comissao impeachment

La semaine qui débute est celle de tous les dangers pour Dilma Rousseff. La commission qui analyse la résolution demandant la destitution de la présidente doit en effet rendre son verdict demain lundi. Si la proposition est votée, ce sera au tour de la Chambre des députés, dès vendredi, de débattre de la question. Le vote devrait intervenir dimanche 17 avril ou tout au début de la semaine suivante. L’impeachment de la présidente doit obtenir les 2/3 des votes pour être validé.

Si c’est le cas, Dilma Rousseff sera immédiatement suspendue de ses fonctions pour 180 jours, temps nécessaire au Sénat pour analyser et éventuellement valider la décision au Congrès. C’est alors le vice-président Michel Temer qui assurera l’intérim. Pour la plupart des observateurs, il est douteux, dans un tel cas de figure, que la présidente en titre puisse reprendre sa place au terme de ces 6 mois de parenthèse.

Quelle que soit l’issue de cette procédure, elle va laisser des traces. De la colère et de la déception chez ceux qui estiment que Dilma Rousseff, élue au suffrage universel, doit légitimement pouvoir terminer son mandat. ET d’un autre côté un état d’ingouvernabilité probable si la destitution est refusée par les Chambres : vu les blessures infligées par la crise politique, l’équipe gouvernementale actuelle n’arrivera probablement pas à recomposer une majorité présidentielle.

DILMA-E-TEMER-1De plus en plus de voix s’élèvent donc pour proposer une autre issue, celle de la double démission de la présidente Dilma Rousseff et du vice-président Michel Temer et de la convocation d’élections générales anticipées dans les trois prochains mois. Pour les uns, cela permettrait de liquider le passé, pour les autres, il n’en est pas question, car ce serait légitimer un coup de force contre la constitution.

Il y a une semaine, le quotidien « Folha de Sao Paulo » publiait un éditorial faisant le point sur ce débat. Vision Brésil le reproduit ici dans sa totalité en traduction française, car il me semble incarner parfaitement les tenants et les aboutissants de ce délicat débat.

Éditorial, Folha de Sao Paulo, 3 avril 2016 : Ni Dilma ni Temer.

jornalfolhaC’est avec douleur que ce journal en arrive à cette conclusion : la présidente Dilma Rousseff (PT) a perdu les moyens de gouverner le pays. Avec douleur, car il n’est jamais souhaitable d’interrompre un mandat présidentiel concédé démocratiquement par les urnes, même si c’est à travers des moyens légaux.

Son parti est à l’origine des plus grands nem dilma nem temerscandales de corruption dont on a jamais entendu parler. Elle a obtenu son second mandat grâce à une fraude électorale flagrante. Par la suite, son gouvernement est à l’origine de la pire récession de l’histoire. Dilma récolte ce qu’elle a semé. Une immense majorité s’est constituée pour réclamer sa destitution. Les plus grandes manifestations de rue que le Brésil ait jamais connues se sont emparées des rues pour exiger le départ de la présidente.

Avec un opportunisme toujours renouvelé, les forces dominantes du Congrès ont occupé le vide laissé par le collapse du gouvernement. L’administration publique a été mise au service de deux objectifs : barrer la route de la destitution légale à travers l’achat d’appuis au parlement et protéger l’ex-président Lula et ses compagnons des accusations portées contre eux par la justice.

Même si Dilma Rousseff gagne la bataille contre sa destitution au Congrès, ce qui semble chaque jour plus improbable, il est impossible d’imaginer comment elle peut continuer à gouverner. Les faits qui ont amené à la faillite de son autorité persisteront. Si elle se maintient au pouvoir, le pays va se crisper toujours plus, il finira par être paralysé. Force est de reconnaître aujourd’hui que la présidente est devenue un obstacle à la récupération du Brésil.

La « Folha de Sao Paulo » continuera à rendre compte des faits de façon équilibrée, en reflétant la diversité des points de vue, mais il s’inclut désormais parmi ceux qui préféreraient voir Dilma Rousseff démissionner plutôt que d’être destituée constitutionnellement. Il est vrai qu’il existe des motifs légitimes pour réclamer cette destitution. Ils reposent sur une large gamme de lois, même si toutes ne sont pas irréfutables. Les indices ne manquent pas pour asseoir les accusations de malversation et de dérapage fiscal portées contre elle, même si elles ne sont pas encore établies de façon incontestable.

Bien qu’envahi par le découragement, le Parti des Travailleurs conserve toujours le respect d’une minorité expressive pour qui la destitution laisserait des traces profondes de ressentiment. La démission volontaire, au contraire, serait un geste désintéressé qui montrerait la prise de conscience réaliste de la présidente que, à cause de facteurs extérieurs indépendants de sa volonté, elle est aujourd’hui empêchée d’aller au bout de sa mission.

Le vice-président Michel Temer (PMDB) devrait afficher cette même prise de conscience, car il ne dispose pas, lui non plus, d’un appui suffisant de la société pour être une alternative. Étant donné la gravité exceptionnelle de cette crise, ce serait donc une bénédiction si le pouvoir retournait immédiatement au peuple afin qu’il puisse investir quelqu’un de la légitimité nécessaire à mettre en place les réformes structurelles indispensables de la Constitution et à tirer le pays de sa stagnation.

Le Tribunal Suprême Electoral devra décider si des falsifications ont été commises lors de la campagne électorale de 2014, et si ces tromperies sont suffisantes pour justifier une demande de destitution du vice-président lui aussi. Que ce soit par le biais d’un tel double limogeage ou par celui d’une double renonciation, la population serait alors appelée à un nouveau scrutin présidentiel dans un délai de 90 jours.

Il faut que Dilma Rousseff abdique avant d’être rattrapée par une éventuelle décision du parlement de la destituer afin d’épargner au pays le traumatisme d’un impeachment et lui permettre de sortir au plus vite du bourbier dans lequel l’ont mis les agissements calamiteux de l’actuel gouvernement. editoriais@grupofolha.com.br

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