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En ces temps de post-impeachment de la présidente Dilma Rousseff, et de multiplication des enquêtes sur la corruption, les candidats aux municipales qui se déroulent ce dimanche 2 octobre font profil bas. On aurait ainsi pu espérer que ce scrutin marque un tournant dans la culture électorale du pays. Qu’il permette une recomposition des forces politiques et un renouveau de la relation entre électeurs et élus. Il n’en a rien été ! L’émiettement des innombrables partis en lice s’est maintenu et même si la campagne a été plus discrète que lors des scrutins précédents, les pratiques d’intimidation des candidats et de coercition des votants ont fleuri de plus belle. Ces élections locales 2016 sont un affront à la démocratie, comme le notent plusieurs commentateurs politiques.

ficha-sujaElles sont un affront aux règles démocratiques d’abord parce que plus de 5 200 candidats en lice briguant une place de conseiller municipal de maire ou de vice-maire sont sous enquête au titre de la loi Ficha limpa, mains propres, pour avoir pratiqué des détournements de fonds publics au cours de mandats précédents ou d’avoir truqué les comptes. Ils n’auraient pas le droit de se présenter, mais de recours en recours, de lenteurs en atermoiements des instances judiciaires, ces 5 200 personnes ont pu faire campagne en toute légalité. Ils sont donc susceptibles d’être élus, quitte à devoir abandonner leur poste si d’aventure les enquêtes les concernant aboutissent à une condamnation.

L’électeur en otage, le candidat sous intimidation

C’est évidemment une situation qui prend l’électeur en otage puisque ce dernier vote pour un représentant dont il ne sait pas qu’il est sous enquête judiciaire et qui, au cas où il devrait renoncer, sera remplacé par un vient ensuite qui n’aura pas reçu l’aval des bulletins de vote. Ce jeu de chaises musicales perpétue au niveau local la domination des familles politiques claniques qui font la loi depuis toujours.

Mais plus encore que ces péripéties juridico-administratives, ces votations ont été marquées par les habituelles pratiques d’intimidation et de violence faite aux candidats. Dans ce domaine, la triste palme de l’arbitraire revient au grand Rio de Janeiro. 14 candidats en campagne ont été tués depuis le début de l’année 2016.

Rivalités de gangs

velorio-falconDernier cas en date, sans doute le plus révélateur, l’assassinat du président de l’école de samba Portela, Marcos Vieira Souza dit Marcos Falcon, 52 ans, candidat au conseil municipal de Rio de Janeiro, lundi 26 septembre. Il a été abattu par 4 hommes de main devant son comité de campagne. La piste privilégiée par la police est celle d’un règlement de compte orchestré par son adversaire direct, Fausto Loureiro Alves.

bento-ribeiroMais ce n’est pas à cause d’une dispute électorale ni à cause de sa position de président de l’école de samba Portela que Marcos Falcon serait mort. Lui et son adversaire sont tous deux officiers de la police militaire. Ils sont tous deux soupçonnés d’appartenir aux milices qui contrôlent le territoire de la Zone Nord de Rio formé par les quartiers de Madureira, Marechal Hermes, Bento Ribeiro et Oswaldo Cruz. Tant Fausto Loureiro Alves que Marcos Falcon ont déjà eu affaire à la justice à cause de ces soupçons. Ils appartiendraient cependant à deux factions rivales et ce serait à cause de la tentative du groupe de Marcos Falcon d’envahir le territoire contrôlé par Fausto Loureiro Alves et ses hommes qu’il serait mort.

Milices omniprésentes

milicias-na-zona-oesteDans les Zones Nord et Ouest de Rio de Janeiro et dans la plupart des autres municipalités de la Baixada fluminense environnante, le pouvoir des milices est omniprésent. Elles prélèvent une taxe de protection auprès des commerçants, elles s’assurent le monopole de la vente du gaz domestique, du réseau câblé de télévision et plus récemment du wifi. Ces services sont en général pirate, et les opérateurs ou distributeurs officiels sont fermement invités à ne pas marcher sur les plates-bandes de ces mafias.

mototaxiQui contrôlent aussi les minibus et les motos-taxis du transport alternatif, un domaine particulièrement lucratif étant donné les carences des transports publics dans ces régions pauvres de l’agglomération. Et c’est pour maintenir ce contrôle que les milices ont besoin des élus. De leurs élus. Jusqu’à peu d’années en arrière, elles ont cherché à placer leurs hommes dans les parlements locaux ou au sein des mairies. Mais cela était trop voyant et plusieurs procès retentissants contre certains mandataires les ont amenés à changer de stratégie.

Protection forcée et exclusivité rémunérée

propaganda-campanha-edson-passos-mesquita-rj-foto-carla-josephyne-08-09-16Désormais, elles assurent la protection de certains candidats obligés de leur faire allégeance, qui, une fois élu, rempliront les postes de leur administration de sbires dévoués à la mafia dominante du lieu. Pour cela, les milices vont assurer le monopole de la campagne électorale de leur candidat, interdisant à ses adversaires de faire propagande dans son fief et contraignant s’il le faut les électeurs à faire le bon choix.

 Cette fois cependant, pour ce scrutin d’octobre 2016, les milices sont allées plus loin : elles ont découvert que leurs candidats pouvaient aussi leur rapporter des espèces sonnantes et trébuchantes, pour se garantir leur appui. Elles ont ainsi fixé le prix de leurs services d’exclusivité pour la campagne électorale, entre 15 000 et 120 000 R $ (4’50 CHF/4 150 € -  36 000 CHF/33 000 €) selon les quartiers et leur densité d’électeurs.

Naissance de narco-États au Brésil ?

Ces pratiques mafieuses, jusqu’ici limitées au grand Rio de Janeiro et à certaines périphéries de São Paulo sont en train d’essaimer dans tout le pays. C’est en tout cas ce qu’affirme Chico policia-prende-miliciasRegueira, un journaliste qui a mené l’enquête. Il s’est intéressé certes aux milices paramilitaires et para-policières, mais aussi aux factions des trafiquants de drogue. « L’absence d’un projet brésilien intégré de combat à ces groupes facilite leur expansion à l’échelle industrielle dans les différentes capitales des États et dans les villes moyennes. La politique actuelle de répression policière basée sur des opérations locales ne prend pas en considération l’extension territoriale de ces bandes ni la capillarité qui existe entre elles ».

faccao-alagoasPour Chico Regueira, il ne s’agit plus seulement de commerce de drogue ou de vente illégale de bonbonnes de gaz, « mais de l’occupation des villes par des gangs et des milices qui imposent leur pouvoir parallèle et disséminent la terreur ». Des candidats à la mairie désignés par les trafiquants de drogue seraient en lice dans 14 villes de l’État du Ceará pour ces élections. Idem à João Pessoa, Natal, Vitoria et Maceio. Comme il s’agit de pratiques en sous-main, elles ne sont pas repérées par les tribunaux électoraux et réussissent ainsi à se perpétuer et à se généraliser.

traficantes« Nos institutions ne perçoivent pas ou ne veulent pas voir la professionnalisation du crime, à travers l’infiltration des factions et des milices dans toutes les structures. Nous sommes face à la naissance de narco-États qui s’installent silencieusement sur le modèle mexicain où le crime a ses propres représentants au sein de l’exécutif et du législatif ».

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