Bonjour,

A une semaine des élections présidentielles au Brésil, je vous recommande l’excellent dossier réalisé par Géopolitis de la RTS (Radio-télévision suisse), avec comme grand invité Jamil Chade, correspondant à Genève du quotidien « O Estado de Sao Paulo ». Vous trouverez le lien sur cette émission ci-après. J’aimerais y ajouter un commentaire personnel…

https://www.rts.ch/info/monde/9878111–le-bresil-est-une-democratie-en-danger-.html

Bonne lecture et bon visionnement

Jean-Jacques Fontaine – Vision Brésil

Les racines de ce désastre démocratique sont à rechercher dans l’histoire brésilienne de ces dernières décennies. Après la fin de la dictature militaire en 1985 et des débuts un peu chaotiques, le Brésil nous avait habitués à se donner des présidents consensuels et rassembleurs : Fernando Henrique Cardoso, entre 1994 et 2002, qui a inventé une nouvelle monnaie, le Réal pour terrasser l’hyperinflation, Luis Iniacio Lula da Silva (2003-2010) qui a mis sur pied une politique réussie de redistribution des bénéfices de la croissance aux plus pauvres. On avait cru alors le pays sur les rails d’un avenir stable.

La crise de 2008

Il n’en était rien. La crise financière mondiale de 2008-2010 a tout balayé d’un coup. Et les antagonismes se sont rallumés. Par la mise en place de la stratégie des champions nationaux, qui inaugurait une nouvelle politique interventionniste du gouvernement dans l’économie, improvisée et mal dirigée, Dilma Rousseff, a été la première des chefs d’État diviseurs. Le soutien aux multinationales à qui on devait la croissance des années précédentes, Petrobras, Vale, les géants de l’agroalimentaire et quelques autres, à travers l’octroi de crédits à taux préférentiels par la BNDES, la Banque Nationale de Développement économique et social, a stimulé l’éclosion de la corruption généralisée et la multiplication des pots-de-vin qui ont éclaboussé l’ensemble de la classe politique. Ceux qui n’ont pas bénéficié de cette manne étatique en ont éprouvé, c’est bien normal, une profonde rancœur.

Le président par intérim, Michel Temer, incapable de trouver une issue à la crise économique et politique, n’a rien arrangé en renvoyant systématiquement la responsabilité de la situation à l’équipe précédente. Le psychodrame du procès, puis de l’emprisonnement pour corruption de Lula, ensuite, indépendamment du fait que, selon toute vraisemblance, l’ancien chef de l’État était bel et bien coupable de turpitude, ont encore approfondi les divisions.

Porte ouverte à tous les populismes

Le vide était abyssal, la porte était dès lors grande ouverte aux populistes de droite comme de gauche, pour ces élections présidentielles et législatives de 2018. Jaïr Bolsonaro caracole en tête, lui qui cultive la nostalgie de la dictature militaire, veut changer la Constitution sans consulter les électeurs et rassemble, sous un mot d’ordre sécuritaire, la moyenne bourgeoisie urbaine victime de la violence quotidienne dans la rue. À gauche, même s’il bénéficie toujours de l’appui des populations les plus pauvres du Nord-Est, Fernando Haddad peine à incarner une alternative crédible, enfermé qu’il est dans son image de substitut de Lula, interdit de scrutin.

D’autant qu’il est encore prisonnier des incantations dogmatiques de la présidente du PT, Gleisi Hoffmann dont les discours vilipendent les « coupables agissements  de la droite patronale », sans s’embarrasser de la moindre autocritique vis-à-vis des politiciens du Parti des Travailleurs qui ont mollement cédé aux sirènes de la corruption. Entre les deux, rien ou presque. Marina Silva, l’écologiste, est à 5 % des intentions de vote, elle était arrivée en troisième position face à Dilma Rousseff en 2014, avec 21 % des voix, Ciro Gomes et Geraldo Alkmin, qui tiennent un discours social-démocrate, ne décollent pas.

Je crains donc, à l’instar de Jamil Chade, que ces élections de 2018 ne plongent le Brésil dans une pénombre douloureuse prolongée. Car il va falloir des années pour que les forces de rassemblement arrivent à émerger de nouveau. Bien sûr, comme toujours, le Brésil se relèvera. Il est « Too Big to Fail », trop grand, trop puissant pour s’effondrer totalement. Mais combien de temps allons-nous devoir attendre ?

 

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