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Vous pensez que tout a déjà été exploré sur terre ? Détrompez-vous ! Il est encore des lieux reculés, notamment en Amazonie, qui recèlent une somme inédite de trésors inconnus. C’est en tout cas la conclusion qu’on peut retenir du compte rendu de 5 expéditions, entreprises entre 2011 et 2014 par une équipe de chercheurs du Jardin botanique de Rio de Janeiro aux confins du nord du Brésil, dans les montagnes d’Amazonie qui marquent la frontière avec le Guyana et le Vénézuéla. 52 espèces de plantes nouvelles, jamais rencontrées jusqu’ici, ont été dénichées au milieu de ces terres extrêmes qui viennent enrichir le catalogue mondial de la biodiversité. Des découvertes, qui non seulement contribuent à mieux connaître le Brésil et ses richesses, mais encore à alerter notre planète sur la fragilité des écosystèmes sur lesquels repose son équilibre.

Il a fallu, au total, plus de 50 jours de voyage, à pied, en bateau et en hélicoptère, entre la Serra Grande, la Serra do Aracá, la Serra da Mocidade, le Pico da Neblina et le Monte Caburaí, pour recueillir tout ce matériel. Le recensement et la classification de la flore de cette portion isolée et pratiquement encore vierge de la forêt amazonienne brésilienne se sont ensuite poursuivis dans les laboratoires du Jardin botanique de Rio de Janeiro.

Un écosystème spécifique

jardim botanico« Dans les zones que nous avons parcourues », explique Marcus Nadruz, coordinateur du projet, « il n’y avait aucun inventaire des plantes existantes, ou seulement de listes très parcellaires parce que ce sont des régions inhospitalières et distantes ». Mais aussi des zones dont l’écosystème est bien particulier.

Ces montagnes font partie du Bouclier des Guyanes, qui avec les îles Galapagos sont les formations géologiques les plus anciennes de l’Amérique du Sud. Leurs sommets, appelés tepuis en langue indigène — ce qui signifie demeure des dieux —, sont isolés les uns des autres. Comme ils ne forment pas une chaîne de montagnes continue, ils sont plus propices au développement d’espèces uniques, estiment les chercheurs. « Cataloguer cette biodiversité est un premier pas pour n’importe quelle future recherche », déclare Marcus Nadruz. « En ce moment, nous réalisons des études sur la génétique de ces populations pour mieux comprendre l’évolution de ces écosystèmes ».

monte_caburai_03« Les montagnes sont un des grands piliers de la recherche en botanique parce que leur isolement géographique permet une évolution indépendante des espèces », complète Gustavo Martinelli, qui travaille depuis plus de 40 ans au Jardin botanique de Rio de Janeiro. Il cite l’exemple des sommets de la Serra do Aracá qui sont parmi les rares de la forêt amazonienne comptant déjà avec une liste des espèces. Elle a été établie en 1991 par un botaniste anglais Ghillean Prance et comporte 250 noms. « Une goutte d’eau dans la mer de diversité des 1,8 million d’hectares de ce massif montagneux. Grâce aux expéditions menées par le groupe du Jardin botanique, cette liste s’est aujourd’hui enrichie de 50 % de noms nouveaux ».

Parcours de l’extrême

expedicao-amazoniaIl y a l’intérêt scientifique de l’expédition, bien sûr, mais aussi ses défis humains : chaque voyage a nécessité d’emporter une tonne de bagages et d’équipement. 200 kg par personne à déplacer ! Outre les lampes de poche et les tentes, les réserves de nourriture et surtout les bonbonnes de gaz nécessaires pour cuisiner, mais aussi pour maintenir la température des serres mobiles où sont conservés les spécimens récoltés. Les journées de travail débutaient à 7 h du matin pour se terminer généralement vers 23 h

expedicao-amazonia 3« Il nous fallait profiter au maximum des quelques heures de lumière de la fin du jour pour travailler au camp » se souvient Rafaela Forzza, responsable de l’herbier du Jardin botanique. En tout, les cinq expéditions auront coûté 1,7 million de R $ (435’000 CHF/415’000 €), une somme relativement modeste en regard des difficultés rencontrées et des résultats obtenus.

Et puis, cerise sur le gâteau, il y a encore eu le contact établi avec la population locale, notamment lorsqu’il s’est agi de se rendre au Pico da Neblina, en territoire Yanomani. Après une année de tractations bureaucratique avec la FUNAI, la Fondation pour l’Indien, l’Ibama, l’Institut brésilien de l’environnement et de contacts téléphoniques avec les chefs des tribus locales, rien !

Rythme indigène

« Nous avons appris à nos dépens que ni nos autorisations officielles, ni l’appui de l’hélicoptère de l’armée de l’air ne nous servaient » explique Marcus Nadruz, « la dernière parole chez les populations indigènes, c’est celle de la communauté dans son ensemble. Il nous a donc fallu établir le contact direct avec le village pour débloquer les autorisations ».

yanomamiMais une fois cette étape franchie, des échanges fructueux entre les chercheurs de Rio de Janeiro et la population yanomani se sont établis. Un guide local a accompagné l’équipe de scientifiques au sommet du Pico da Neblina et ces derniers l’ont ensuite invité à Rio de Janeiro pour qu’il découvre ce que les chercheurs faisaient de leurs prélèvements. « Ça a été un échange très enrichissant », estime Rafaela Forzza, « notre ambassadeur des Yanomanis nous a dévoilé sa réalité et nous avons partagé ensuite nos connaissances avec lui ».

Le Bouclier des Guyanes, terre de légendes

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Ces confins extrêmes de l’Amazonie résonnent de légendes et de mystères depuis la nuit des temps. Déjà le conquistador Fransisco Pizzaro, au XVIe siècle l’imaginait comme l’Eldorado d’où provenait l’or des Incas. Depuis, ce mythe de la cité dorée perdue a attiré d’innombrables aventuriers qui se sont perdus au cours des siècles dans la dense forêt vierge.

Conan-Doyle-Le-monde-perduLe Mont Roraima et son sommet plat en forme de table géante ont inspiré l’écrivain britannique Arthur Conan Doyle. Dans son roman Un monde perdu, paru en 1912, il met en scène une attaque de dinosaures contre un groupe d’explorateurs. Ces sauriens auraient disparu partout ailleurs, mais auraient survécu au sommet du Mont Roraima en défiant la loi de l’évolution des espèces.

Le roman d’Arthur Conan Doyle est devenu film en 1925, puis a connu trois autres versions à l’écran en 1960, 1998 et 2001. La mesa du Mont Roraima et sa cascade de 807 mètres — la plus haute du monde — ont encore inspiré la superproduction des studios Disney Pixar Là-haut, en 2009.

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