Pour le dire vite – 1 : Légers couacs olympiques.

Vila autodroma

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C’est la dernière poche de résistance, le petit village gaulois qui refuse de se soumettre. La Vila autodroma est située tout à côté du Parc olympique où se dérouleront la plupart des compétitions durant les Jeux olympiques de Rio de Janeiro au mois d’août. Les quelques bâtiments de ce lotissement qui subsistent après la démolition des autres sont coincés entre un hôtel destiné à loger les représentants des médias internationaux et le centre de presse. Ils vont faire place à un parking où seront installées les paraboles des TV du monde entier. Après d’âpres négociations la plupart des 700 familles de la Vila autodroma ont consenti à partir, soit en empochant des indemnisations il faut le dire assez généreuses, soit en acceptant les propositions de relogement de la mairie. Subsiste une cinquantaine de farouches résistants, qui en principe ont reçu la garantie de pouvoir rester, leurs maisons n’étant pas sur le trajet des nouvelles installations.

Ils peuvent donc rester, mais dans quelles conditions ? D’abord, les démolitions inachevées et les travaux avoisinants ont multiplié les foyers potentiels de prolifération du moustique Aedes egypticus, créant un sérieux risque sanitaire pour les habitants, avec l’irruption de l’épidémie de zika. Les autorités ont bien ordonné aux entreprises de construction d’évacuer sans délai les détritus entreposés, l’assainissement est encore loin d’être total et le va-et-vient des engins complique encore la vie quotidienne des résidents.

vila autodroma 2Mais surtout, quelques-uns d’entre eux n’ont plus accès à leur domicile. Pour y pénétrer, ils doivent passer par les installations olympiques où l’on accède que porteur d’un badge autorisant l’entrée. Ces habitants n’en bénéficient évidemment pas et les vigiles sont intraitables, ils ont reçu des consignes de sécurité très strictes. Enfin, dans ce qui reste de la Vila autodroma, il est interdit de pavoiser aux couleurs brésiliennes, car c’est considéré comme une zone de chantier. Lors d’une grillade organisée, l’association des habitants s’est risquée à déployer le drapeau national, immédiatement et sèchement réprimandée. Depuis, en signe de protestation, toutes les maisons survivantes de la Vila autodroma arborent un drapeau brésilien aux fenêtres.

La caserne de la police Praça Maua

sede PM rioL’administration des bâtiments de la police militaire de Rio de Janeiro s’arrache les cheveux. Elle est propriétaire d’un vaste ensemble classé historique à la Praça Maua, au centre-ville, tout à côté du bâtiment du Musée de Demain construit par l’architecte espagnol Santiago Calatrava, qui vient d’être inauguré. Cette Praça Maua est le nouvel icône de la renaissance du port et de sa transformation en zone touristique et culturelle. Au milieu du complexe de la police militaire, une vaste cour carrée qui abritait un ancien entrepôt démoli pour construire à la place 6 étages de bureaux. L’autorisation avait été donnée par la mairie en 2009. Mais hormis la démolition du vieux bâtiment et l’étude du nouveau projet, opérations qui ont déjà coûté quelques centaines de milliers de R$, rien d’autre n’a encore été entrepris.

Entre temps, les travaux de revitalisation du port ont avancé et en décembre 2010, soit un an plus tard, le feu vert a été donné pour construire le tunnel Rio 450 ans, long de 1400 tunel-450mètres, destiné à désengorger le trafic routier dans le secteur de la Praça Maua. Le tunnel a été inauguré en mars 2015. Mais voilà que, catastrophe, il passe juste en dessous de la cour des bâtiments de la police fédérale ! Qui ne peut donc plus construire les bâtiments de bureaux projetés, car leurs fondations transperceraient la voûte du tunnel… « Quelqu’un a dû s’endormir au sein de la police », ironise-t-on aujourd’hui. S’endormir si profondément qu’il va falloir abandonner désormais l’idée même de construire quoi que ce soit dans la cour intérieure du siège de la police fédérale de Rio de Janeiro.

Rio, cité réinventée 

couverture
Après l’Invention du Brésil paru en 2014, mon prochain livre Rio, cité réinventée : les transformations de Rio de Janeiro à l’occasion des Jeux olympiques de 2016 et leurs conséquences, sortira de presse aux Editions l’Harmattan fin avril. Il traite de la mutation urbaine de Rio de Janeiro réalisée durant les sept années qui séparent le moment où, en 2009, ella a été désignée pour accueillir les Jeux et la cérémonie d’ouverture qui aura lieu le 5 août 2016, avec ses réussites et ses aspects plus questionnables. Je vous dévoilerai dans les prochains numéros de Vision Brésil les bonnes feuilles de cet ouvrage qui sera aussi publié en version portugaise au mois de juin.

Pour le dire vite – 2 : questions de gros sous.

Heureuse surprise pour un Brésilien descendant d’Helvète

stefan christen e jakobÀ 60 ans, Stefan Christen jouit d’une paisible retraite dans une petite bourgade de l’État de São Paulo. Il vient d’apprendre que les banquiers suisses allaient lui faire un cadeau, sous forme d’un petit pécule, dont le montant n’est pas révélé, solde d’un compte que son père avait ouvert dans une banque de Sumiswald près de Berne. Stefan Christen se souvient vaguement avoir en effet accompagné son père en Suisse en 1954, il avait alors 4 ans, son père, quincailler à São Paulo, s’était rendu dans son pays d’origine afin d’acheter du matériel dont il avait besoin pour son commerce. C’est sans doute à cette occasion qu’il avait ouvert un compte en banque à Sumiswald.

Stefan Christen est un des premiers à figurer sur la liste établie par l’association suisse des banquiers, suite à une loi adoptée en décembre dernier, qui oblige tous les établissements financiers helvétiques à publier sur internet la liste des comptes oubliés chez eux depuis 50 ans. La liste est consultable sur le site www.dormantaccounts.ch, elle comporte actuellement 2’600 noms pour un montant total de 44 millions de CHF (40 millions d’€). Seuls les montants d’au moins 500 CHF sont pris en considération. Bien souvent, les seules indications figurant sur cette liste sont un nom et parfois le lieu de résidence de la personne au moment où elle a ouvert le compte. Des indications fragmentaires donc, mais suffisantes pour avoir permis de retrouver Stefan Christen, fils de Jakob Christen et de lui remettre son dû.

Le FMI sonne l’alarme : l’Amérique latine va mal

fmiL’information n’est pas vraiment nouvelle, mais quand elle est confirmée les analystes du Fonds monétaire international à Washington, elle prend du relief. L’avenir immédiat du sous-continent ne serait pas encourageant : tassement de 0,3 % de la croissance en 2015 et recul de même ampleur attendu pour 2016. « C’est la première fois que cette situation, avec deux années de suite de récession, se présente depuis la crise de la dette des années 1982-1983 qui avait été à l’origine de la décennie perdue pour la région », peut-on lire dans le document Amérique latine et Caraïbes en 2016, un ajustement à une réalité plus difficile.

Les raisons avancées par le FMI pour expliquer ces mauvaises perspectives sont elles aussi connues : un recul des cours des comodities et du volume de leurs ventes, un tassement de la demande chinoise en matières premières. Tous les pays ne sont cependant pas touchés de la même manière. Le Brésil et le Vénézuéla sont particulièrement affectés, ce sont eux qui ont tiré l’Amérique latine vers le bas en 2015 et vont continuer à le faire en 2016. En ce qui concerne le Brésil, étant donné son poids économique régional, il est évident que quand il tousse, le reste du sous-continent éternue. En l’affirmant, les analystes du Fonds pratiquent formulent une lapalissade !

decada perdidaCette récession peut-elle déboucher sur une nouvelle décennie perdue ? Le FMI s’en inquiète, mais d’autres analystes comme Lia Vals Perreira, chercheur à la Fondation Getuliuo Vargas ou Carlos Enrique Mussi, délégué du Brésil à la CEPAL, la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes n’y croient pas : « les conditions d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes que celles des années 1980. Il n’y a pas d’hyperinflation ni de crise de la balance des payements ». Pour Alberto Ramos, chef du bureau de recherches macro-économique chez Goldman Sachs, le risque de vivre à nouveau une décennie perdue existe tout de même : « on vient de vivre une décennie durant laquelle les conditions de vie se sont améliorées rapidement. Cela ne va pas pouvoir continuer si la croissance baisse ». En filigrane, même sans crise de la dette ou collapse des finances publiques, une résurgence probable des inégalités, ce fléau des économies latino-américaines que la prospérité des années 2000-2010 avait permis de combattre avec un certain succès.

Pour le dire vite – 3 : Fin de Carnaval

C’est donc l’école de samba de la Mangueira et sa figure emblématique de l’année, la chanteuse Maria Bethaniaqui ont remporté le trophée du défilé des champions du Carnaval de Rio 2016, après 4 jours de folie dans les rues de tout le Brésil. Malgré le zika, malgré la crise. Ce qui interpelle l’écrivain Zuenir Ventura, à qui Vision Brésil a déjà donné la parole au début de ce numéro : « je ne sais pas s’il existe un autre endroit dans le monde capable de, en trois ou quatre nuits (et bien plus si cela était permis) d’offrir en même temps autant d’images dejoie, de plaisir etde bonheurque le Brésil. Ce ne sont certainement pas la Norvège ou l’Islande, et encore moins la Suisse, champions de la qualité de vie et modèles d’un développement sans malédiction qui le pourraient. Comment expliquer que cette fête collective puisse avoir lieu justement dans un pays avec autant de difficultés ? Cela reste un mystère pour moi et il continue à défier les psychologues, les psychanalystes, les psychiatres et tous ceux qui se penchent sur la question ».

Vision Brésil n’a pas l’intention d’apporter une réponse à ce questionnement. On se contentera de noter que quelques soient les perspectives qui s’afficent en début d’année, bonnes ou mauvaises, le Carnaval brésilien reste un événement paticulièrement incontournable.

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