desalojados de belo monte

C’est le Ministère public fédéral qui donne l’alerte : de graves irrégularités ont été constatées lors du déplacement de populations touchées par les travaux du barrage de Belo Monte, dans la région d’Altamira et de Vitoria do Xingu en Amazonie. « Des populations rurales entières sont incitées à accepter des indemnisations pour quitter leurs villages, mais les montants octroyés sont insuffisants pour leur permettre de se reloger en conservant leur mode de vie traditionnel » précise le rapport d’enquête du Ministère public.

desalojadosDans la plupart des cas, il s’agit de communautés installées sur les bords du fleuve, qui vivent une partie du temps sur les îles pour pêcher et cultiver et le reste de l’année en ville pour vendre leur production et avoir accès à l’éducation et la santé. L’entreprise de construction de Belo Monte avait pourtant promis de respecter ces traditions dans sa politique de relogement des populations, mais il n’applique visiblement pas cet engagement, estiment les autorités judiciaires qui somme le consortium de se mettre en règle. 25’000 personnes touchées directement ou indirectement par la construction du barrage ont déjà été déplacées dans les environs d’Altamira.

Un drame silencieux

Ce n’est qu’un des multiples exemples de l’absence de politique publique cohérente au Brésil, pour ce qui concerne le déplacement forcé de populations. L’Institut Igarapé de Rio de Janeiro a mené une enquête sur la question et conclut que 1,6 millions de déplacés sont aujourd’hui sans solution pour se reloger dans tout le pays.

vila autodroma« Le Brésil affronte un drame social de grande portée, mais silencieusement car personne n’en parle » commente Robert Muggah, le responsable de cette étude. « C’est paradoxal parce que les autorités portent une grande attention aux réfugiés qui arrivent de l’extérieur –ils sont aujourd’hui près de 8’000- mais négligent complètement leurs propres déplacés. Il n’y a pas de législation dans ce domaine ».

Grands travaux et aléas climatiques

Selon l’Institut Igarapé, ces déplacés sont victimes de trois phénomènes, les grands travaux d’infrastructure, les catastrophes naturelles, et la violence. Ainsi lors de la préparation de la Coupe du Monde de football de 2014, 170’000 personnes ont été expulsées de leurs logements. Les travaux du barrage de Belo Monte vont obliger au total 40’000 personnes à quitter leurs foyers.

morro do bumbaPour ce qui est des catastrophes naturelles, le Brésil se situe au 15ème rang mondial pour la quantité de « réfugiés climatiques » qu’il abrite. Des familles entières qui vivent durant des années dans le provisoire. C’est le cas des victimes des intempéries de janvier 2010 qui ont frappé l’Etat de Rio de Janeiro : 180 familles d’Angra dos Reis, 2’000 personnes qui habitaient le Morro do Bumba à Niteroi, ravagé par un glissement de terrain et 3’600 familles de la région montagneuse de Petropolis, Teresopolis et Nova Friburgo. Elles reçoivent depuis 4 ans un « loyer social » de 400R$ par mois versé par les autorités, charge à eux de se trouver un abri provisoire en attendant que les lotissements projetés pour les reloger soient achevés.

Le loyer social comme pis-aller

« Le problème, ce n’est pas le payement de ces subsides », reconnaissent les autorités, « mais le fait que le loyer social, originellement provisoire, tend à devenir une politique d’habitat permanent ». Parce que la construction des logements sociaux avance au ralenti. Officiellement, l’aide apportée par ce programme d’urgence ne devrait pas dépasser 12 mois. Pour les réfugiés climatiques de 2010, on est à 60 mois…

invasao fabricaL’Etat de Rio de Janeiro et la Municipalité continuent donc à débourser chaque mois 6,6 millions de R$ pour ces loyers sociaux, une somme qui permettrait de construire un complexe résidentiel de 1’000 appartements pouvant loger 4’000 personnes. Entre 2009 et 2015, seules 30’000 familles au bénéfice d‘un loyer social ont été relogées et ont pu sortir du programme. Une goutte d’eau face à l’ampleur du déficit de logements, évalué par la Fondation Joao Pinheiro à 400’000 résidences.

Pas de logement, pas de santé

casamarilzaAvec 400 R$ (120 CHF / 109 euros), il est impossible de trouver un appartement en ville de Rio de Janeiro, même dans les favelas où la moindre chambre coûte aux environs de 500 à 600 R$. Les « délogés provisoires » doivent donc s’arranger comme ils peuvent. Ils occupent des bâtiments vides, souvent à moitié en ruine, et sont contraints de migrer constamment d’un endroit à l’autre, au fur et à mesure qu’ils sont chassés.

Ces conditions de vie insalubres ont pour effet la multiplication des maladies, notamment chez les enfants et les personnes âgées. A la question du délogement s’ajoute un problème de santé publique.

La violence aussi

Et puis il y a les expulsés de la violence, ajoute l’Institut Igarapé : « Le Brésil abrite 13 des 50 villes du monde les plus dangereuses, si l’on se réfère au taux d’homicides pour 100’000 habitants. Et on sait qu’il y a une relation intime entre la violence létale et le déplacement forcé des populations », affirme Robert Muggah, l’auteur de l’étude.

rio_de_janeiro_favela_da_mare-1294160« Je vous laisse imaginer ce que les gens font quand il y a des assassinat en série dans leurs quartier ». Ils subissent ou ils partent, mais sans solution alternative car eux n’ont même pas droit au loyer social, ni bien sûr la possibilité de s’inscrire dans les programmes de relogement.

Malgré ces constatations alarmantes, les autorités ne semblent pas vouloir accorder à la question des délogés l’importance politique qu’elle réclame. Et les coupes dans les budgets publics, conséquence des mesures d’austérité mis en place depuis le début de l’année pour rééquilibrer le budget ne permettent pas d’entrevoir, à moyen terme, la possibilité de mise en place de programmes de relogement susceptibles de répondre à l’urgence…

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