Le Brésil vit un des psychodrames les plus marquants de son histoire. Un feuilleton à rebondissements qui sera sans doute souligné par les annales. Lula a été condamné à la prison pour corruption par le Tribunal suprême, il a fait de la résistance à son incarcération un acte de politique majeur, puis en se soumettant ensuite, il a souligné son engagement démocratique à l’égard des institutions. Un monument d’habileté. Petite nomenclature en trois actes et un épilogue (provisoire) d’une semaine durant laquelle le meilleur et le pire se sont côtoyés

 

Acte 1        –jeudi 5 avril 2018 : la chute d’une icône

Acte 2        – vendredi 6 avril 2018 : le jour où tout n’a pas basculé

Acte 3        – mercredi 11 avril 2018 : la justice décide… de ne rien décider

Epilogue    – octobre : les élections présidentielles, une boîte noire…

Acte 1 —La chute d’une icône

Jeudi 5 avril 2018. Cette fois, c’est dit — ou presque — l’ancien président Luis Iniacio Lula da Silva va devoir effectuer la peine de 12 ans et un mois de prison à laquelle il a été condamné en 2016 pour corruption passive et blanchiment d’argent dans l’affaire dite du « triplex de Guaruja ». Le Tribunal suprême a confirmé la sentence en seconde instance. Il ne pourra donc vraisemblablement pas se présenter aux élections présidentielles d’octobre prochain pour briguer un troisième mandat même si les sondages le placent en tête avec 35 % des intentions de vote.

La chute de celui qui incarnait la gauche anti-dictatoriale durant les années de plomb est un coup dur pour le parti qu’il a fondé au début 1980, le Parti des Travailleurs. Ce dernier a perdu 60 % des mairies qu’il contrôlait lors des élections municipales de 2016 à cause des pratiques de corruption dont il est accusé. Elle ouvre aussi la voie à l’incertitude, avec le possible retour au pouvoir, d’une extrême droite qui surfe sur le mécontentement et le discrédit de toute la classe politique.

Selon ses avocats, Lula a encore quelques maigres possibilités de recourir contre son emprisonnement en réclamant notamment un nouvel habeas corpus ou en instaurant une action en nullité pour vice de forme contre le Tribunal régional du Parana qui l’a condamné en 2016. Mais les chances de succès sont minimes et quoi qu’il en soit, si elles peuvent lui permettre de surseoir encore quelques semaines à l’exécution de la peine, elles n’annuleraient pas la condamnation.

Comment en est-on arrivé là ?

Comment le syndicaliste qui incarnait la lutte pour un renouveau de la politique brésilienne a-t-il pu céder aux sirènes de la corruption ? Comment le politicien adulé des pauvres, qui a rassemblé une vaste majorité sur son nom lors de sa première élection présidentielle en 2002 est-il devenu un « délinquant en col blanc » ? Comment, celui qui, durant ses 8 ans aux commandes du pays, aidé par une conjoncture économique favorable, a tiré de l’extrême pauvreté plus de 30 millions de Brésiliens, a-t-il sombré dans le marécage des basses manœuvres politiciennes ?

L’avenir dira ce que le Brésil doit à Lula et le mal que ce dernier a fait au pays. Ce qui sûr, cependant, c’est que la décision du Tribunal suprême de confirmer la condamnation de l’ex-président est une victoire pour les enquêteurs fédéraux qui travaille à mettre au jour les mécanismes de la plus importante affaire de corruption politique que le Brésil a connue, l’affaire « Lava Jato ». À ce jour, 1 765 enquêtes ont été diligentées, 73 accusations ont été formulées contre 305 personnes, 108 politiciens en exercice sont sous investigation dont l’actuel président Michel Temer et les sommes détournées se monteraient à 1,85 milliard de CHF (1,56 milliard d’€).

Un cadeau surtout symbolique

Face à l’ampleur de ces malversations, le « cadeau » fait à Lula d’un appartement triplex de Guaruja valant quelque 1 million de CHF (850 000 €) semble presque anecdotique. Il a pourtant une valeur symbolique : « la décision d’aujourd’hui montre clairement que le Tribunal suprême est décidé à ne pas intervenir contre l’application stricte de la loi sur la corruption politique », note Marcio Camargo, économiste chez Opus Investimentos. « Il confirme ainsi la prévisibilité du pouvoir judiciaire pour le monde des affaires ». C’est au moins, un (petit) signal positif dans l’océan d’incertitude où le Brésil est actuellement immergé.

(article paru dans le Journal La Liberté, vendredi 6 avril 2018)

Acte 2 : Le jour où tout n’a pas basculé

Sergio Moro n’a pas attendu… Sept heures après que le Tribunal suprême a rendu sa décision, le « petit juge de Curitiba », en charge de l’essentiel des enquêtes sur l’affaire Lava-Jato, émet un ordre de prison contre Lula. Il est sommé de se présenter au siège de la police fédérale de Curitiba avant vendredi 6 avril à 17 h pour y être incarcéré. Une cellule individuelle sans barreaux lui a été aménagée et selon la décision du juge Moro « il ne sera fait usage à aucun moment de menottes contre le condamné ».

La décision précipitée de Sergio Moro prend tout le monde par surprise, y compris le président du tribunal fédéral régional de Curitiba, le TR4, à l’origine de la condamnation de Lula pour l’affaire du « triplex de Guaruja ». Mais c’est que le juge Moro a fait de la condamnation de l’ancien président du pays son affaire personnelle, la marque de sa croisade contre la corruption politique du pays. Cette fois, mal lui en a peut-être pris, car Lula, armé de son génie de la politique lui retourne la mesure.

Il refuse d’obtempérer, s’enferme, avec ses partisans, au siège du syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo, là d’où était parti son combat contre la dictature militaire en 1980. Un cordon de manifestants protège l’immeuble pendant que les avocats négocient avec la police fédérale.

Lula militant, Lula démocrate

Lula se rendra finalement aux forces de l’ordre 26 heures après le délai imparti, au terme d’une messe à la mémoire de son épouse décédée Marisa, qui se transforme en un gigantesque meeting politique, un testament enflammé de 55 minutes au terme duquel le tribun affirmera : « Lula, désormais, ce n’est plus une personne, c’est une idée et ILS [les suppôts de la bourgeoisie] verront qu’il y a des milliers de Lula dans ce pays pour les affronter ».

La tension était extrême. Le juge Moro va-t-il ordonner d’aller cueillir le prévenu au milieu des siens ? L’habileté politique de Lula et la retenue de la police fédérale permettent d’éviter le dérapage. Les forces de l’ordre renoncent à donner et Lula se courbe finalement devant la légitimité républicaine. Il en accepte son incarcération — qu’il considère toujours injustifiée — au lieu de prendre le maquis.

Florilège…

Des deux côtés, l’honneur est sauf et le Brésil prouve une fois de plus la solidité de ses rouages démocratiques devant la menace d’une grave crise de ses institutions. Tout au long de cette chaude journée du vendredi 6 avril 2018, cependant, les risques de dérapage ont été constants et les commentateurs de tous bords ne se sont pas privés de le relever. Petit florilège…

Merval Pereira : « En permettant un “sursis” afin que Lula puisse célébrer une messe en souvenir de son épouse décédée Dona Marisa au siège du Syndicat des métallurgistes, la police fédérale permet à ce dernier d’apparaître en résistant face aux militants du PT amassés devant l’immeuble tout en s’inclinant devant la légitimité institutionnelle en acceptant finalement son incarcération. Tactiquement, c’est une manœuvre habile. Reste à savoir si, au-delà de ses proches supporters, l’arrogance de l’ex-président saura convaincre les non-convertis. Dans le cas contraire, ce serait un revers de plus pour l’image de ce remarquable politicien qu’est encore Lula aujourd’hui. »

Lydia Medeiros : « En février 1980, le PT naît d’une convergence entre le syndicalisme émergeant, les secteurs progressistes de l’Église catholique, des intellectuels et des militants d’extrême gauche qui ont perdu la lutte armée contre la dictature. Le syndicaliste Luis Iniacio Lula da Silva apparaît comme le catalyseur de cette formation qui prophétie l’utopie d’emmener la classe ouvrière au paradis.

En 2003, Lula est élu président par 52,7 millions de votes, il est réélu en 2006 pour un second mandat qu’il termine en 2011 avec un record historique de popularité, 83 % d’approbation. L’immense affaire de corruption Lava Jato qui éclate en 2015 sera fatale au PT, embourbé dans les scandales et à Lula mis sous enquête pour corruption par le juge Sergio Moro.

Le PT, cependant, continue à parier sur l’image emblématique de son leader pour tenter de remonter la pente. Le problème c’est que Lula a émergé à la tête du PT en prêchant la morale et l’honnêteté en politique. Le mensalão et Lava Jato ont déconstruit ce discours. Il faudra plus que l’image du mythe emprisonné pour sortir ce parti de l’ornière ».

José Casado : « C’est la liquéfaction d’un long cycle politique qui a débuté le 7 avril 1978 lorsque l’évêque de Santo André Claudio Hummes entreprit de quêter dans son diocèse argent et nourriture afin de soutenir les ouvriers de la métallurgie de Sao Paulo qui avaient lancé une grève inédite en pleine dictature militaire. À leur tête un inconnu, un ex-ouvrier devenu syndicaliste, Luis Iniacio Lula da Silva.

La décision de l’incarcérer, 40 ans après, marque la dissolution non seulement du projet qu’il incarnait, mais encore de toute la génération politique qui l’a accompagné. Mais le drame construit autour de l’emprisonnement de Lula révèle aussi autre chose : la fragilité des forces de gauche, otages du vieux leader, qui n’arrivent pas à imaginer l’avenir, au-delà de la Rua Professora Sandalia Monzon, adresse de la cellule réservée pour Lula à Curitiba ».

Ascanio Seleme : « Le jour le plus important de l’histoire du Brésil, il n’y a pas eu de mobilisation populaire en faveur de Lula. Seuls ses fidèles militants lui ont apporté leur appui. Les discours enflammés de la présidente du PT Gleisi Hoffman, qui appelait à l’insurrection nationale et prédisait que “pour prendre Lula ils vont devoir tuer des gens”,n’ont pas fonctionné. Personne n’a tué, personne n’est mort. Lula, pragmatique comme toujours, n’a pas écouté les incendiaires. L’accord entre ses avocats et la police fédérale n’a finalement pas offensé la justice tout en donnant à Lula le temps politique nécessaire dont il avait besoin avant de se rendre ».

Bernardo Melo Franco : « Sergio Moro semble avoir planifié la prison de Lula comme un grand moment symbolique dans le déroulement des enquêtes du Lava Jato. Même le président du tribunal régional qui avait décrété la sentence, le TR4, dit avoir été surpris par la précipitation du juge. Il ne prévoyait pas son incarcération avant une trentaine de jours.

La manœuvre de Sergio Moro, cependant, n’a pas donné les résultats escomptés. Son empressement a enflammé ceux qui y voyaient une persécution politique et il s’est exposé à de nouvelles critiques des avocats et des alliés de Lula qui lui reprochent depuis longtemps une attitude cavalière.

Cette fois, c’est Lula qui a pris le juge Sergio Moro de court. Ce dernier a dû baisser la garde et accepter un accord négocié entre la police fédérale et les avocats pour que Lula se livre à son heure, en fin de semaine. C’est sans doute mieux ainsi, mais la maladresse du petit juge ne va pas contribuer à calmer les esprits ».

Eugenio Bucci : « Hier, 6 avril 2018, la fissure mortelle qui déchire le Brésil s’est élargie. Contre le pouvoir de l’État, un autre pouvoir s’est insurgé. La main judiciaire s’est heurtée à un mur de gens vivants… Juste ou arbitraire, la décision d’emprisonnement de l’ex-président ? Formaliste ou humaniste ? Peu importe. La situation nationale s’est réduite à une roulette russe. Qui a raison ou tort n’a plus d’importance. Personne n’a raison…»

Cacá Diegues“Lula a incarné un rêve que chaque Brésilien a fait un jour ou l’autre. Un rêve d’espoir, qui commence avec un individu très pauvre, arrivé du Nord-est affamé, sans renommée aucune, et qui finit par nous enchanter parce qu’il est un génie politique, qu’il porte un projet magnifique.

Lula allait devoir accomplir ce qu’il promettait. Il s’impose à son parti, le PT, et peut s’attribuer la paternité d’une croissance économique favorable à une bonne partie de la population. Nous étions alors au centre de l’attention du monde, convaincu que le Brésil allait finalement rencontrer son futur. Barack Obama nommera Lula avec admiration ‘the guy’, le gars… Au terme de ces huit glorieuses années, il quitte le pouvoir avec 85 % d’approbation populaire.

Ma première grande déception avec lui — mon héros de la lutte contre la dictature, de l’organisation des ouvriers à Sao Paulo, de la création d’un nouveau parti populaire réformiste et moral — est venue avec l’explosion des affaires de corruption politique où il a participé à la construction de l’image d’un autre Lula, arriviste et corrompu. Malgré tout, même s’il a aujourd’hui perdu son aura de ‘héros du peuple’, je ne considère toujours pas Luis Iniacio Lula da Silva comme un bandit.

On dit que Lula doit aller en prison à cause de ce qu’il a fait, car il est l’égal de tous. Mais à travers tout ce qu’il a réalisé pour le pays, tout ce qu’il représente sur le plan politique et symbolique, il n’est pas l’égal des gouvernants véreux comme Sergio Cabral, Eduardo Cunha, Geddel Vieira, ni des dirigeants corrompus de Petrobras ou Odebrecht. Il ne mérite pas la prison.”

Acte 3 : La justice décide… de ne rien décider

La conclusion de ce feuilleton aurait dû intervenir ce mercredi 11 avril au cours d’une nouvelle session du Tribunal suprême. Il avait en effet inscrit à son ordre du jour la réouverture du débat autour de la décision prise en 2016, qui impose l’exécution immédiate des peines de prison pour les condamnés dont le recours a été rejeté en seconde instance. Et ceci même si d’autres recours peuvent encore être déposés. C’est tout l’enjeu du bras de fer institutionnel sur lequel comptent les avocats de Lula pour le faire sortir de prison immédiatement.

Cet arrêté de 2016 du STF vise à mettre un frein à la multiplication des actions en appel qui éternise les procédures pratiquement jusqu’au terme du délai de prescription, lorsque les prévenus peuvent s’entourer de bons avocats. On sait le Tribunal suprême divisé sur la question et la conclusion qu’il aurait dû rendre ce mercredi, si elle remettait en cause l’arrêté de 2016 aurait permis à Lula et à plusieurs dizaines d’autres personnalités politiques emprisonnés pour délits de corruption de retrouver tout de suite une liberté provisoire.

Le STF a finalement décidé de ne rien décider, repoussant la discussion d’au moins une semaine. On passera sur l’argumentaire peu convaincant justifiant ce report pour ne relever que la manœuvre de temporisation destinée à faire baisser la tension sans trancher dans le vif du sujet. Lula reste ainsi (provisoirement) en prison, mais l’avenir de sa candidature aux élections présidentielles d’octobre demeure aussi (provisiorement) en suspens.

Dans l’intervalle, il est soumis au régime “normal” de la prison, a décrété le juge Moro, un régime qui restreint l’autorisation de visite aux seuls membres de la famille et à ses avocats. Ainsi, 9 gouverneurs principalement originaires d’États du Nord-est, se sont vu interdire l’entrée de sa cellule. Faute de munitions aussi, le campement monté par le MST devant les locaux de la police fédérale de Curitiba pour assurer une “veille militante” en faveur de l’ex-président s’essouffle. Le temps passant, le plus célèbre détenu du pays, qui se considère comme un prisonnier politique, tend à sombrer dans l’oubli. Jusqu’au prochain épisode…

Epilogue : les élections d’octobre, une boîte noire.

Lula, déclaré coupable et désormais en prison, a peu de chance de pouvoir se faire entendre dans la campagne présidentielle qui s’ouvre. “Si grand que soit son charisme, il est difficile d’imaginer qu’il puisse mobiliser les masses depuis sa cellule”, commente Lauro Jardim, éditorialiste à O Globo.

“Lula a l’appui, personne ne le met en question, d’électeurs plus nombreux que n’importe quelle autre figure politique brésilienne, mais ses supporters ne sont pas nécessairement des gens prêts à bloquer le pays pour le défendre. C’est en tout cas ce que l’histoire récente nous montre.”

D’où un vrai risque de voir l’ancien militaire Jair Bolsonaro, partisan de peine de mort et défenseur du port d’arme, second dans les sondages derrière Lula, profiter de la déroute de ce dernier. Derrière lui, on commence à entendre quelques bruits de bottes qui font peur au Brésil.

Ainsi, juste avant la session du STF du jeudi 5 avril qui jugeait du recours de Lula, le commandant de l’armée de terre, le général Eduardo Villa Bôas twittait que “l’armée répudie l’impunité et qu’elle est attentive à ses missions institutionnelles”. “Dans la situation que vit le Brésil, il faut se demander qui des institutions et du peuple pense au bien de la nation et des générations futures et qui n’agit que pour son intérêt personnel”.

Des bruits de bottes qui inquiètent

Mis en cause par les juges du Tribunal suprême et par les médias, le général Villas Bôas a rapidement assuré que son message sur les réseaux sociaux signifiait que l’armée respectait entièrement la légalité et qu’elle ne cherchait en aucun cas à s’infiltrer dans le jeu politique. N’empêche, le souvenir du coup d’État de 1964 et des 21 ans de dictature militaire qui ont suivi a brutalement ressurgi. D’autant que politiquement, le pays se trouve dans une impasse.

Paradoxalement, une impasse qui fait penser à ce qui se passe en Catalogne. Lula, en première place dans les sondages, mais pratiquement interdit de candidature, ne pourra vraisemblablement pas être élu président du Brésil en octobre prochain. Carles Puigdemont, président désigné de la Catalogne par un vote populaire légitime, est interdit de règne par la justice espagnole qui le poursuit pour rébellion et détournements de fonds.

Lula versus Puigdemont

Une ressemblance qui ne doit pas faire oublier une nuance de taille ! Lula est condamné pour enrichissement illicite, Carles Puigdemont est poursuivi pour avoir utilisé des fonds publics afin d’organiser un référendum sur l’indépendance de sa région interdit par le pouvoir central de Madrid. Mais dans les deux cas, c’est aujourd’hui le vide politique qui domine.

Dans le cas brésilien, c’est un vide préoccupant, car il est encore alimenté par l’absence de toute figure susceptible de rassembler parmi les candidats potentiels ou déclarés aux élections d’octobre. Le PT, laminé par les scandales, avait tout misé sur son leader. Il n’a pas de vrai substitut à Lula. Mais la droite aussi s’est effondrée. La plupart de ses ténors sont sous les verrous ou sous enquête, embourbés dans les ramifications de l’affaire Petrobras.

Y a-t-il un sauveur dans l’avion ?

Y a-t-il tout de même une figure providentielle ? Certains commencent à penser sérieusement à une candidature alternative, celle de Joaquim Barbosa, 64 ans, ancien juge fédéral à la retraite. Lui-même se pose la question de savoir s’il va présenter sa candidature. Son histoire personnelle et sa stature parlent pour lui. Il a mené les enquêtes contre le “mensalão”, la première affaire de corruption politique du gouvernement Lula, en 2006, concernant l’achat de vote au Parlement, puis celles concernant ensuite le “mensalão du PSDB”, le parti d’opposition de centre-droite englué dans les mêmes actes de corruption dans l’État du Minas Gerais.

Joaquim Barbosa, élu ensuite président du Tribunal suprême, a pris sa retraite en 2014, pour des raisons de santé, auréolé d’une réputation égale celle de Lula quand il a quitté la présidence en 2012. On le surnommait alors “le Batman brésilien” et aujourd’hui, il serait crédité de 50 % des votes s’il se présente à la prochaine élection présidentielle.

Un autre petit père des pauvres ?

Autre ressemblance avec Lula, Joaquim Barbosa est, lui aussi, issu d’un milieu très modeste. Sa mère. Divorcée, femme de ménage, a élevé seule ses 8 enfants. Joaquim Barbosa s’est ainsi construit seul “à la force du poignet”, comme Lula. Sa réputation d’honnêteté et d’intransigeance est devenue sa marque de fabrique, suite au conflit qui l’a opposé en 2009, lors d’une session du Tribunal suprême retransmise à la télévision, à son collègue Gilmar Mendes, lequel l’accusait “de détruire la crédibilité de la justice brésilienne” par son acharnement à mener les investigations contre la corruption.

Joaquim Barbosa fait toute sa carrière dans le champ judiciaire. Il manque ainsi d’expérience politique et de connaissance parlementaire. C’est un handicap certain pour gouverner un pays aussi complexe que le Brésil, qui plus est, traverse aujourd’hui une tempête institutionnelle. C’est sans doute la raison pour laquelle Joaquim Barbosa hésite à se lancer dans la course à la présidence du pays…

Jean-Jacques Fontaine, 11 avril 2018

 

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