indio-da-etnia-krenak e rio doce -vive-no-municipio-de-resplendor-mg-impactado-pelo-rompimento-da-barragem-em-mariana-mg-que-matou-peixes-e-animais-do-rio-doce-ele-e-um-dos-moradores-do-municipio-1447690622073_956x500

C’est la seconde fois que le ciel tombe sur la tête des Krenak, une peuplade indigène du Minas Gerais. Début novembre 2015, la vague de boue provenant de la rupture du barrage de contention des rejets de la mine de Samarco envahit les berges de leur réserve. La pollution du Rio Doce est une des pires catastrophes écologiques du Brésil moderne. 30 ans plus tôt, plusieurs d’entre eux avaient été enfermés dans un centre de redressement mis en place au sein de leur territoire par la dictature pour rééduquer les Indiens récalcitrants aux bienfaits du progrès, version militaire. Derrière ce prétexte, la pression déjà sur leurs terres ancestrales de la part des éleveurs de bétail et des prospecteurs miniers. Aujourd’hui, les Krenak veulent une modification des frontières de leur réserve, amputée à l’époque d’une portion de leurs terres ancestrales, une partie qui n’a pas été affectée par le désastre de la Samarco. Parallèlement, le Ministère public fédéral du Minas Gerais ouvre une procédure en vue de la réparation du tort qu’ils ont subi de la part de la dictature militaire durant les années 1970.

« C’était interdit de faire du feu, de parler notre langue, de consommer nos boissons traditionnelles sous prétexte qu’elles contenaient de l’alcool ». Denajira Krenak, 65 ans, a passé plusieurs mois dans le reformatorio Krenak installé par l’armée pour recevoir les indigènes criminels ou affichant des mauvais comportements. Ce centre de redressement, qui a fonctionné entre 1969 et 1972, est le résultat d’un accord passé avec la FUNAI, la Fondation pour l’Indien, laquelle déléguait à la police militaire la tâche de faire régner l’ordre dans les villages indigènes du Vale do Rio Doce. Un ordre au service des éleveurs et des compagnies minières qui convoitaient leurs terres.

Des punitions sous n’importe quel prétexte

reformatorio-na-fazenda-guarani_Andre-Campos_0Qui n’affichait pas un comportement compatible avec l’idéologie de l’assimilation nationale de l’époque comme renoncer à parler sa langue ou demander la permission pour sortir du village était l’objet de punition, sous les prétextes les plus fantaisistes : ivresse, non-respect de l’autorité, vol, etc. « Ma mère, Bastianinha, a passé trois mois dans cette prison pour avoir été surprise à boire un verre de cachaça (l’eau-de-vie de canne à sucre) », raconte Laurita Felix âgée aujourd’hui de 84 ans.

-Cela-do-reformatorio3_Andre-CamposLe régime de confinement appliqué aux Krenak débutait généralement par une première période d’enfermement dans une cellule d’isolement, trois jours sans eau ni nourriture. « Il y avait une gouttière qui coulait du toit sur nous en permanence, c’était une forme sophistiquée de torture » se rappelle Manoel Viera, 68 ans. Manoel évite toujours de s’approcher des ruines de l’ancien centre de redressement tellement ces souvenirs le traumatisent encore. La journée, les indigènes devaient travailler au défrichage des terres environnantes et à l’entretien du poste militaire, selon un régime de semi-esclavage.

201601211328243782Parmi les chefs militaires qui ont administré le reformatorio Krenak, le capitaine Pinheiro, souvent cité pour sa cruauté. On le soupçonne d’être à l’origine de la disparition de certains prisonniers et du suicide de plusieurs autres. Au total, environ 94 indigènes de 15 ethnies différentes sont passés par cette prison jusqu’en 1972, année où les Krenak ont été déplacé à la fazenda Guarani de Carmésia, hors de leur territoire traditionnel, dans un endroit éloigné du fleuve où la terre était pratiquement stérile.

Dispersion et équilibre précaire

Ce fut le début de la dispersion des Krenak qu’on retrouve aujourd’hui dans le Mato Grosso du Sud et dans l’État de São Paulo. En 1993 cependant, le Tribunal Suprême fédéral leur rend leurs terres du Vale du Rio Doce. Beaucoup hésitent à y retourner à cause des mauvais souvenirs qu’ils gardent de l’époque de la dictature militaire.

peixes mortos rio doceCeux qui y sont tout de même revenus vivent aujourd’hui de l’élevage bovin, qui vient compléter l’activité traditionnelle de la pêche. La catastrophe du barrage de la Samarco a complètement désorganisé leur économie domestique : les poissons ont disparu et le bétail ne peut plus boire l’eau souillée du fleuve qui transporte toujours des quantités impressionnantes de boue toxique. Les Krenak dépendent pour leurs besoins des réservoirs d’eau provisoires installés en urgence qui ne sont approvisionnés qu’épisodiquement par les camions-citernes des autorités.

Revendication historique

parque sete saloesLa communauté des 400 indigènes qui peuplent la rive gauche du Rio Doce réclame maintenant un élargissement des limites de leur réserve, arguant que leurs terres sacrées se trouvent sur l’autre rive du fleuve, dans la région dite de Sete Saloes, qui fait partie d’un parc classé réserve naturelle, très fréquenté par les touristes. Un groupe de travail de la FUNAI va étudier cette demande au cours du premier semestre 2016.

ditatura crea campos de concentraçaoUne seconde action, lancée par le Ministère public fédéral de Minas Gerais, demande réparation pour les tords subis par cette ethnie à l’époque du reformatorio Krenak. Le procureur Edmundo Antonio Dias base son argumentation sur le fait que « le reformatorio était une prison sans base légale destinée à confiner les indigènes en raison de leur conduite, sous le prétexte d’accusations n’ayant aucune valeur juridique. L’objectif était d’empêcher les Indiens de vivre leur culture et de pratiquer leurs rituels. C’était la poursuite d’un processus de déterritorialisation des indigènes qui a commencé à l’époque coloniale et s’est intensifié pendant la dictature militaire ».

La FUNAI admet sa part de responsabilité dans la violence dont ont été victimes les peuples indiens durant la dictature. Elle rappelle que, selon la Commission pour la Vérité, 8’350 indigènes sont morts « en raison d’actions directes d’agents gouvernementaux ou par leur omission ».

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