État de calamité publique avant les Jeux à Rio de Janeiro; remontée de la violence; des vagues toujours menaçantes; des ordures en pagaille; cartes de transports et billets d’entrée pour les Jeux, où et comment les obtenir

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À première vue, la mesure est radicale et spectaculaire : le 18 juin dernier, le gouverneur en exercice de l’État de Rio de Janeiro Francsisco Dornelles (il remplace provisoirement le gouverneur élu Luis Fernando Pezão en congé maladie) décrète l’État de calamité publique. Les caisses de l’administration sont vides et il manque 2,9 milliards de R $ (824 millions de CHF/763 millions d’€) pour honorer les obligations de l’État de Rio dans le cadre de la préparation des Jeux olympiques qui vont commencer le 5 août prochain. Ce trou budgétaire concerne particulièrement la conclusion de la ligne 4 du métro (Ipanema – Barra da Tijuca) et les salaires en retard des policiers qui vont être chargés d’assurer la sécurité des Jeux.

Temer-governadoresApparemment, l’impasse est grave, mais de fait, cette mesure est surtout une manœuvre qui permet au gouvernement fédéral d’accourir au secours de l’État de Rio, lequel ne peut plus s’adresser aux banques pour obtenir des prêts vu la situation de ses finances. Après une réunion à Brasilia entre le président par intérim Michel Temer et les 26 États qui composent la Fédération, Rio obtient une suspension de 6 mois du payement des intérêts de sa dette à l’égard de Brasilia et un don de 2,9 milliards de R $ pour boucler son budget olympique. On respire, les Jeux ne sont pas en danger, d’autant que les comptes de la municipalité, eux, se portent plutôt bien d’après le maire Eduardo Paes, la municipalité qui assume l’essentiel des dépenses liées aux travaux entrepris dans le cadre de l’opération olympique Rio 2016.

Et l’après-Jeux ?

La différence entre les deux situations s’explique par le fait que la municipalité est beaucoup moins dépendante que l’État de Rio de Janeiro des royalties de l’exploitation pétrolière off shore : 6 % pour la commune, 60 % pour l’État. Avec la chute du prix du baril de 120 à 50 US $, on perçoit les raisons… Au-delà de ces soubresauts monétaires de dernière minute, la question de l’héritage des Jeux pour la population de la ville après la fin des compétitions reste entière, car ni le budget de l’État pour 2017 ni celui de la municipalité ne sont garantis.

PARQUE_OLIMPICO_20151129_CO_IOL_PQO_AER_LV-6802-1599x900À moins que la crise des finances publiques ne se résorbe, le fonctionnement futur des équipements construits pour et autour des Jeux n’est ainsi pas assuré. Andrew Zimbalist, économiste américain, estime même dans un livre qu’il a écrit en 2015, Circus Maximus : The Economic Gamble Behind Hosting the Olympics and the World Cup (Brookings Institution Press) que « de grands événements sportifs tels que la Coupe du monde de football 2014 ou les Jeux olympiques de 2016 apportent très peu de bénéfices aux pays qui les accueillent ».

« C’est une erreur de soutenir les Jeux »

Interrogé par le journal Folha de São Paulo, Andrew Zimbalist affirme les Jeux de Rio, en plus de pénaliser l’économie de l’État détériorent la réputation du pays à l’extérieur :

«  L’idée que les Olympiades vont promouvoir le tourisme et les affaires à Rio de Janeiro et au Brésil est erronée. Avant la COPA les gens voyaient Rio comme une destination touristique attirante et exotique. En trois ou quatre ans, ils ont découvert la pollution de ses eaux, la prolifération du moustique transmetteur du zika, la généralisation de la violence et de la corruption, une économie en chute libre. Rio avait une image attractive, aujourd’hui, cette image est très détériorée ».

Mais des Olympiades ne peuvent-elles pas aider un pays en développement comme le Brésil à accélérer les investissements dans les infrastructures ?

« Si l’on observe les choses superficiellement, c’est vrai. Il est parfois difficile, en cas d’impasse politique de libérer des fonds pour des projets de cette nature. La pression internationale, quand le pays s’apprête à occuper une position importante sur la scène mondiale, permet d’accélérer les choses. Mais quand vous construisez une infrastructure pour une Coupe du Monde ou pour une Olympiade, vous ne pensez pas prioritairement au développement de la cité. C’est le cas de la ligne de métro entre Ipanema et Barra da Tijuca qui n’est pas de première importance pour la ville. Les lignes de bus rapide, les BRT sont d’abord faites pour relier entre eux les sites olympiques. Il y a de nombreuses autres lignes de métro et de trains qu’il aurait fallu construire pour améliorer les transports à long terme ».

C’est donc une erreur de soutenir la réalisation des Jeux dans son propre pays ?

« Oui, c’est une erreur. Pour le président Temer, c’est déjà trop tard, il ne peut plus rien faire sinon mettre la faute sur ses prédécesseurs, Dilma Rousseff et Lula. Ce sont eux qui ont pris cette décision erronée dont le but est uniquement de renforcer le rôle de l’État, pas de contribuer au développement du pays ».

 Verre vide ou verre à moitié plein ?

operarios-instalam-trilhos-da-linha-4-do-metro-do-rio-de-janeiro-no-tunel-que-liga-as-estacoes-nossa-senhora-da-paz-e-general-osorio-em-ipanema-na-zona-sul-da-cidade-as-obras-estao-em-fase-1432056717272_956x500Au crédit de cette analyse pessimiste, le fait que la fin des travaux liés aux JO devrait laisser sur le carreau 35 000 ouvriers de la construction qui auront de la peine à retrouver un emploi ailleurs. Beaucoup vont ainsi repartir pour le Nord-Est d’où ils sont venus. Rien que pour la construction du métro, ils représentaient 30 % de la main-d’œuvre. Un effet négatif des Jeux olympiques devrait donc se faire sentir dans tout le pays. L’avenir dira si ces prédictions se vérifient ou si, au contraire, l’impulsion apportée par les Jeux donnera un coup de fouet à la ville de Rio de Janeiro.

Il faut se souvenir que juste avant la COPA de 2014, l’opinion générale était que les choses allaient mal se passer, que le pays n’était pas prêt à accueillir la Coupe du Monde de football… Mais au lendemain de la finale entre l’Allemagne et l’Argentine, le 13 juillet, la presse internationale unanime expliquait que cette Coupe du Monde avait été la plus belle de tous les temps !

Brasilia_Stadium_-_June_2013Malgré cela, nombre des réalisations prévues pour l’événement sont encore inachevées aujourd’hui, deux ans après. Le président Temer vient d’ailleurs d’annoncer qu’il était disposé à renégocier les dettes contractées par les États auprès de la BNDES, la Banque nationale de Développement économique et social pour construire ou aménager les 12 stades qui ont accueilli les rencontres. La facture se monte à 3,3 milliards de R $ (938 millions de CHF/869 millions d’€) que les gouverneurs concernés avouent ne pas pouvoir honorer dans la situation actuelle.

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Remontée de la violence, tout un débat…

 

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Après l’assaut donné la semaine dernière par une bande de trafiquants à un hôpital public de Rio de Janeiro pour libérer un des leurs, la presse et l’opinion publique s’inquiètent de la sécurité des visiteurs durant les Jeux olympiques. « Une sécurité totalement garantie par un des dispositifs les plus performants au monde » affirme Carlos Nuzman, président de Rio 2016, l’organisateur des Jeux.

Pas si sûr rétorque l’OMS qui lance un appel à la prudence pour les touristes qui se rendent au Brésil. Ce genre d’appel, avant les grands événements est coutumier de l’Organisation mondiale de la Santé, mais avec un taux de 32,4 homicides pour 100 000 habitants le Brésil est classé au 11 ° rang mondial dans l’échelle de la violence, à peine dépassé, en Amérique latine, par le Honduras (103,9 homicides pour 100 000 habitants), le Vénézuéla (57,6) et la Colombie (43,9).

Le statut du désarmement en danger

mortes no brasil omsToujours selon l’OMS, cela équivaut à 475 000 assassinats par an dont 80 % des victimes sont des hommes, jeunes pour la plupart. Ce chiffre serait encore plus encore élevé si le Brésil ne s’était pas doté en 2004 du Statut du désarmement qui offre le pardon à ceux qui acceptent de remettre leurs armes non officiellement déclarées aux autorités. Selon Julio Jacobo Waisenfield, auteur de l’annuaire de la violence, ce statut a permis d’épargner 133 000 victimes entre 2004 et 2014 : « la hausse de la mortalité violente qui était en moyenne de 8,1 % par an entre 1980 et 2003, n’est plus que de 2,2 % entre 2004 et 2014 ».

Cela n’empêche pas une remontée du sentiment d’insécurité dans la population, phénomène qui se traduit politiquement par un projet de loi visant à abolir ce statut du désarmement afin d’autoriser largement le port d’arme.

Des kalachnikovs en abondance

Polícia mostra drogas, armas e munições apreendidas no Complexo do AlemãoSi cette disposition est adoptée, ses opposants craignent une augmentation fulgurante de la violence, d’autant que jamais le prix du fusil AK47, la fameuse kalachnikov n’a été aussi attractif sur le marché parallèle. Il y a abondance d’offre, à cause notamment de la crise au Vénézuéla qui pousse les soldats de ce pays à vendre leur arme pour arrondir leur maigre solde et à cause de la fin du conflit entre les FARCs et le gouvernement colombien qui contribue à inonder le marché.

Un marché sur lequel les trafiquants qui contrôlent les favelas de Rio de Janeiro sont très présent. Ils sont des acheteurs particulièrement importants. Récemment, des informations affirment qu’ils cherchent maintenant à se procurer des armes lourdes, une perspective qui a de quoi inquiéter sérieusement les forces de police.

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Environnement : Risque de tempête et ordures flottantes

 

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La piste cyclable Tim Maia reliant Leblon à São Conrado, qui avait été emportée par une vague particulièrement forte en avril causant la mort de deux personnes est en train d’être reconstruite, plus solide qu’avant. Elle devrait être rouverte pour les Jeux. 14 personnes sont inculpées dans le cadre de l’enquête sur cette tragédie. Qui pourrait se reproduire ailleurs s’inquiètent certains experts météorologistes.

En effet à cause d’El Niño, les tempêtes d’hiver sont particulièrement fortes à Rio de Janeiro cette année et la tour TV montée sur la plage de Copacabana pour la couverture des compétitions des Jeux olympiques qui auront lieu à cet endroit est située dans un des lieux les plus affectés par la houle.

torre TVIl y a deux semaines, des vagues dont la hauteur mesurée à l’entrée de la Baie de Guanabara atteignait six mètres ont mis à mal les échafaudages de cette tour en construction. Cela pourrait se reproduire pendant les Jeux, avertissent les météorologues, il faudra donc prendre les précautions nécessaires en cas d’alerte puisque, vu la proximité des échéances, on ne peut plus déplacer cette tour.

Ordures flottantes en pagaille

lixo guanabaraDécidément, l’abandon de la dépollution de la Baie de Guanabara pour les Jeux restera le vilain canard de la fête. La crise financière de l’État de Rio de Janeiro a eu pour conséquence le ralentissement du programme de secours consistant à installer 17 écobarrières aux embouchures des rivières les plus chargées en détritus qui se déversent dans la baie. Seules 10 sont effectivement posées.

ecobarcaEn outre, les trois entreprises responsables du fonctionnement des écobarques chargées elles de récolter les déchets flottants là où auront lieu les compétitions de voiles, ne sont plus payées par les autorités depuis le mois de janvier. Elles continuent à travailler, mais jusqu’à quand ?

Les ordures flottantes qui pourraient se trouver sur le parcours des voiliers en régate dans la Baie de Guanabara durant les Jeux olympiques est une des plus grandes préoccupations des organisateurs en ce moment.

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Riocard olympique et billets d’entrée pour les compétitions

 

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Malgré ces couacs de dernière minute, les préparatifs des Jeux se poursuivent à un rythme accéléré et les autorités promettent que ces Olympiades seront parfaites et inoubliables. C’est en tout cas les propos tenus par le maire de Rio de Janeiro Eduardo Paes à l’occasion de la présentation publique de la Riocard, un passe spécifiquement destiné aux spectateurs des compétitions.

riocardElle permettra d’utiliser n’importe quel moyen de transport public, bus, tram, métro, BRT ou train pendant un, trois ou sept jours et coûtera 25 R $ pour un jour, 70 R $ pour trois et 160 R $ pour sept jours. On pourra l’acquérir dans une quarantaine de points de vente stratégiques répartis dans la ville. Signalons qu’il ne sera pas permis d’accéder aux compétitions autrement que via les transports publics. Voitures privées et taxis ne seront pas autorisés.

Aux dernières nouvelles, après le déblocage des 2,9 milliards de R $ du gouvernement fédéral pour l’État de Rio de Janeiro, les autorités affirment que la ligne 4 du métro sera opérationnelle durant les Jeux. Mais seulement pour ceux qui auront des billets d’entrée dans les différents stades. La population, elle, devra attendre le 18 septembre pour utiliser ce nouveau transport.

Billets d’entrée pour les stades

ingressos rio 2016-kCDE-U20277218619ewB-1024x683@GP-WebLes billets pour assister aux compétitions ne peuvent être achetés que sur le site Rio 2016 (https://www.rio2016.com/fr/billets) si vous êtes au Brésil. Une fois le prix payé en ligne, l’acquéreur reçoit un SMS ou un email avec un code lui permettant de retirer les entrées qui seront distribuées dès la fin du mois de juin. Attention aux faussaires ! Des groupes cherchant à vendre des billets à prix surfait sur les réseaux sociaux ont déjà été démasqués et neutralisés par la police.

Il faut aussi faire attention, lors de l’acquisition au lieu de la compétition choisi, car le nom générique indiqué désigne souvent plusieurs installations différentes. Ainsi, un billet intitulé Maracanã est délivré autant pour le stade du Maracanã que pour celui du stade olympique de l’Engenho Novo ou du Sambodrome. Les billets libellés Copacabana concernent les disciplines qui se dérouleront sur la plage, le long de l’Avenida Atlantica, mais aussi les épreuves de voile qui auront lieu à la Marina da Gloria ou les compétitions d’aviron sur la Lagoa Rodrigo de Freitas.

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Les personnes domiciliées à l’étranger peuvent acquérir les entrées, toujours selon la même procédure en ligne, auprès des revendeurs agréés de leur pays,

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