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Il ya 20 ans, le 11 février 1996, Michael Jackson rompait un tabou à la favela Santa Marta en allant enregistrer un clip vidéo au sommet du « morro », de la colline. À l’époque, pénétrer dans ce bidonville de 4 000 habitants était impossible si l’on n’était pas résident. Les trafiquants de drogue contrôlaient entièrement le quartier. Aujourd’hui, 2 000 touristes au moins grimpent chaque mois, seuls ou avec un guide, les ruelles et les escaliers de la favela pour aller visiter le mémorial dédié à Michael Jackson.

UPP_Santa_MartaEntre ces deux dates, il y a eu l’installation, le 19 décembre 2008 de la première Unité de Police de Pacification de Rio de Janeiro, forte de 123 hommes. L’UPP de Santa Marta continue à assurer la sécurité du lieu dont le visage a totalement changé. Certes, la vente clandestine de cannabis et de cocaïne continue, plus discrètement qu’avant, mais les trafiquants armés ne patrouillent plus dans les rues et les habitants ont développé une économie locale qui a largement plus enrichi la population que le trafic des stupéfiants et fait de Santa Marta un quartier de Rio pratiquement comme les autres.

Les « nouveaux entrepreneurs »

favela santa marta tourParmi les « nouveaux entrepreneurs » de Santa Marta, il y a Thiago Frimino. Il s’est lancé en 2009, sans formation spécifique, prenant le risque de lâcher un modeste emploi salarié fixe pour créer « Favela Santa Marta Tour ». À ce moment, il fallait y croire. Aujourd’hui, Thaigo Firmino a sous ses ordres 3 employés de la favela qui promènent les touristes 2 fois par jour, avec commentaires en portugais et en anglais.

rues favela-santa-marta-mostra-lado-cultural-da-comunidade-1396464882131_956x500Les voisins de Thiago Firmino achèvent la rénovation et l’agrandissement de leur maison qui va bientôt accueillir une auberge de 30 chambres, un restaurant et un bar. Ailleurs, ce sont les boutiques de souvenirs qui se multiplient, vendant tee-shirts et casquettes à l’effigie de Santa Marta ou de Michael Jackson.

Briser les frontières sociales

« La vie a changé à partir du moment où les services sociaux et les moyens dont les habitants avaient besoin se sont concrétisés », explique Felipe Souza, qui suit une formation de musicien à l’Université fédérale de Rio de Janeiro. « Il y a 20 ans, mon grand-père me disait que jamais je n’allais entrer à l’université. Que ce n’était pas fait pour les pauvres ! Qu’il fallait faire le métier que font les pauvres, qu’il fallait être un homme. Aujourd’hui à Santa Marta, les jeunes qui ne fréquentent pas l’université, c’est parce qu’ils le veulent ».

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Les activités de Tiago Firmino et Felipe Souza les amènent à circuler dans toute la ville de Rio de Janeiro. Ils incarnent la rupture progressive des barrières qui séparent les favelas du reste de la ville depuis la mise en place de la politique de pacification. Felipe, qui interprète à la flûte autant Robert Schumann que Pixinguinha et les classiques de la samba se produit régulièrement dans les concerts des quartiers cossus de la Zone Sud. Il a désormais des amis qui vivent dans les immeubles du bord de mer de Copacabana, Ipanema et Leblon, chez qui il se rend régulièrement et qui viennent le voir à Santa Marta.

Faire entendre sa voix

Thiago Firmino, lui est maintenant invité dans les salons de tourisme comme le « World Travel Marketing » de Sao Paulo ou le congrès du tourisme populaire de Cartagena en Colombie. Sa croisade c’est de questionner les participants à ces foires sur l’absence d’entreprises touristiques issues des favelas parmi les stands des exposants.

esgotos santa martaSanta Marta est donc devenue une vitrine de la pacification des favelas de Rio de Janeiro. Mais derrière le miroir, tout n’est pas résolu. La vie quotidienne reste difficile pour les habitants du quartier et leur rapport aux services publics souvent conflictuels. Le « morro » est encore rempli de vallons où les égouts coulent à ciel ouvert, la collecte des ordures n’est pas aussi systématique que dans les autres quartiers « et les éboueurs ne ramassent que là où c’est le plus facile » se plaint un habitant, les coupures d’eau sont fréquentes dans le haut de la favela.

Une vitrine de la pacification pas encore parfaite

luiza_medidorUn litige est particulièrement aigu entre la population et les autorités, celui des factures d’électricité. La compagnie qui distribue le courant a installé des compteurs pour que les gens payent désormais le courant qu’ils consomment, mais ces compteurs ne sont pas directement accessibles aux usagers. Impossible donc de contrôler le montant des factures qui paraissent souvent fantaisistes. La Light, qui gère ce dossier affirme être consciente du problème et dit avoir déjà installé 2 000 compteurs individuels dans les maisons.

confronto-santamartaEt puis, le 8 mars dernier, pour la première fois en 7 ans, il y a à nouveau eu un mort à Santa Marta, au cours d’un affrontement entre trafiquants et policiers. Selon les forces de l’ordre, une bande de trafiquants aurait tenté de reprendre le contrôle de la partie haute du quartier et un adolescent de 16 ans a été tué durant l’échange de tirs. Des armes et de la drogue ont été saisies.

 

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