Cité réinventée Couverture grande 2 (1)« 2016, Rio de Janeiro et les Jeux olympiques, une cité réinventée », les lancements: 

Mercredi 4 mai, Genève, Club suisse de la presse, 11h00 Invitation club suisse de la presse

Lundi 9 mai, Paris, association France-Amériques, 18h00 France-Amériques

Mercredi 11 mai, TV5Monde, 64 minutes, 18h30 http://information.tv5monde.com/les-jt/64-minutes

Jeudi 12 mai, Paris, Librairie portugaise et brésilienne La Librairie Portugaise

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Transformer une agglomération de l’ampleur de Rio de Janeiro en 8 ans, c’est déjà un défi. Le faire alors qu’une crise économique et politique imprévue et particulièrement violente s’abat sur le pays, c’est presque mission impossible. Rio de Janeiro et son projet olympique n’ont pas été épargnés par les soubresauts qui ont frappé le pays à partir de 2011. Il y a eu des aléas climatiques, qui ont obligé à revoir le chronogramme, mais la conjoncture économique et les péripéties politiques ont aussi affecté le rythme des travaux, leur financement et certains des objectifs parfois trop ambitieux qui avaient été définis dans la marche vers la réforme urbaine. En outre, le coussin de sécurité sur lequel pensaient pouvoir compter ceux qui se sont lancés dans cette aventure en 2009 a aujourd’hui disparu. Il faut pourtant continuer quand même…

SOUVENIR NOSTALGIQUE : 2012, UN BOUM ÉCONOMIQUE SANS PRÉCÉDENT

L’État de Rio de Janeiro calcule que les prévisions d’investissements publics et privés pour la période 2011-2013 se monteront à 181,4 milliards de R$ ou 76,9 milliards d’euros, en hausse de 44 % par rapport au triennat précédent (2008-2010). 59 % de cette manne devrait aller au secteur du pétrole et du gaz. Les travaux pour la préparation de la Coupe du Monde de football 2014 et des Jeux olympiques 2016 comptent pour 4,9 milliards d’euros. Ce ne sont donc pas ces grands événements sportifs qui tirent la croissance de Rio de Janeiro à eux seuls, mais ils y contribuent.

L’ancienne capitale politique du pays émerge d’un interminable tunnel de stagnation. Dans sa thèse de doctorat, Mauro Osório, spécialiste en planification urbaine à l’Université fédérale de Rio de Janeiro, calcule qu’entre 1970 et 2008, la participation de l’État à la formation du produit intérieur brut brésilien a chuté de 60 %. Depuis 2010, la situation s’est inversée : Rio de Janeiro est devenu la première destination des placements étrangers directs au Brésil. « L’intérêt des investisseurs pour Rio est impressionnant », se réjouit le gouverneur de l’État, Sergio Cabral. « C’est tout autre chose que l’ambiance qui régnait lorsque j’ai entamé mon mandat en 2007 ».

Le coût total des 21 réalisations listées dans le secteur des infrastructures pour les 15 années à venir (soit bien au-delà de l’échéance des JO de 2016) est de 13,6 milliards d’euros. Il y a bien sûr les équipements olympiques, mais aussi la ligne 4 du métro, l’anneau routier de contournement de l’agglomération, le projet Morar Carioca d’urbanisation des favelas d’ici 2020 et la réforme de l’aéroport international. Ces projets remplissent les carnets de commandes des 4 grands consortiums dominant le marché brésilien de la construction, Odebrecht, Andrade-Gutierrez, Camargo et Queiroz-Galvão[1]. Et ces 4 grands consortiums ne sont pas les seuls gagnants. Des milliers d’autres entreprises, particulièrement des PME, sont potentiellement susceptibles de fournir des matériaux et des services qui sont pour le moment achetés hors de l’État de Rio, voire importés de l’étranger.

Les PME de moins de 500 salariés sont le moteur de la croissance actuelle au Brésil. En 2011, leur chiffre d’affaires a augmenté en moyenne de 30 % et elles ont créé deux fois plus de postes de travail que les grandes entreprises. Elles contribuent désormais pour 20 % à la composition du PIB national. Stimulés par ce boum, beaucoup de professionnels spécialisés ou de cadres migrent vers ces petites structures, plus souples et plus créatives que les multinationales, et qui proposent des défis plus intéressants en début de carrière explique Carlos Eduardo Altona, chasseur de têtes chez Exec Partners.

Rio Négocios, l’agence officielle de promotion du commerce de la municipalité de Rio de Janeiro, lance une campagne pour attirer les capitaux. Dans le pipeline, 180 nouveaux projets. Quinze d’entre eux sont déjà confirmés, dans les domaines de la communication, de l’énergie, de l’hôtellerie, de la pharmacie et des infrastructures. En dehors de la réalisation des équipements nécessaires à la Coupe du Monde, aux J.O. 2016 et à l’exploitation des gisements pétroliers des grandes profondeurs, d’autres secteurs porteurs attirent l’intérêt des investisseurs étrangers. Celui de la santé notamment. Rio de Janeiro est sous-équipée en hôpitaux privés, les seuls à même d’accueillir la clientèle haut de gamme que sont les touristes et les hommes d’affaire en déplacement. Trois projets de nouveaux établissements devraient bientôt sortir des cartables : une filiale de l’hôpital Albert Einstein de São Paulo, un hôpital de 480 lits à Barra da Tijuca, dans la zone olympique et un complexe médical de pointe de 214 lits financé par la Chambre américaine de commerce.

La sécurité, la communication et le marketing font aussi partie des domaines qui attirent l’attention des entreprises étrangères. Microsoft cherche à se positionner dans le développement de programmes facilitant l’accès aux informations en temps réel pour les patrouilles de police afin d’augmenter l’efficacité de leur intervention au quotidien. Un challenge qui vise bien sûr particulièrement les événements de la Coupe du Monde et des J.O. Le marketing sportif attire lui aussi les regards. C’est un secteur encore balbutiant au Brésil, qui ne représente que 1,9 % du PIB contre 4 à 5 % aux États-Unis. Les publicitaires des grandes marques internationales veulent profiter des échéances de 2014 et 2016 pour développer leurs activités dans le pays. L’Eximbank, l’organe officiel de financement des exportations américaines a d’ores et déjà promis un apport d’un milliard de dollars en crédits pour des exportations de biens et services vers Rio de Janeiro. Une partie ira aux géants des États-Unis qui veulent attaquer le marché brésilien du marketing et de la publicité.

En 2011, les investissements destinés aux infrastructures de la ville de Rio de Janeiro ont représenté 17,9 % du total des sommes engagées, largement plus que dans les autres capitales. La cité fluminense a ainsi été le 4e pôle d’investissement du pays, derrière le gouvernement fédéral et les États de São Paulo et de Rio de Janeiro. Le monde entrepreneurial cultive l’optimisme. Un sondage, effectué en avril 2011 par Price-Waterhouse-Cooper auprès des patrons de l’État de Rio a révélé que la totalité des entreprises interrogées envisage d’étendre leurs activités dans les prochaines années. 53 % d’entre elles pensent que leur chiffre d’affaires va croître de plus de 10 % d’ici 5 ans.

Début février 2012, le Ministère de l’économie confirmait cette tendance en annonçant une prévision de croissance au niveau national de 4,5 % pour 2012[2], qui devrait générer 2 millions de nouveaux emplois. Pour autant que la crise européenne ne vienne pas perturber ce scénario prometteur ! La morosité internationale est en effet l’un des deux goulets d’étranglement potentiels de l’expansion économique de Rio de Janeiro. (…)

LA CRISE VA-T-ELLE COMPROMETTRE LES JEUX ? (Postscriptum, février 2016)

En cette année olympique, le Brésil est-il condamné à la descente aux enfers ? Dans son édition du 13 janvier 2016, le Wall Street Journal affirme qu’à sept mois de la cérémonie d’ouverture des Jeux, quelques questions sérieuses se font jour quant à la viabilité des Olympiades. « Beaucoup d’entre elles ont à voir avec le Brésil dans son ensemble, de telle sorte qu’il est difficile de prévoir comment les choses vont évoluer ».

Mario Andrada, directeur de la communication de Rio 2016, cité par ce même Wall Street Journal, reconnaît : « Nous avons été surpris par une tempête parfaite formée par une crise politique combinée à une intense crise économique. Généralement, c’est l’une ou l’autre, mais nous subissons les deux à la fois et les deux sont intenses. »

Officiellement, le déroulement des compétitions, à partir du 5 août, ne sera pas perturbé. « On va réaliser ces Jeux avec l’argent qu’on a, sans laisser de dettes au gouvernement ou à la société ». « Ce seront tout de même des Jeux de crise », nuance le quotidien espagnol El Pais : « les employés de Rio 2016 n’ont plus le droit de se servir de la photocopieuse, les 10’000 athlètes qui seront logés dans la Ville olympique n’auront pas, comme promis, la télévision dans leurs chambres et le centre aquatique sera à ciel ouvert pour économiser l’argent qu’aurait coûté l’installation d’une couverture. On est loin de l’euphorie de 2009, lorsque Rio de Janeiro a détrôné Madrid comme siège pour les Jeux olympiques de 2016 ».

Eduardo Paes, le maire de Rio de Janeiro est plus rassurant. « Ce ne seront pas les Jeux de la honte. Il y a un ralentissement de l’économie, mais comme la plupart des réalisations sont en cours d’achèvement, il n’y a pas de risque majeur à l’horizon ». Il est vrai qu’à contre-courant du reste du pays, la commune de Rio de Janeiro a bouclé ses comptes 2015 dans le vert. Et comme c’est elle qui assume l’essentiel des engagements pris pour les Jeux et pour les transformations urbaines qui leur sont associées, le raisonnement d’Eduardo Paes se comprend. Si la ville de Rio semble moins affectée par la crise que l’État de Rio de Janeiro, c’est aussi parce que ses finances sont moins dépendantes des royalties du pétrole. Seul 0,6 % de ses rentrées fiscales proviennent de ce secteur alors que l’État de Rio, lui, en dépend pour près de 60 %.

2016, cependant, ne sera pas une année facile pour le maire de la métropole carioca. Il devra compter sans les 700 millions de R$ de subsides fédéraux qu’il a reçu de l’État fédéral en 2015 pour la préparation des Jeux et avec une stagnation économique qui risque d’atteindre plus fortement la ville qu’en 2015. Donc il lui faudra serrer encore plus les boulons. « Depuis 8 ans que je suis aux commandes, je coupe en permanence dans les dépenses. En 2015, j’ai réduit de 10 à 15 % la valeur des contrats de nos prestataires ».

Certaines des coupes cependant, ne sont pas sans conséquence pour l’avenir. C’est ainsi que l’antenne Rio + Social de la municipalité a été dissoute à la fin de l’année dernière. Forte d’une quarantaine d’agents sur le terrain, Rio + Social jouait les intermédiaires en faisant remonter aux différents services administratifs les demandes des habitants des favelas pacifiées et leurs suggestions. Un travail de fourmi, mais un travail absolument crucial pour développer l’esprit citoyen dans ces quartiers habitués depuis 30 ans à subir le joug dictatorial des trafiquants de drogue. L’extinction de Rio + Social va contribuer à équilibrer les comptes de la municipalité, mais les conséquences risquent de coûter cher à long terme en matière de politique sociale. (…)

[1] Ces 4 entreprises de construction sont aujourd’hui toutes sous investigation suite au scandale de corruption Petrobras et plusieurs de leurs dirigeants et ex-dirigeants sont incarcérés pour les besoins de l’enquête
[2] Dans la réalité, la croissance du PIB a été pratiquement nulle en 2014, 0,1% et négative en 2015, moins 3,8%. C’est dire la violence de la crise par rapport aux espoirs de croissance de l’époque !

 

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