolsonaro, très rapidement après la clôture du scrutin a étonné même les observateurs les plus attentifs de la trajectoire du magistrat.

Lundi, le futur mandataire mentionnait le fait que Moro serait un bon choix pour le Ministère de la Justice ou pour un fauteuil au Tribunal Suprême, étant donné le rôle qu’il a joué dans le combat contre la corruption au cours des dernières années.

Le jour suivant, le juge s’est dit honoré par l’invitation et a immédiatement manifesté son enthousiasme pour cette proposition. Une rencontre entre les deux hommes a été fixée au jeudi 1er novembre, à Rio de Janeiro [où demeure Bolsonaro et durant laquelle Sergio Moro a confirmé qu’il acceptait sa nomination]. Cette précipitation tranche avec la réputation que s’était forgée le magistrat, estimé pour le zèle mis durant quatre ans pour mener les procès de l’affaire Lava Jato.

Le professionnel sobre, qui a appliqué la loi avec rigueur et envoyé en prison les notables qui s’étaient entendus pour piller les coffres de l’État, quitte la scène. Entre à sa place le juge obnubilé par l’adoration populaire dont il fait l’objet et avide de se frotter à la politique. Moro a définitivement compromis son indépendance de magistrat en se déclarant aussi immédiatement à disposition du nouveau gouvernement. (…)

Le Parti des Travailleurs aura dès lors tous les arguments pour alimenter sa version fantaisiste des événements, insistant auprès de l’opinion et des institutions internationales sur le fait que Lula, condamné sans preuve, est victime de persécution.

Certes, c’est une prérogative du président de constituer son équipe. Certes, Moro peut être animé des meilleures intentions du monde. Mais pour la crédibilité des enquêtes de Lava Jato contre la corruption, c’est un dommage irréversible.»

https://www1.folha.uol.com.br/opiniao/2018/11/a-guinada-do-juiz.shtml?

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