eleiçoes 2016

Le coup d’envoi du futur politique du Brésil post-impeachment et post-Olympiades sera donné à l’occasion du premier tour des élections municipales qui auront lieu dimanche 2 octobre dans tout le pays. La campagne électorale qui vient de débuter est marquée du sceau de la corruption révélée par les enquêtes Lava-Jato. C’est aussi une campagne plus discrète que d’habitude, car le financement de la propagande électorale par les entreprises est désormais interdit.

numero de candidatosMoins d’argent donc pour les candidats, mais pas moins de prétendants : 503 200 dont 17 000 briguent le poste de préfet (maire) alors qu’il y a 5 570 fauteuils à repourvoir. 461 000 autres visent les sièges de conseillers municipaux, mais seules 56 000 places sont à prendre. Des chiffres qu’il faut évidemment mettre en relation avec la taille du Brésil et ses 208 millions d’habitants. Mais les appétits sont tout de même en progression par rapport au précédent scrutin de 2012 qui avait rassemblé 461 000 prétendants au total. 

Ceux qui seront élus n’auront pas la vie facile durant les 4 années que durera leur mandat. La crise économique que vit le pays s’est fortement répercutée sur les finances municipales, les caisses sont vides, les enquêtes pour corruption ou mauvaise gestion touchent un nombre important d’élus communaux et la violence politique augmenta à nouveau avec le début de la campagne électorale.

1. Des villes et des villages sans ressource

 

municipios pedem socorro

En 2015, selon une enquête menée par la Firjan, la Fédération des industriels de Rio de Janeiro, seules 42 des 5 570 municipalités ont réussi à payer avec leurs propres deniers les salaires des fonctionnaires et la contribution au fonds de prévoyance municipal, des postes budgétaires qui sont incontournables.

Colombo« Ces 42 communes sont surtout les capitales comme Rio de Janeiro et São Paulo et des villes moyennes de l’intérieur de l’État de São Paulo qui bénéficient d’une dynamique économique forte », explique Guiherme Mercês, chef économiste de la Firjan, « ce qui leur permet de récolter suffisamment d’impôts pour équilibrer leurs comptes, même en temps de crise ».

Des transferts en diminution

penuria dos municipiosPour les autres, le déficit des dépenses par rapport aux recettes s’élevait à 45 milliards de R $ fin 2015 (13,9 milliards de CHF/12,6 milliards d’€). 87 % des municipalités étudiées par l’enquête de la Firjan ont bouclé l’année en situation critique. C’est le pourcentage le plus élevé depuis 2006 (75 %). Et pour 2016, la Firjan prévoit un déficit global de 60 milliards de R $. Seule ressource disponible pour combler le trou, les transferts d’argent redistribué par les États ou l’Union fédérale.

« Mais ces transferts sont en diminution, constate François Bremaeker, responsable de l’Observatoire de l’information municipale, parce que l’Union elle aussi récolte moins d’impôts en temps de crise ou parce ces subsides n’ont pas été réajustés à l’inflation ». C’est ainsi que le coût moyen d’une équipe du programme fédéral de Santé de la Famille, géré par les municipalités, est de 32 500 R $ par mois. Mais Brasilia ne verse que 7 130 à 10 930 R $ aux communes pour cette prestation.

Des communes dans l’illégalité

lei de responsabilidadeConséquence, de plus en plus de municipalités crèvent le plafond établi par la Loi de responsabilité fiscale qui impose que 60 % au maximum de la recette des impôts puisse servir à payer les fonctionnaires. Elles se mettent dès lors dans l’illégalité et leurs comptes ne sont pas validés par le Tribunal des comptes de l’Union, ouvrant la voie à des actions en justice contre les élus. 770 communes étaient dans ce cas en 2015, 13,8 % de toutes les agglomérations du pays. En 2007, elles n’étaient que 115 dans cette situation.

carga tributariaPour Paulo Zuilkoski, président de la Confédération nationale des communes, la racine du problème se trouve dans la structure tributaire brésilienne : « Tout est produit localement dans les villes ou dans les campagnes, mais l’impôt sur la circulation des biens et des marchandises (ICMS, 12 à 18 %) est recueilli par les États et l’impôt sur la production industrielle (IPI, 5 à 25 %) va au gouvernement fédéral. C’est la raison pour laquelle les communes dépendent tellement des transferts du Fonds de participation des municipalités pour équilibrer leurs comptes ».

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2. Communes qui rient, communes qui pleurent

 

rio de janeiro

Selon l’enquête Firjan, Rio de Janeiro a présenté le meilleur résultat fiscal du pays en 2015. Ses réserves de caisses avoisinaient les 3,8 milliards de R $ (1,17 milliard de CHF/1,06 milliard d’€). C’est évidemment l’effet des préparatifs des Jeux olympiques. Entre 2011 et 2015, 21 milliards de R $ ont été investis, surtout dans la construction, stimulant les rentrées fiscales, contre seulement 1,4 milliard en 2007. À l’opposé, les 10 communes qui affichent l’indice de développement humain (IDH) le plus bas du Brésil — elles sont toutes situées dans le nord du pays — sont l’objet d’enquêtes administratives ou pénales pour corruption ou mauvaise gestion des fonds publics.

eduardo paesEduardo Paes, le maire sortant de Rio de Janeiro a la mine réjouie. Le résultat du classement de la Firjan « est un super honneur pour la ville et confirme les évaluations des agences de risque à propos des comptes de la municipalité. Nous avons mis en place une excellente gestion fiscale et la tendance est à l’amélioration ». Pas sûr que celui qui va lui succéder dise la même chose d’ici quelques mois !

La fin de l’effet Jeux olympiques

C’est en tout cas l’avis des observateurs, qui tous craignent l’effet boomerang de la fin des Jeux olympiques. « Nous avons vécu un cycle temporaire de dépenses publiques alimentées par la construction », analyse Leonardo Barth Sobal, professeur à l’Université d’État de Rio de Janeiro. « La situation actuelle donne l’impression que les choses vont bien, mais nous sommes face à un grand défi : mettre en place des politiques publiques plus structurantes pour l’économie de la municipalité ».

parque-olimpico-abreMême son de cloche chez Guilherme Mercês, l’auteur de l’étude de la Firjan sur l’état des finances des municipalités au Brésil : « Les Olympiades ont favorisé l’investissement de la mairie et du secteur privé. Cela a stimulé les rentrées fiscales, notamment à travers l’ISS, l’Impôt sur les Services. La fin des préparatifs pour les Jeux olympiques représente un défi pour le futur ».

Les 10 bourgades les plus pauvres du pays en quasi-cessation de payement.

dez-cidades-menos-desenvolvidas-deskRio de Janeiro fait partie des villes qui affichent un indice de développement humain supérieur à la moyenne brésilienne : 0’799 (l’IDH moyen du Brésil  est de 0,755, 1 étant l’indice maximum possible selon l’ONU). À l’inverse, les 10 municipalités les plus pauvres, toutes situées en Amazonie, dans le Pará ou au Maranhão, exhibent un IDH inférieur à 0,5. Ces 10 communes ne sont pas seulement les plus pauvres, elles sont aussi toutes l’objet d’enquêtes pénales ou administratives pour défaut de transparence, fraude, corruption, détournement de fonds ou mauvaise gestion.

Melgaço sur le fleuve Amazone…

Melgaço PA-ribeirosC’est ainsi que Melgaço, 26 000 habitants, située sur une des îles de l’archipel de Marajó, en face de Belém, est sous le coup de 11 investigations du Ministère public, suite à des dénonciations de retard dans le payement des salaires des fonctionnaires de l’éducation et de surfacturation pour la construction d’un marché couvert jamais achevé, dont une partie des coûts auraient servi à la réélection du maire Adiel Moura en 2012.

« Nous sommes aussi en train d’examiner la situation de l’entreprise municipale de transport fluvial », explique Ilton Lima Moreira Junior, procureur, « ainsi qu’un programme de chèque-logement qui aurait favorisé certaines personnes au détriment des autres ».

les 50 Tenazor d’Atalaia do Norte

atalaia_do_norteMelgaço n’est pas un cas unique. À Atalai do Norte, ville frontière avec le Pérou, située à 1 000 km à l’ouest de Manaus, le maire Nonato Tenazor est l’objet d’une enquête pour malhonnêteté administrative. Il aurait engagé au sein de son administration municipale, sans mise au concours, un fils, une sœur et des neveux. En tout une cinquantaine de personnes qui, toutes, portent le même nom de famille : Tenazor. « C’est un cas typique de népotisme », estime le Ministère public. Nonato Tenazor a aussi vu le bilan financier de son administration refusé pour irrégularité par le Tribunal des Comptes de l’Union en 2013.

nonato tenazorMais il n’y a pas que la mauvaise gestion ou la corruption qui explique les difficultés financières des communes les plus fragiles. « Avec la crise, il y a un effet de sandwich fiscal », explique François Bremaeker, le responsable de l’Observatoire de l’information municipale. « Avec la montée du chômage, beaucoup de familles retirent leurs enfants des écoles privées et les mettent à l’école publique. En perdant leur emploi, ils perdent aussi souvent l’assurance-maladie que leur offrait l’entreprise. Non seulement il y a perte de rentrée fiscale pour les communes, mais aussi augmentation des demandes sociales ».

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3. La politique qui tue

 

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Si les finances de la ville de Rio se portent plutôt bien, celles des communes de sa périphérie, elles vont plutôt mal. 46 sur 92, soit la moitié d’entre elles, affichent une situation fiscale difficile, voire critique. Parmi elles, des villes importantes comme Petrópolis, Duque de Caxias ou Nova Iguaçu. Ces communes-là, bien qu’à la lisière de Rio de Janeiro, n’ont pas bénéficié de l’effet de levier des Jeux olympiques.

Elles sont aussi celles où la violence a le plus explosé ces derniers mois. Ainsi à Niteroi, de l’autre côté de la Baie de Guanabara, le nombre d’homicides a augmenté de 40 % entre janvier et juin 2016 par rapport à la même période de 2015, selon les chiffres de l’Institut de Sécurité publique. Une croissance de la violence que l’on retrouve pratiquement dans toutes les régions de la grande périphérie de Rio de Janeiro, la Baixada fluminense.

Politiciens, trafiquants et miliciens…

Les autorités s’en préoccupent d’autant plus qu’il s’agit souvent d’homicides pour motifs politiques. La police civile enquête actuellement sur 6 assassinats, 2 conseillers municipaux et 4 précandidats aux élections d’octobre, dans lesquels seraient impliqués des politiciens, des trafiquants de drogue et des membres des milices parapolicières.

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Les morts sont :

  • Luciano Nascimento Batista, conseiller municipal de Séropédica, soupçonné d’avoir des liens avec la milice, qui aurait été victime d’un règlement de compte le 15 novembre 2015 ;
  • Geraldo Cardoso Gerpe, conseiller municipal de Magé, assassiné sur le parking de la mairie le 13 janvier 2016. Il présidait une commission d’enquête sur des irrégularités au sein de la mairie ;
  • Andeson Gomes Vieira, précandidat au conseil municipal de Nova Iguaçu. Leader communautaire, il aurait été tué le 1er juin 2016 à l’occasion d’une dispute entre trafiquants et miliciens pour le contrôle du territoire ;
  • Leandro da Silva Lopes, précandidat au conseil municipal de Duque de Caxias. Il avait été arrêté auparavant par la police pour homicide et vol de marchandise transportée par des camions. Il serait mort le 8 juin 2016 dans le cadre d’une guerre entre milices ;
  • Sergio da Conceição Almeida Junior, également précandidat au conseil municipal de Duque de Caxias, également soupçonné d’0appartenir à la milice. Il a été tué devant chez lui le 2 juillet 2016, sa mort est vraisemblablement liée à celle de Leandro da Silva Lopes.
  • Agá Lopes Pinheiro, leader communautaire de Magé. Il s’opposait à l’installation de trafiquants de drogue dans la région et visait un siège à l’assemblée municipale. Il est mort le 12 juillet 2016.

La référence Tenório Cavalcanti

exercitioFace à ces meurtres à répétition, le procureur régional électoral de la Baixada fluminense a réclamé la présence des forces armées durant la campagne électorale : « Puisqu’elles sont déjà déployées à Rio de Janeiro pour les Jeux olympiques et paralympiques et qu’elles vont y rester jusqu’aux élections, c’est une occasion d’étendre leur mandat à la périphérie pour assurer la tranquillité des opérations de vote ».

tenorioPour Guilherme Amado, journaliste au quotidien O Globo, ces assassinats sont la démonstration du fait que les milices perpétuent dans la Baixada fluminense et la Zone Ouest de Rio une culture de la violence qui remonte à loin… « Vers la fin des années 1920, Tenório Cavalcanti devient une figure marquante de la Baixada fluminense en mettant sur pied un groupe d’hommes en armes qui offrait à la population pauvre de la région ce qui lui manquait le plus : la sécurité. Et à ses adversaires, la mort au bout du fusil. Le milicien d’aujourd’hui est moins caricatural que Tenório Cavalcanti, mais plus audacieux. Lui et ses semblables sont devenus experts en assassinats de précandidats aux élections municipales ».

Un pouvoir qui ferme les yeux

milicia-original« Incapable de contrôler ces groupes armés qui ont infiltré la police civile et militaire », poursuit Guilherme Amado, « le Secrétariat à la Sécurité de L’État de Rio de Janeiro assiste impuissant à l’appel aux forces armées des édiles locaux lors de chaque scrutin électoral ». C’est que l’enjeu pour les milices est important : là où elles ont pris pied, elles contrôlent la distribution du gaz, les motos-taxis et les conducteurs des minibus de passagers à qui ils extorquent des taxes de protection servant entre autres à financer les campagnes électorales de leurs candidats aux conseils municipaux et aux mairies.

Tenorio 1« La collusion avec les politiciens favorise l’impunité ». Guilherme Amado rappelle qu’en 2000, l’Assemblée législative de l’État de Rio de Janeiro avait institué une commission d’enquête parlementaire sur les milices. Malgré les évidences, elle n’a pas mentionné dans son rapport la moindre motivation politique concrète dans l’assassinat de 25 élus ou candidats entre 1985 et 2000 ! « La fin de la culture de la violence politique dans la Baixada fluminense et la Zone Ouest passe par le combat contre ces groupes », conclut Guilherme Amado. « À défaut d’une lutte plus ferme contre les milices, Tenório Cavalcanti continuera à faire école dans cette région ».

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