descobrimento-do-brasil

Le Brésil tend toujours à se projeter dans l’avenir et, en conséquence, à ne pas trop regarder son passé. Mais si ce pays est neuf à l’aune du moyen âge européen qui façonne encore beaucoup de nos paysages, il est tout de même riche d’une histoire de 5 siècles à laquelle certains commencent à s’intéresser de près. Est-ce un signe de maturité que de s’inspirer de son passé ? En Europe, on en est convaincu. Les émissions de télévision de plus en plus nombreuses qui relatent le patrimoine sont là pour nous le rappeler.

De ce côté-ci de l’Atlantique, on est plus nuancé. Beaucoup pensent encore qu’à trop regarder derrière nous, on freine notre devenir… Rappelez-vous cet adage en forme de clin d’œil : le Brésil est le pays d’un futur qui ne réalise jamais. La vérité est peut-être à mi-chemin de ces deux extrêmes. Raison pour laquelle Vision Brésil vous parle aujourd’hui résolument du Brésil du passé.

La Révolution française sous les tropiques

bellas-artesIl fut un temps où la Travessa Belas Artes dans le centre de Rio de Janeiro était une adresse noble. Aujourd’hui, l’endroit est un parking en plein air au milieu de presque rien. Le palais qui se dressait là a été démoli en 1938, emportant dans ses décombres tout un pan de l’histoire impériale de l’ancienne capitale du Brésil et du Portugal réunis. C’est en effet à cet endroit que se dressait l’Académie impériale des Beaux-Arts, dont les plans ont été dessinés par l’architecte français Granjean de Montigny et qui a été ouverte en 1826.

C’était le temps de la pleine gloire des artistes français qui, forts de leur expérience de la révolution de 1789, provoquèrent une autre révolution au Brésil, celle des arts. Ils ont noms Granjean de Montigny, Nicola-Antoine Taunay et surtout Jean-Batiste Debret, sans les peintures réalistes de qui, on ne saurait peut-être rien sur la vie quotidienne des esclaves et de leurs maîtres au lendemain de l’indépendance de la colonie portugaise des Indes occidentales.

casa-franca-brasil-2007Ce groupe d’artistes de l’Hexagone a débarqué à Rio de Janeiro il y a très exactement 200 ans, en 1816, du navire Calpe. L’événement ne sera pas officiellement fêté, aussi ceux qui veulent retrouver les traces de ces artistes de l’Hexagone qui ont façonné le Brésil moderne vont-ils devoir partir à la quête. Ils trouveront les restes du portique d’entrée de l’Académie impériale des Beaux-Arts au Jardin botanique, mais surtout, ils découvriront que la Casa França-Brasil, aujourd’hui salle d’exposition, a été projeté par Montigny pour être la place du commerce de Rio de Janeiro. Ce fut, dit-on, le premier édifice néoclassique construit dans la ville.

Effort de guerre en Amazonie

soldados-da-borrachaOn va sauter un siècle et se retrouver au plein milieu de la seconde guerre mondiale de 1939-1945. La bataille fait rage sur les fronts européens, asiatiques et du Pacifique, mais l’effort de guerre a aussi mobilisé l’Amazonie brésilienne. C’est ce que nous rappelle le livre de deux Américains, Gary et Rose Neelman, qui retrace l’épopée des soldats du caoutchouc. L’avancée des forces japonaises dans la péninsule indochinoise avait en effet privé la Grande-Bretagne et les États-Unis de l’accès aux plantations de caoutchouc de l’Extrême-Orient, un matériau absolument stratégique pour mener combat.

livro-soldados-da-borrachaOn s’est alors retourné vers l’Amazonie, berceau historique de la culture de l’hévéa, l’arbre à caoutchouc, une activité qui était tombée en sommeil à cause justement de cette concurrence indonésienne où la plante avait été introduite en contrebande par un Anglais venu du Brésil. L’arbre avait tellement bien prospéré sur ces terres extrêmes orientales que cela avait ruiné, à l’orée de la Première Guerre mondiale, toute l’industrie caoutchoutière du Brésil.

soldados-da-borrachasJuste retour des choses, donc en 1942, pourrait-on dire, sauf qu’on ne fait pas renaître d’un coup de baguette magique une activité tombée en désuétude. Il a donc fallu recruter une armée de bras, déplacés du Nord-Est du Brésil où le travail manquait en pleine forêt amazonienne, pour extraire le latex des hévéas. C’était le fruit d’un accord commercial entre le Brésil et les États-Unis. En tout, plus de 55 000 hommes ont ainsi été recrutés pour constituer cette armée du caoutchouc. D’après les recherches menées par les deux auteurs de l’ouvrage, 26 000 d’entre eux, soit la moitié du contingent auraient perdu la vie dans l’aventure. Sans que cela permette de relancer l’industrie brésilienne du caoutchouc qui a une fois de plus périclité à la fin de la guerre avec la reprise des activités dans le Sud-Est asiatique.

Hémorragie de Kombis

kombis-embarcarC’est devenu une des activités phares du port de Santos, le principal port d’exportation du Brésil, dans l’État de São Paulo. Des dizaines de camionnettes Volkswagen Kombi sont stationnées sur les aires d’attente du terminal des containers, en partance pour l’Europe. C’est que le Brésil est le dernier pays du monde à avoir fabriqué ce véhicule mythique, surnommé ici corujinha, petite chouette, lui-même dérivé de la non moins mythique Coccinelle, appelé ici Fusca. Le dernier exemplaire de la corujinha est sorti des chaînes de montage de São Paulo à la fin de l’année 2015, après y avoir été fabriqué pendant 56 ans.

kombis-2C’est aux modèles des années 1957 à 1975 que les collectionneurs européens s’intéressent. La production de cette version a été stoppée en Allemagne en 1967 déjà, mais le Brésil en a produit 426 715 jusqu’au milieu des années 1970. « En Europe, ces véhicules sont quasi introuvables, ou alors, à des prix défiants toute concurrence. Au Brésil, c’est plus facile d’en trouver. Je n’ai dû attendre que trois semaines pour récupérer le mien » explique Jean-Claude, un collectionneur fanatique.

Ce commerce n’est pas au goût de tout le monde. Certaines voix s’élèvent pour dénoncer le bradage d’un patrimoine brésilien qui mériterait d’être sauvegardé. La corujinha en effet s’est déclinée à toutes les sortes de carrosseries, notamment le pick-up avec plateau de chargement arrière en bois peint d’enluminures, très recherché sur le Vieux-Continent. Les professionnels kombi_pick_up_de ce commerce d’exportation se défendent de ces accusations en affirmant que le Kombi Volkswagen est un patrimoine mondial et non brésilien.

Ils admettent cependant que la demande qui les fait vivre est ponctuelle. Les stocks de véhicules fabriqués avant 1975, encore dans un état acceptable, seront épuisés dans peu de temps. Ils parient toutefois sur une poursuite de la vente des Kombis modernes, ceux d’après 1975, qui ont eux aussi disparu depuis longtemps des routes européennes, mais qui sont encore bien vaillants au Brésil.

Un sanctuaire pour éléphants dans le Mato Grosso

santuario-de-elefantesNon, vous ne souffrez pas d’hallucinations ! Non, votre savoir encyclopédique n’est pas remis en question ! Il n’y a jamais eu d’éléphants natifs en Amérique du Sud. Et les colonisateurs espagnols ou portugais n’ont jamais cherché à importer cet animal dans leurs possessions du Nouveau Monde. Ils se sont contentés d’y introduire le cheval. Et pourtant, vous avez bien lu, depuis ce mois de septembre, il y a un sanctuaire pour éléphant dans le Mato Grosso, vaste État de l’Ouest brésilien.

elefante-maltratadosL’initiative en revient à l’UNESP, l’Université d’État de São Paulo, qui a mis sur pied ce projet en collaboration avec deux organisations non gouvernementales internationales, Global sanctuary for Elefants et ElefantVoice, fortes de 20 ans d’expérience de protection de ces mammifères en Afrique et en Asie. Mais pourquoi l’Amérique du Sud et pourquoi le Brésil ?

chapada-dos-guimaraesPour y installer, sur un territoire de 1 100 hectares de savanes du Cerrado brésilien, au sein de la Chapada dos Guimarães, des éléphants victimes de maltraitance dans des zoos et des cirques du Chili, d’Argentine et du Brésil. Une cinquantaine d’entre eux vont ainsi trouver refuge dans ce sanctuaire. « C’est un écosystème particulièrement bien adapté à leur mode de vie et qu’ils vont contribuer à fertiliser par leurs déjections »,  explique Mauro Galetti, du laboratoire de conservation biologique de l’Université d’État de São Paulo, responsable du projet.

Cette réserve d’éléphants d’Amérique ne sera pas accessible au public tant que les animaux qui y seront installés ne se seront pas récupérés des mauvais traitements qu’ils ont subis dans le passé.

 

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