tribu indienne intro

La crise politique qui secoue le Brésil focalise l’attention sur les grandes agglomérations de Sao Paulo et Rio de Janeiro. Elle ne doit cependant pas faire oublier que ce pays compte 200 millions d’habitants, dont une partie vit loin de cette agitation urbaine, en Amazonie rurale où, cependant, certains, les peuples indigènes notamment, ne sont pas à l’abri des tensions sociales, ou simplement des effets néfastes de la modernisation. Deux rapports différents viennent nous le rappeler. L’un émane du Rapporteur spécial de l’ONU concernant les droits des peuples indigènes et dénonce une fois de plus les violences dont sont victimes les Indiens de la forêt brésilienne, l’autre est une étude prospective de l’université de Stanford aux États-Unis, qui tente d’alerter sur les risques de disparition de certains peuples indigènes à cause de la pénétration massive en leur sein de la société moderne.

relatora ONU« Il y a eu un recul extrêmement préoccupant au Brésil en ce qui concerne la protection des droits des peuples indigènes ces huit dernières années », affirme Victoria Tauli-Corpuz, rapporteur spécial de l’ONU concernant les droits des peuples indigènes. « Si les autorités ne prennent pas très vite des mesures décisives pour renverser la situation, celle-ci ne peut que s’aggraver ». Victoria Tauli-Corpuz lance cet avertissement au terme d’une visite de 10 jours au Brésil, visite au cours de laquelle elle a rencontré des représentants des autorités et les porte-parole de plus de 50 peuples indigènes au Mato Grosso, dans la Bahia et dans l’État du Para. Le but de la mission du rapporteur spécial de l’ONU était entre autres de vérifier si les recommandations formulées en 2008 par son prédécesseur, James Anaya, avaient été suivies d’effets.

Une législation efficace mais mal utilisée

Índios manifestam na Esplanada dos Ministérios Data: 11/11/2015 - Foto: Lucio Bernardo Junior / Câmara dos Deputados

Índios manifestam na Esplanada dos Ministérios
Data: 11/11/2015 – Foto: Lucio Bernardo Junior / Câmara dos Deputados

« Ma première impression, c’est que le Brésil dispose d’un arsenal constitutionnel exemplaire en ce qui concerne les droits des populations indigènes, mais que dans la réalité les risques que courent ces populations sont plus présents que jamais. » Et de citer, entre autres, la loi en discussion actuellement, qui voudrait transférer de l’Exécutif au Législatif la compétence de délimiter les réserves indigènes. Si cette compétence revient au Congrès où les lobbys « ruralistes » sont puissants, il y a tout à craindre pour le futur des territoires que revendiquent les Indiens affirment les opposants à celte proposition.

relatora ONU 2Autre « dossier chaud » qui a attiré l’attention de Victoria Tauli-Corpuz, le gel des procédures d’homologation par la Présidence du Brésil d’une vingtaine de réserves indigènes déjà démarquées et l’incapacité des autorités à protéger l’intégrité des territoires dévolus aux populations indiennes contre les activités illégales de déboisement et d’orpaillage. Enfin, le rapporteur spécial de l’ONU s’interroge sur les effets négatifs des mégaprojets hydrauliques tels le barrage de Belo Monte pour les tribus indigènes.

Le rapport final de Victoria Tauli-Corpuz, qui contient entre autres une recommandation à mieux protéger les leaders indigènes, sera présenté et discuté au Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies au mois de septembre.

Futur indigène modélisé

MAX2C’est à un autre danger qui menace les peuples indigènes que s’est intéressé José Fragoso, biologiste et chercheur à l’université de Standford aux États-Unis. Trois années durant, son équipe a collecté des données auprès de trois tribus différentes de la forêt amazonienne, à la frontière entre le Brésil et le Guyana, afin de mesurer l’impact de quatre des principales influences du monde extérieur sur ces populations : l’introduction des soins de santé, la substitution des croyances traditionnelles par les religions occidentales, catholique et évangéliques protestantes, la dégradation environnementale autour des réserves et la pénétration de sources externes d’alimentation.

maxresdefaultIls ont ensuite modélisé les résultats obtenus pour imaginer quel rôle pourrait avoir à long terme, soit dans 250 ans, ces influences extérieures sur l’équilibre du mode de vie traditionnel. Même si les conclusions relèvent de la futurologie — il est difficile en effet d’imaginer tous les scénarios de transformation possibles — , elles ne manquent pas d’inquiéter. Elles révèlent surtout que la simple protection des réserves indigènes contre les envahisseurs ne suffit pas à assurer leur survie.

Malbouffe chez les indiens

indio - coca-colaLe problème le plus grave, c’est l’importation d’aliments extérieurs. Non seulement cela provoque une dépendance à la nourriture industrielle, mais, en plus, le modèle informatique établit par l’équipe du professeur Fragoso révèle que « l’abondance relative » de cette nourriture de dehors provoque une rapide augmentation de la population ce qui exerce une pression sur la biodiversité et la couverture forestière. Dans le pire des cas, cela peut aboutir au collapse d’une région tout entière, dont l’écosystème ne peut pas absorber cette charge démographique supplémentaire.

indios-xavantes-e-o-diabetesUne autre étude, menée par l’université de Sao Paulo chez les Indiens Xavantes du Mato Grosso confirme les effets négatifs de l’introduction de nourriture industrielle dans les populations indigènes : la moitié de la population observée souffrait déjà d’obésité et 28 % des adultes de diabète, à cause de la surabondance des hydrates de carbone et du sucre dans l’alimentation.

La religion aussi peut faire des ravages

Quadrangular_missões_indios_igreja_IEqLa substitution des croyances religieuses est aussi une menace, relèvent les chercheurs de Standford, car elle relativise l’importance des animaux et des plantes dans l’univers symbolique des tribus indiennes qui peuvent finir, selon le modèle informatique projeté, par se désintéresser de la protection de leur environnement naturel immédiat et accroître par la même les risques de déforestation. Seule la généralisation des soins de santé au sein des 3 tribus étudiées n’aurait pas d’effet négatif à long terme.

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Petites nouvelles en bref relevées cette semaine…

 

Casse-tête électrique

linhao-tucuruiEn Amazonie toujours existe un grand paradoxe. Les populations locales voient passer au-dessus de leurs têtes un nombre toujours croissant de lignes électriques à haute tension qui sortent des grands barrages hydrauliques de la région et vont tout droit vers la région industrialisée du sud-est du pays. Mais ils continuent à s’éclairer à la bougie parce que rien ne raccorde leurs villages à ces installations électriques.

En cause une répartition douteuse des responsabilités entre les fournisseurs de courant, responsables des usines hydro-électriques et du transport de l’énergie et les distributeurs à qui revient la fonction de répartir cette énergie dans la population. Les deux secteurs ne dialoguent pas vraiment et obéissent à des priorités différentes. D’où le paradoxe qui fait que la région fournissant actuellement une grande partie de l’électricité au pays est aussi celle dont la population a le moins accès à cette source d’énergie.

Une nouvelle loi est en discussion qui vise à obliger les fournisseurs d’électricité à raccorder leurs autoroutes énergétiques aux réseaux des distributeurs partout dans le pays. Cela devrait résoudre en partie la question. Reste que dans l’Amazonie profonde, les habitants sont très dispersés et que les distributeurs ont encore beaucoup de travail pour les atteindre tous. À moins de penser à d’autres sources d’énergie, locales et renouvelables, qui seraient susceptibles de répondre mieux à la demande que l’interconnexion du réseau national.

L’inégalité pointe à nouveau son nez

desigualidadeOn devait s’y attendre, avec l’ampleur de la récession économique qui frappe le Brésil, les populations les plus vulnérables, c’est-à-dire les plus pauvres, sont les premières victimes de la crise. La FGV Social, un département de recherche de la Fondation Getulio Vargas, dirigé par Marcelo Neri révèle, ce sont les termes du communiqué, « un abîme social en formation ». La détérioration de l’égalité a augmenté cette dernière année à un rythme d’augmentation deux fois plus rapide que celui de la réduction des inégalités entre 2001 et 2014. C’est dire que les bénéfices sociaux des 15 premières années de ce XXI ° siècle au Brésil, qui avaient permis de sortir 30 millions de personnes de l’extrême pauvreté ont été pratiquement effacés en 12 mois par la détérioration de la situation économique.

Des heures dans les embouteillages

engarafamentosLes habitants de Rio de Janeiro qui se rendent quotidiennement de leur domicile à leur travail sont à la torture. L’an dernier, ils ont perdu 165 heures dans les embouteillages, que ce soit à l’intérieur de leur voiture ou dans les bus. C’est pire qu’à Sao Paulo et c’est surtout le 4ème plus mauvais résultat des 295 villes du monde étudiées par la firme hollandaise Tom Tom. Seuls les habitants de Mexico, Bangkok et Istanbul sont à pire épreuve que les Cariocas. Il y a pourtant une légère note d’espoir : lorsque toutes les réalisations mises en chantier à l’occasion des Jeux olympiques d’août prochain pour désengorger le trafic seront achevées, la fluidité de la circulation devrait augmenter grâce aux voies prioritaires des nouveaux bus-métros, dit BRT, et au report partiel des usagers vers ces nouveaux moyens de transport de masse. Les autorités espèrent que d’ici fin 2016, le nombre de voyageurs qui emprunteront les trains de banlieue et le métro devrait passe de 17 % à 52 %. Le nombre de bus qui encombrent les chaussées diminuera d’autant.

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