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Il n’y aura pas de barrages sur le Rio Tapajós, ainsi en a décidé l’IBAMA, l’Institut brésilien de l’environnement le 19 août dernier en refusant d’octroyer la licence de construction de l’usine hydro-électrique de São Luiz do Tapajós. Les considérants de cette décision sont particulièrement intéressants : IBAMA estime que le projet « n’est pas viable du point de vue de sa composante indigène ». Il soumet la confirmation de sa décision à une évaluation de la FUNAI, la Fondation pour l’Indien, laquelle publie le jour même un rapport confirmant la reconnaissance de « l’occupation traditionnelle par le peuple Munduruku de la terre indigène Sawré Muybu dans l’ouest du Pará ».

Ce résultat n’est pas seulement une grande victoire pour les Munduruku qui se battent farouchement depuis des années contre ce projet, elle représente aussi un bol d’air pour le Rio Tapajós, la seule rivière encore vierge qui arrose une des dernières portions sauvages de la forêt d’Amazonie. Il est aussi un camouflet pour l’ex-gouvernement de Dilma Rousseff qui avait fait de ce projet une de ses priorités emblématiques.

Coloniser le Rio Tapajós

sitio de sao luiz do tapajosL’usine de São Luiz do Tapajós était projetée avec une capacité de 8 000 mégawatts, suffisante pour produire 4 000 MW effectifs. Bien qu’il s’agisse d’un barrage au fil de l’eau, son lac de retenue devait tout de même inonder 722 km2 de forêts d’une des régions les plus préservées d’Amazonie, l’équivalent de la moitié de la surface de la ville de São Paulo et rayer de la carte trois villages de la terre indigène des Sawré Muybu.

alter-do-chao-enchentesSão Luiz do Tapajós devait être la tête de pont d’un projet beaucoup plus vaste qui prévoyait 8 usines sur le Rio Tapajós. L’effet sur l’environnement serait catastrophique. En effet, le Rio Tapajós connaît des crues très importantes lors de la saison des pluies, la variation de son niveau peut atteindre huit mètres. Cela permet de nettoyer les igarapés, des bras de fleuve secondaires le long desquels se sont installées les alter-do-chao-secapopulations.

Risques d’épidémies et hydro-route

La régulation de ces crues imposée par la construction des barrages pourrait multiplier les risques d’épidémies dues à la stagnation des eaux le long de ces iguarapés, provoquant des dommages incalculables à la faune, à la flore et à la santé humaine, prédisent les climatologues.

En outre, un projet d’hydro-route, complémentaire de celui des usines hydro-électriques, était envisagé sur le cours du Rio Tapajós ainsi régulé, afin d’acheminer vers l’océan Atlantique, via le fleuve Amazone dans lequel se jette le Tapajós, les récoltes de soja des greniers à céréales du Mato Grosso.

munduruku-barre-barragem-750x410C’est donc bien une bataille décisive qui a été gagnée par les Indiens Munduruku et les écologistes de Greenpeace, lesquels ont rejoint la lutte des indigènes en 2014. Danicley de Aguiar, responsable de la campagne pour l’Amazonie de Greenpeace s’en réjouit, mais alerte : « Le rapport de la FUNAI et la décision de l’IBAMA sont des victoires importantes, mais la lutte doit continuer jusqu’à ce que les autorités renoncent définitivement au projet de l’usine hydro-électrique de São Luiz do Tapajós et garantissent effectivement la démarcation de la terre indigène Sawré Muybu ».

Pénurie d’énergie électrique ?

C’est un tout autre son de cloche qui résonne du côté des producteurs d’électricité à la suite de ce verdict de l’IBAMA. Luiz Barroso, président de l’EPE, l’Entreprise de Recherches énergétiques explique que le gouvernement travaille avec une planification à long terme des besoins en énergie du pays. « Lorsqu’une usine programmée n’est pas construite, elle doit être remplacée par une autre de même capacité. Si ce n’est pas le cas, il y a un risque de manque d’énergie et les prix peuvent augmenter ».

OBRA DOMLINHAO DE TUCURUI

Un risque qui n’est pas immédiat reconnaît Luiz Barroso, car la crise économique que traverse le pays a eu pour effet une baisse de la demande, « mais après, le Brésil peut avoir besoin de plus d’énergie ». Actuellement, 64 % des besoins sont couverts par la production hydro-électrique, et les autorités prévoient 40 nouvelles usines au fil de l’eau en Amazonie pour faire face à l’augmentation de la demande des prochaines années.

Changer de modèle énergétique

mapa barragens na amazoniaUne perspective de moins en moins réaliste face à la résistance citoyenne de plus en plus marquée contre ces projets. À moins de changer de modèle, de renoncer au gigantisme de ces mégagénérateurs d’énergie centralisés. Le Brésil va devoir recourir de plus en plus à l’énergie thermique sale ou relancer sa filière nucléaire, gelée après le désastre de Fukushima s’il veut continuer sur cette voie. La décentralisation de la production et un recours plus systématique aux énergies alternatives traceraient le chemin d’un autre développement. Mais il est encore loin de faire l’unanimité.

energia-eólica3On le voit donc, le blocage du projet de barrage de São Luiz do Tapajós n’est pas qu’une victoire des populations indigènes de l’Amazonie. Il est aussi le signal d’une remise en question d’un dogme brésilien, la certitude de l’existence d’une énergie abondante, inépuisable et bon marché que l’on peut gaspiller à l’envi et produire en imposant partout des mastodontes hydro-électriques.

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