Le Brésil abrite une grande part de la forêt amazonienne et du bassin versant du fleuve Amazone. Ce dernier a un rôle fondamental à jouer dans la lutte contre le réchauffement climatique. Pourtant, paradoxalement, ce fleuve gigantesque contribue à la fabrication du CO2 plus qu’à sa résorption tout au long de son trajet vers la mer !

(extrait du dossier publié par « theconversation.com » le 26 octobre 2018)

En traversant la forêt la plus étendue et la plus productive au monde, il transporte des feuilles mortes en quantité, l’eau de pluie ruisselant des sols environnants et des sédiments de diverses origines. En un mot une « soupe de carbone » sous forme dissoute.

Dans les régions tropicales où l’eau des fleuves descend rarement en dessous de 25°, ce carbone organique (c’est-à-dire issu des plantes terrestres ou aquatiques) est dégradé rapidement par des bactéries. Il peut ainsi être converti en CO2(ou en méthane, autre gaz à effet de serre) et repartir dans l’atmosphère en quelques heures, voire en quelques minutes seulement. Le fleuve Amazone représenterait dans les estimations les plus récentes près de 50 % du flux global de CO2 issus des eaux continentales.

Quand l’Amazone rencontre l’Atlantique

 Mais cet impact négatif se renverse lorsque l’Amazone arrive à son embouchure. Avec un débit moyen de 206 000 m3 par seconde, il déverse en 8 heures le volume d’eau potable consommé par l’ensemble des Français en un an. Quand cette énorme masse d’eau douce atteint l’Atlantique, elle forme, à la surface de l’océan, une pellicule d’eau moins salée, moins dense, qui s’étend sur des centaines de kilomètres carrés.

Ce panache est riche en nutriments — tels que le nitrate, le phosphate ou encore le fer — et fertilise des algues microscopiques, appelées phytoplancton. Bien qu’invisibles à l’œil nu, ces microalgues ont un rôle essentiel dans le cycle global du carbone. Comme les plantes terrestres, le phytoplancton pratique la photosynthèse : il consomme de très grandes quantités de carbone dissous et rejette de l’oxygène. Une fois le phytoplancton mort ou brouté par le zooplancton, une partie de ce carbone fixé est entraîné sous forme de détritus vers les profondeurs de l’océan.

Du coup, la prolifération phytoplanctonique générée par l’Amazone inverse dans la mer ce qui se passe en amont le long de son cours : elle réduit la concentration en carbone des eaux du panache, alors que le reste de l’Océan Atlantique tropical, le plus souvent sursaturé, a tendance à rejeter du CO2.

Barrages et sécheresses

Cet équilibre de sources et puits de CO2du fleuve Amazone est menacé par les activités humaines. Ainsi les barrages hydro-électriques, en stoppant ou ralentissant l’écoulement de l’eau, ont tendance à augmenter le dégazage de CO2, mais aussi et surtout de méthane. 140 barrages sont déjà construits ou actuellement en construction et plusieurs centaines d’autres sont en projet sur l’Amazone et ses affluents. À cause de la crise économique, le gouvernement a gelé la plupart de ces projets, mais on peut imaginer qu’ils seront réactualisés par Jaïr Bolsonaro qui va garder la main sur le secteur de production d’énergie.

sécheresse de 2010 en Amazonie

Par ailleurs, les preuves s’accumulent montrant que les cycles hydrologiques du bassin amazonien sont en train de changer. Ces dernières décennies, des périodes de sécheresse extrême (en 2005, 2010 et 2015) ont alterné avec des inondations violentes et spatialement étendues. Ces évènements sont attribuables en partie à des phénomènes locaux. La déforestation entraine un déficit d’évapotranspiration, il y a moins de vapeur d’eau dans l’air, ce qui provoque des sécheresses. De plus, les zones déboisées facilitent le ruissellement de l’eau aggravant les inondations et les glissements de terrain.

Recherches en cours

 En réduisant la croissance des arbres et en accroissant leur mortalité et le risque d’incendie, chaque période de sécheresse diminue pendant des années la capacité de la forêt amazonienne à absorber du CO2.

De plus, l’intensification du cycle hydrologique pousse le débit de l’Amazone vers des extrêmes, augmentant le pic de mai-juin et diminuant le bas débit de septembre-novembre. Ces plus grandes variations du débit modifient l’apport en nutriments à l’océan, bouleversant en conséquence la dynamique phytoplanctonique et le cycle du carbone marin. Ces perturbations n’ont pas encore été clairement identifiées ou quantifiées. Elles font l’objet de plusieurs recherches en cours.

En assouplissant les règles de protection des arbres de la forêt amazonienne pour offrir des pâturages supplémentaires aux éleveurs de viande bovine destinée à l’exportation, Jaïr Bolsonaro va contribuer à accentuer les risques d’alternance sécheresses – inondations, donc l’émission de CO2 et de méthane des cours d’eau amazoniens. Cela ne manquera pas de l’éloigner des objectifs fixés par l’Accord de Paris sur le Climat, un accord qu’il a d’abord menacé de dénoncer avant de revenir sur ses propos.

Le nouveau président ne prend visiblement pas en considération le fait que l’Amazone est un maillon déterminant du cycle global du carbone, impacté par le système climatique mondial et l’impactant à son tour.

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