Dossier de la corruption; le Crédit Suisse en ligne de mire; un mort par semaine chez les militants écologistes; le chômage principale cause de l’inégalité; panne de passeports

indio e tocha

Même si la flamme olympique, relayée par 12 000 porteurs, passe par 329 villes du Brésil, la vie sera peu perturbée par les exploits des athlètes des Jeux 2016 en dehors de Rio de Janeiro, sauf devant les écrans de télévision ! Le pays ne retient donc pas son souffle jusqu’au 5 août comme ce fût le cas lors de la Coupe du Monde de football en 2014. Et en ces temps de crise économique et politique, le dossier de la corruption et son dénouement occupent toujours le devant de la scène dans la hiérarchie des préoccupations. C’est donc un sujet encore une fois incontournable.

corruptosD’autant qu’à chaque jour qui passe, les enquêtes révèlent de nouveaux aspects de ce système de gouvernement qui fait dire au sénateur Christovão Buarque, un des rares politiciens du pays considéré comme honnêtes, que si le devenir du Brésil a toujours été une préoccupation des sociologues, des écrivains, des journalistes et des économistes, il n’a jamais été celui des élus, lesquels ne font que l’utiliser pour leur enrichissement personnel ou le financement de leurs campagnes électorales. « Depuis des décennies, les politiciens ne font pas du Brésil le personnage central de leurs décisions ». Un jugement pertinent au moment où l’un des pans dérivés de l’affaire Petrobras met en lumière un des côtés les plus sordides de cette pratique de corruption systématique : le détournement des taxes payées à l’État par de petits créanciers lorsqu’ils sollicitent des emprunts pour finir le mois.

Credito consignado

credito consignadoAu Brésil, on appelle cela le credito consignado. Il est réservé aux fonctionnaires publics et à ceux des entreprises d’État qui ont ainsi la faculté d’emprunter avec des taux d’intérêt favorables, le remboursement des prêts étant ensuite directement prélevés sur leur feuille de paie. En 2009, le ministère de la Planification, chargé d’administrer cette prestation contracte une entreprise privée, Consist, pour gérer le système. Chaque opération de remboursement mensuel est alors facturée 1 R $ aux emprunteurs. L’enquête du ministère public, du nom de Coût Brésil, révèle que seul 0,30 R $ servaient effectivement à couvrir le coût des opérations de remboursement, les 0,70 R $ restants allaient directement irriguer les caisses des campagnes politiques du Parti des Travailleurs. Sept millions de R $ (2 millions de CHF/1,85 million d’€) ont ainsi été ponctionné aux salariés de la fonction publique au bénéfice de politiciens et de leur parti.

paulo bernardo presoCette pratique met encore une fois en lumière le dédain des hauts responsables chargé d’administrer le pays à l’égard de la population qu’ils sont censés servir. « J’ai pleuré pour mes amis et pour moi », se désespère Ana Gori, fonctionnaire publique depuis 16 ans. « Il y a plusieurs manières de se faire dépouiller. Celle-ci est aussi grave qu’une agression à main armée dans la rue. Et les responsables sont des délinquants aussi criminels que les bandits de grand chemin ». De remboursements en nouveaux emprunts pour boucler le mois, Ana traîne une dette qui va continuer à peser sur son salaire jusqu’en 2022. Elle exige le remboursement des sommes détournées. L’ex – ministre de la Planification Paulo Bernardo, chargé de la mise en place de ce système et soupçonné d’être à l’origine de ces détournements, a été arrêté et emprisonné pour les besoins de l’enquête.

Encore trop peu de délinquants en cols blancs derrière les barreaux

presos corruptosIl y a aujourd’hui 501 personnes emprisonnées pour corruption au Brésil, soit qu’elles aient été déjà condamnées, soit qu’elles soient inculpées et sous enquête. En 2010, il n’y en avait que 93. C’est donc 438 % de plus ! Malgré ce chiffre impressionnant, ces coupables en col blanc ne représentent pourtant encore que 0,2 % de la population carcérale du pays dont la majorité est formée de petits délinquants ou de petits trafiquants de drogue qui attendent indéfiniment leur jugement derrière les barreaux. Le nombre des condamnations pour détournement d’argent public ou blanchiment devrait augmenter au fur et à mesure que les enquêtes de l’affaire Petrobras avancent. Nul ne peut dire aujourd’hui quand elles aboutiront ni qui parmi les décideurs politiques et économiques du pays échappera à la condamnation.

janot e lauberCe qui est sûr par contre c’est que ce scandale au Brésil a déclenché une vague de coopération internationale dans le domaine des enquêtes judiciaires. La Suisse, terre de refuge particulièrement convoitée par les politiciens de Brasilia pour cacher leurs avoirs illégaux se montre particulièrement active dans cette coopération. Une task-force commune suisso-brésilienne est en train de se mettre en place sous l’impulsion des procureurs généraux des deux pays, Rodrigo Janot pour le Brésil et Michael Lauber pour la Suisse. Objectif : « former une équipe d’investigation conjointe afin d’accélérer les procédures en Suisse ». 830 millions de CHF (753 millions d’€) dont l’origine est suspecte ont déjà été bloqués dans les banques helvétiques, mais la Suisse n’a reversé au Brésil que 12,5 millions de CHF. C’est encore très peu estime Michael Lauber qui pense qu’on peut aller beaucoup plus loin, mais qu’il faut du temps, car « le cas criminel brésilien implique de nombreuses entreprises et plusieurs centaines de personnes ».

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« Crédit Suisse : l’embarrassante rémunération d’un Brésilien »

 

delaçao de sergio firmeza machado

C’est le titre d’un article récent paru dans le quotidien helvétique Le Temps, à propos de Sergio Firmeza Machado qui a gagné près de 14 millions de CHF en 2015 (12,7 millions d’€) avant de quitter l’établissement.

Alberta-e-Sergio-Machado-599x400Il ne s’agit pourtant pas d’un membre de la direction, mais du responsable de l’unité Fixed income au Brésil. Selon sa déclaration fiscale 2015 qui a fuité dans la presse brésilienne, il a touché plus que Rob Shafir qui, avec 7,9 millions de francs, a été le membre de la direction le mieux payé du Crédit Suisse l’année dernière. « À son corps défendant, le Brésilien de 38 ans, arrivé en 2000, a quitté la banque au mois d’avril dernier suite à une restructuration », explique Le Temps. Il a donc non seulement encaissé son salaire 2015 mais aussi des compensations différées pour les cinq années précédentes, souligne une source proche de la banque.

Sergio Machado 1L’aspect curieux de cette affaire c’est que son père n’est autre que Sergio Machado, un ancien sénateur reconverti dans les affaires, qui a dirigé l’entreprise Transpetro entre 2003 et 2014. Inculpé dans le cadre du scandale Petrobras dont Transpetro était une filiale, Sergio Machado père a provoqué la démission de Romeo Juca, 3 jours après sa nomination comme ministre de la Casa Civil par le président intérimaire Michel Temer qu’il a accusé d’avoir bénéficié des détournements de fonds effectués au détriment de la compagnie pétrolière nationale via la Transpetro, tout comme Renan Calheiros, actuel président du Sénat et José Sarney ancien président du pays. La dénonciation a été avalisée par le Tribunal Suprême qui poursuit les investigations.

Un lien avec son départ du Crédit Suisse ?

size_590_credit-suisseOn peut donc légitimement se demander si le départ forcé de Sergio Firmeza Machado fils de la banque helvétique en avril n’est pas lié à la décision de son père Sergio Machado de livrer ses confessions à la justice. L’ancien banquier de Crédit Suisse a en effet lui aussi coopéré avec la justice brésilienne. Il assure ne pas avoir été au courant des affaires de son père, mais a reconnu avoir ouvert un compte auprès de HSBC Suisse pour aider l’un de ses frères, Expedito, « à recevoir de son père des donations issues de pots-de-vin », rapporte l’agence de presse Reuters. « Il aurait toutefois assuré que tout cela n’était en rien lié à son ancien poste chez Crédit Suisse », relate Le Temps.

assemblée credit suisseLe Crédit Suisse n’a pas souhaité faire de commentaire bien que son exercice 2015 se soit soldé par une perte de 2,94 milliards de CHF et que les rémunérations généreuses de ses dirigeants aient une fois de plus été l’objet de vives critiques lors de l’assemblée de ses actionnaires.

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Un mort par semaine chez les militants écologistes

 

nilce magalhaes

Cinq mois après, le corps de Nilce Magalhães a été retrouvé dans le lac du barrage de Jirau près de Porto Velho dans le Rondônia, bras et jambes entravés. Fille d’un cueilleur de caoutchouc, elle vivait dans un campement de pêcheurs et militait pour la défense des populations affectée par le barrage, alors en chantier, et dénonçait les violations des droits de l’homme commises par le constructeur, le consortium Energia Sustentavel do Brasil.

L’enquête dira si ce crime est lié aux activités militantes de Nilce Magalhães ou s’il s’agit d’une affaire de droit commun, mais le fait est que selon l’ONG Global Witness, le Brésil est le pays qui compte le plus d’assassinats d’activistes écologistes de la planète : 50 morts en 2015 sur les 185 environnementalistes tués cette année-là dans le monde. Viennent ensuite les Philippines, 33 morts et la Colombie, 26 morts.

global witness« La demande croissante pour l’exploitation minière, celle du bois ou de l’huile de palme provoque une pression sur les populations de la part des autorités, des entreprises et des groupes criminels », déclare Billy Kyte, responsable de campagne de Global Witness. « Et encore, beaucoup de ces assassinats ne sont pas documentés, on les ignore. Les autorités doivent intervenir pour arrêter cette spirale de la violence ». Ce sont surtout les populations indigènes qui sont les victimes. À cause souvent de leur isolement géographique ou de la contestation de leurs droits territoriaux. 40 % des 50 assassinats comptabilisés au Brésil concernent des indigènes.

Les Guaranis parmi les Indiens les plus pénalisés

survival guaranisÀ ce propos, Survival international rappelle la situation des Indiens Guaranis dans l’État du Mato Grosso do Sul dans lequel la flamme olympique est arrivée le 25 juin, « un peuple menacé d’extinction en conséquence du vol systématique de leurs terres, de la malnutrition, du suicide et de la violence chronique ». Il y a une semaine, un Guarani a été assassiné et d’autres — parmi lesquels un garçon de douze ans — sérieusement blessés lors d’une attaque menée par des hommes de main armés contre la communauté de Tey’i Jusu.

mg-3348_screenLes Guarani ont tenté à de nombreuses reprises de réoccuper leurs terres, affirme encore Survival international, mais ils sont harcelés, intimidés et attaqués par les hommes de main armés à la solde des éleveurs. « Si le gouvernement leur restitue leur territoire légitime, ils pourront défendre leurs vies, protéger leurs terres et déterminer leur propre avenir ».

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Confirmation : le chômage est la cause principale de l’augmentation de l’inégalité au Brésil

 

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« L’escalade du chômage a produit un appauvrissement dans la distribution de la rente du pays. Au premier trimestre de cette année, la distance entre le revenu des plus riches et celui des plus pauvres a recommencé à augmenter ». C’est la conclusion d’une étude que vient d’achever Rodolfo Hoffmann, spécialiste des politiques sociales à l’université de São Paulo en se basant sur les données de l’IBGE, l’Institut brésilien de Statistiques.

« Depuis le début du second mandat de la présidente suspendue Dilma Rousseff en 2015, l’inégalité entre tous ceux qui composent la force de travail (salariés et chômeurs) a augmenté de 3 %. C’est beaucoup pour un indice qui a très peu varié au cours des années précédentes ». Dans le même temps, le taux de chômage est passé de 7,9 % à 10,9 %.

IDHLe rapprochement entre les deux chiffres est éloquent : « Entre le premier trimestre 2015 et le début de cette année, le chômage a augmenté, le revenu moyen a baissé et la pauvreté s’est accrue », conclut Rodolfo Hoffmann. Cela rejoint les constatations du Rapport sur le Développement humain en Amérique latine de l’ONU qui constate qu’entre 2003 et 2009, le boum des exportations des denrées alimentaires, du pétrole et des commodities a permis d’améliorer rapidement le niveau de vie des gens dans tout le sous-continent, un phénomène qui s’est poursuivi plus lentement entre 2009 et 2014, mais que, ces deux dernières années, le ralentissement économique a fait augmenter le nombre de pauvres en Amérique latine.

Le Brésil particulièrement affecté

emprego precarioCe tableau général est particulièrement accentué au Brésil, pays considéré par l’ONU comme le plus vulnérable à la récession actuelle. Parce que la majorité des emplois créés durant la période de croissance n’ont pas été des emplois durables. Ce sont surtout des postes de faible qualification dans le secteur des services, les premiers à avoir disparu quand la prospérité s’en est allée. Quant au transfert de rente effectué à travers les programmes de redistribution des bénéfices de la croissance comme la Bourse famille, que l’ONU appelle revenue non contributif, ils ont concouru pour 30 % à la baisse de l’inégalité affirme le rapport, « mais ils connaissent aujourd’hui leur limite fiscale ». Autrement dit, avec la crise de leurs finances, les pouvoirs publics n’ont plus d’argent pour poursuivre ces programmes.

« Le Brésil est l’exemple extrême et caricatural de cet état de fait », analyse Carlos Alberto Sardenberg, journaliste économique. « Les dépenses publiques, et pas seulement celles liées aux programmes sociaux, ont systématiquement augmenté plus que le PIB et plus que les recettes fiscales ces dernières années, creusant un déficit de 110 milliards de R $ l’an dernier et de 170 milliards pour l’année 2016 selon les prévisions ».

Déficit d’éducation et d’investissement

ensino ruimOù l’Amérique latine a-t-elle failli, s’interroge Carlos Alberto Sardenberg ? Dans deux domaines, la piètre qualité de l’éducation qui n’a pas permis d’élever le niveau professionnel de la main-d’œuvre et le manque d’épargne pour investir. « Durant la période où la conjoncture mondiale a aidé, l’Amérique latine en a profité, mais elle a consommé au lieu d’investir ».

Quand les choses ont empiré, l’argent a commencé à manquer. En tablant sur un équilibre économique relativement stable, certains pays comme le Pérou, la Colombie ou le Chili ont réussi à maintenir une croissance minimale et à contrôler l’inflation. D’autres n’y sont pas parvenus. « Avec une récession de 3 % par an entre 2014 et 2016, le Brésil, lui, a réussi à afficher le pire résultat », conclut Carlos Alberto Sardenberg.

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Panne de passeports

 

Les Brésiliens qui veulent obtenir un passeport ou renouveler sa validité sont invités à faire preuve de patience. Ils doivent désormais attendre 45 jours avant de pouvoir retirer le document, informe la police fédérale, alors que le délai de livraison normal est de 6 jours.

passaporteEn cause, un problème avec les fournisseurs de la Casa da Moeda qui peinent à livrer la matière première destinée à confectionner les couvertures de ces passeports. La situation serait en passe de se stabiliser, mais ni la Casa da Moeda ni la police fédérale n’avancent une date pour un retour à la normale. Il va encore falloir attendre pour que tout rentre dans l’ordre.

La police fédérale informe toutefois qu’en cas de nécessité justifiée, une personne peut solliciter une procédure de livraison d’urgence, laquelle impose le payement une taxe supplémentaire de 77,17 R $ (environ 20 euros).

 

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