Une politique sociale en forme de peau de chagrin ; Chute de la piste cyclable Tim Maia à Rio de Janeiro, qui est responsable ? Surpopulation des prisons, encore et toujours…

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Le départ de Dilma Rousseff est désormais donné comme certain même par ses partisans. La décision du Sénat d’écarter la présidence pour 6 mois devrait tomber le 11 mai prochain. L’ultime tentative de l’exécutif de proposer des élections anticipées si la présidente n’était pas destituée par les Chambres semble avoir fait long feu. Le vice-président Michel Temer prépare activement son équipe de substitution qui devrait être axée sur une politique de redressement des finances publiques, d’assouplissement des règles pour les investisseurs tout en préservant la politique sociale.

Une politique sociale en forme de peau de chagrin

Dernier chant du signe, peut-être pour le gouvernement de Dilma Rousseff, l’annonce ce dimanche premier mai d’une revalorisation de la Bourse famille qui devrait coûter un milliard de R$ (279 millions de CHF / 254 millions d’€) aux coffres publics. Mais ce cadeau de dernière minute aux plus pauvres du pays fait suite à une année de coupes sombres justement dans les programmes sociaux.

politica social 2La dizaine de subsides différents qui forment l’ossature de la politique sociale mise en place par le Parti des Travailleurs depuis qu’il est au gouvernement a été amputée de 34% pour le budget 2016 par rapport à 2015, relève une enquête du quotidien O Globo. C’est le cas notamment pour le programme de construction de crèches qui a perdu 87% de ses subsides et pour celui de l’habitat populaire Minha Casa Minha Vida, moins 74%. La Bourse famille a perdu, elle, 5,7% de son enveloppe, soit 1,7 milliard de R$. L’apport de un milliard supplémentaire annoncé par la présidente ne va donc pas combler entièrement le manque.

politica social 1Pour mémoire, voici la liste des dix principaux programmes sociaux du gouvernement et des réductions de budget qu’ils ont dû absorber en 2016 :

Nom du programme Budget 2015* Budget 2016* Réduction
Il faut vaincre le crack 0,786 0,395 – 49%
Santé de base 0,116 0,880 + 24%
Réseau cigogne d’aide à la grossesse 1,200 0,926 – 23%
Pronatec, bourses pour l’enseignement technique 5,200 2,100 – 59%
Réforme agraire 2,600 1,800 – 29%
Brasil carinhoso, aide à la petite enfance 1,020 0,344 – 66%
Construction de crèches 4,200 0,502 – 87%
FIES, bourses pour l’université 19,700 18,700 – 5%
Minha Casa Minha Vida, habitat populaire 27,200 7,200 – 74%
Bourse famille 30,400 28,700 – 6%

* En milliards de R$

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Chute de la piste cyclable Tim Maia à Rio de Janeiro, qui est responsable ?

On ne sait pas encore exactement pourquoi les vagues de dimanche dernier ont emporté un morceau de la nouvelle piste cyclable Tim Maia reliant les plages d’Ipanema et Leblon à celle de Sao Conrado à Rio de Janeiro, entraînant la mort de 2 personnes. Ce nouvel itinéraire pour les deux roues, qui fait partie du projet d’aménagement de la ville pour les Jeux olympiques 2016 avait été inauguré en janvier dernier. Une énorme vague qui s’est écrasée contre les rochers a soulevé le tablier de la piste, 40 mètres au-dessus du niveau de la mer, sur une longueur de 50 mètres.

ciclovia-destruida_2Il pourrait s’agir d’un mauvais calcul dans l’étude de faisabilité, qui ne se serait intéressé qu’à la résistance aux vagues des piliers de la piste, non du tablier. Ou d’une erreur de construction, le tablier n’étant pas fixé aux piliers, mais simplement appuyé dessus. Quoi qu’il en soit, c’est la méthode pratiquée sur les chantiers des infrastructures construites par les pouvoirs publics qui est mise en cause par la plupart des experts, notamment les études de faisabilité confiées à des services différents et parcellisés, GeoRio qui s’est intéressé à l’impact des vagues n’avait pas d’expérience dans la construction des pistes cyclables, l’entreprise qui a conçu le projet ensuite ne disposait pas de spécialistes des mouvements de la mer.

Par ailleurs, la surveillance des travaux a été déléguée à l’entreprise même qui les exécutait, une pratique pour le moins questionnable. Enfin, l’alerte météo concernant cette tempête n’a pas été suivie d’une interdiction temporaire de circuler sur la piste cyclable malgré le danger. Sur ce dernier point, le maire de Rio reconnaît la responsabilité de la municipalité.

pista tim maiaPour remédier à cette chaîne de dysfonctionnement, plusieurs spécialistes du domaine préconisent d’adopter pour les chantiers publics, la pratique qui a cours aux Etats-Unis et en Europe, soit l’obligation pour le maître d’œuvre de contracter une assurance à 100%, laquelle est ensuite responsable du contrôle des travaux et de ses suites. Actuellement, les entreprises brésiliennes ne doivent souscrire une telle assurance que pour 10% du montant engagé et seulement durant la période des travaux.

Le secteur de la construction civile critique la proposition, arguant que cela renchérirait inutilement les coûts. A quoi Massami Uyeda Junior avocat spécialiste du secteur des infrastructures répond : « les projets les plus chers sont ceux qui sont mal faits ou inachevés, pas ceux qui sont bien contrôlés. »

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Surpopulation des prisons, encore et toujours…

Le nombre de personnes privées de liberté au Brésil était de 622’202 en décembre 2014, contre 581’507 une année auparavant, soit une augmentation de 40’695 ou 7% en 12 mois. 40% des prisonniers sont incarcéré de manière provisoire, en attendant leur comparution devant un juge et plus de la moitié de ce contingent est formé de noirs.

populaçao carceralLe trafic de drogue est le principal motif qui les a conduits en prison. Ce sont les derniers chiffres connus et ils proviennent du Recensement national des Informations pénitentiaires réalisé par le DEPEN, le Département pénitentiaire national du Ministère de la Justice.

Pour le directeur du DEPEN Renato de Vitto, ces chiffres sont alarmants et dénotent une croissance incontrôlée des incarcérations qui dure depuis 25 ans : «  le nombre des personnes privées de liberté est passé de 90’000 à 622’000 en renato de vitto25 ans. Il faut absolument adopter une politique qui combine l’éducation, le travail et les peines alternatives pour combattre ce phénomène ». Selon le directeur du DEPEN, l’incarcération comme méthode unique de politique de sécurité ne fait pas baisser la criminalité. « Si ne nous préoccupons pas de cette augmentation expressive de la population des prisons, n’importe quelle politique publique en la matière est vouée à l’échec ».

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