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En mai 2014, à la veille de la COPA, alors que les médias du monde entier spéculaient sur l’incapacité du Brésil à assurer le succès de cette Coupe du Monde de football, les journalistes de l’hebdomadaire Epoca s’étaient livrés à un exercice d’utopie afin de prendre le contre-pied de la vague de Brazil bashing qui dominait alors. Ils avaient imaginé le pays idéal que le Brésil pourrait être en 2030 : une nation proposant une éducation comparable à celle de la Finlande, un système de santé équivalent à celui de la Grande-Bretagne, la sécurité dans les rues de Rio de Janeiro y serait comparable à celle de Tokyo, les transports publics seraient aussi performants qu’en Chine et les incubateurs d’entreprises bénéficieraient des mêmes soutiens qu’en Israël… 

CouvertureÉvidemment, le Brésil de 2016 est bien loin de ce portrait idéal qui d’ailleurs, tient plus du rêve que du réalisable. Mais le pays a tout de même fort bien réussi sa COPA et les J.O. ont stimulé une transformation sans précédent du tissu urbain de Rio de Janeiro. Une transformation qui doit se poursuivre pour réussir. Dans cette optique, Sérgio Magalhães, président de l’Institut des Architectes du Brésil prône une 8e mutation.

J’emprunte l’essentiel des réflexions qui composent cette conclusion à sa contribution, intitulée Pour une nouvelle reconfiguration spatiale de la cité. « La ville qui sera le résultat des Jeux de 2016 sera autre, mais elle ne sera pas celle que notre enthousiasme a imaginé. Les grands événements auront servi à montrer comment une mobilisation des énergies permet de paver les chemins, mais aussi que ces chemins doivent être bien balisés si l’on veut atteindre la destination souhaitée. »

La thèse de Sérgio Magalhães postule que la ville qui émergera des Jeux olympiques de 2016 s’inspire d’une conception dépassée, vieille de 50 ans : la cité fonctionnelle des années 1960 qui dessine une expansion du territoire séparant les différentes fonctions urbaines les unes des autres et les reliant au travers de l’automobile. « Or la ville d’aujourd’hui est multifonctionnelle, elle reconnaît sa propre diversité et cherche l’égalité. »

Ce changement de point de vue est le résultat de trois facteurs convergents, la prise de conscience croissante des défis environnementaux, le renforcement de l’esprit citoyen et la recherche de l’égalité en vue de construire une agglomération pour tout le monde. Or Rio de Janeiro, depuis les années 1960, a connu une expansion de son territoire urbain bien supérieure à celle qu’imposait la croissance de sa population. Avec pour conséquence une diminution de la densité démographique et une multiplication des déplacements entre le domicile et le travail. Cette densité était d’environ 10 000 habitants au km2 en 1870, elle a atteint 16 000 habitants au km2 en 1960 et elle est ensuite tombée à 9 600 habitants au km2 à l’orée du XXIsiècle.

Aux yeux de Sérgio Magalhães, ce phénomène est à mettre en rapport avec l’abandon des transports collectifs sur rail et leur remplacement par des bus et des voitures, mais aussi avec le changement du modèle d’habitat populaire, privilégiant la propriété au détriment de la location, et avec l’absence d’une politique de crédit qui aurait permis aux familles d’opter pour des logements localisés au sein des quartiers urbains. Ces dogmes urbanistiques qui encourageaient l’expansion vers les zones peu densifiées de la banlieue ont ainsi fait perdre à la ville sa densité démographique et elle s’est retrouvée sans ressources suffisantes pour mettre en place les infrastructures, les équipements et les services nécessaires à la vie moderne dans ces nouveaux quartiers. D’où une perte de la qualité urbaine et une favélisation croissante.

Rio de Janeiro doit donc redessiner son système métropolitain de mobilité. Elle a commencé à le faire pour les J.O., mais de manière encore insuffisante puisque les nouveaux tracés des BRT et l’extension du métro ne concernent que la municipalité et pas l’ensemble de l’agglomération. Elle doit aussi résorber son passif socio-environnemental. Pour Sérgio Magalhães, apporter plus d’équité suppose d’incorporer les zones populaires au reste de la ville. Notamment à travers des travaux d’amélioration des infrastructures et des projets sectoriels. Mais pas seulement.

« L’informalité, l’inégalité des constructions et la précarité des infrastructures sont des caractéristiques marquantes des villes brésiliennes. Rio n’échappe pas à la règle. L’équité exige une universalisation des services publics sur tout le territoire urbain et métropolitain. C’est une condition pour le futur de Rio qui ne peut pas être comprise comme une faveur des pouvoirs publics. » Sur ce plan, il y a encore loin de la coupe aux lèvres, mais le président de l’Institut des Architectes du Brésil rappelle que cette universalisation des services publics est un droit des citoyens, lesquels sont légitimement habilités à réclamer une redéfinition des priorités des investissements publics et des budgets de fonctionnement des collectivités publiques. C’est donc l’acte politique qui doit être le moteur des choix à opérer en matière de stratégie d’avenir pour la ville.

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