À l’image de Donald Trump, Jaïr Bolsonaro s’est entouré, pour mener sa campagne, sur un nombre restreint de proches et de membres de sa famille. Certains de ces personnages se retrouveront à la tête de ministères ou de secrétariat d’État, d’autres continueront à « conseiller » le président dans l’ombre. Qui sont ces « hommes du président » ?

Ce sont les « douze apôtres de Bolsonaro », comme le titrait récemment le journal Le Monde, citant le quotidien Valor : « Ils sont comme les douze apôtres du messie, tous des hommes et aucune femme ».

Au cœur du dispositif, les trois fils aînés, Flavio, 37 ans, député au législatif de l’État de Rio de Janeiro, Eduardo, 34 ans, député fédéral et Carlos, 35 ans, membre du conseil municipal de Rio de Janeiro. C’est lui qui pilote la campagne de la famille sur internet.

 

Ils sont chapeautés par celui qui s’est hissé à la tête du Parti social-libéral (PSL) — une formation quasi inconnue avant la campagne présidentielle (1 député fédéral lors de la dernière législature, 52 maintenant) — Gustavo Bebianno, 54 ans, avocat, ceinture noire de ju-jitsu. Bebianno gère l’agenda de Jaïr Bolsonaro et s’occupe des relations avec les autres partis.

Le bouclier

Un rôle déterminant lorsqu’il s’agira de nouer des alliances ponctuelles au Congrès. On le surnomme « le bouclier » et il dit de lui qu’il est une espèce de « bombril[1], j’ai mille utilités ».

À part cela, il martèle détester la politique dans laquelle il dit n’avoir jamais été impliqué jusqu’à présent, mais que maintenant il l’aime « pour Jaïr ». Il pourrait devenir le prochain ministre de la justice, ce qui lui ferait superviser les services du procureur général, en charge de toutes les enquêtes sur les scandales de corruption Lava-Jato.

Ruraliste, amateur d’armes et pasteur évangélique

Cet aréopage restreint, qui comprend encore quatre membres actifs du PSL, est complété par Nabhab Garcia, président de l’Union démocratique rurale, l’association des grands propriétaires terriens, l’homme orchestre de la bancada ruraliste ou bancada do boi.

Nabhab Garcia

Onyx Lorenzoni

 

 

 

 

 

Un autre député fédéral, Onyx Lorenzoni, surnommé « l’articulateur », adepte influent de la bancada da bala, le lobby des armes, pourrait se retrouver à la Casa civil, une fonction de chef de cabinet du gouvernement, à la fois courroie de transmission entre le président et le conseil des ministres et avec le parlement.

Magno Malta, sénateur et pasteur, complète cette liste des proches. Il est chargé des rapports avec les milieux évangélistes, la bancada da bibla.

Le super-ministre

Enfin, Paulo Guedes est l’homme fort de la politique économique du prochain président. Le futur super-ministre. Dans les années 1970, il a suivi les cours de l’université de Chicago, où se retrouvaient alors tous les ultralibéraux, adeptes des privatisations à tout crin que l’on allait surnommer plus tard les Chicago Boys. Ils ont particulièrement sévi au Chili, sous la dictature de Pinochet où le fer de lance de leur programme fut la privatisation et la capitalisation de la sécurité sociale.

C’est un dossier sensible au Brésil, la prévoyance-retraite accuse un déficit abyssal et Paulo Guedes veut appliquer à Brasilia la même recette que celle mise en place à Santiago où elle a provoqué des drames terribles pour les épargnants les plus modestes et largement contribuer à creuser les inégalités sociales. Mais avec ce genre de mesures, la réduction de l’appareil de 29 à 15 ministres et la privatisation des entreprises publiques (sauf dans le secteur de l’énergie) Paulo Guedes affirme qu’il effacera le déficit du budget brésilien en un an. Une promesse totalement irréaliste, estiment tous les observateurs économiques.

Les généraux du capitaine

Du côté des militaires qui vont rejoindre l’équipe gouvernementale — au moins quatre, murmure-t-on —, deux sont déjà connus. Et déjà controversés. Le général Hamilton Mourao est le vice-président élu. Il s’est fait discret ces dernières semaines après avoir tenu des propos fracassants plus tôt dans la campagne, affirmant qu’on n’avait pas besoin du peuple ni de ses représentants pour réformer la Constitution, une simple commission parlementaire suffisait. Désavoué par Bolsonaro, il a récidivé en suggérant la suppression du treizième salaire dans la fonction publique pour équilibrer le budget de l’État.

Augusto Heleno, autre général, est pressenti par Bolsonaro pour diriger le ministère de la défense. Il incarne la ligne dure de l’armée, c’est lui qui a déclaré que s’il regrettait quelque chose des temps de la dictature, c’était que l’armée avait seulement torturé les opposants au lieu de les tuer. Lui aussi a été prié de mettre une sourdine par l’équipe de campagne du président élu qui ne l’a pas désavoué.

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[1]Au Brésil, le bombril désigne une éponge métallique servant à récurer les casseroles.

 

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