Desmatamento

Le cycle est connu : d’abord, c’est la coupe clandestine des arbres nobles, puis l’arrivée des fourneaux afin de faire du charbon avec le reste du bois abattu et l’installation de pâturages sur lesquels vient brouter un bétail élevé de manière extensive. Cela dure en moyenne 15 ans, rapporte un peu d’agent, pas beaucoup, et laisse au bout du compte le terrain épuisé. Les natifs de la régions ressortent de l’aventure aussi pauvres, voir plus que lorsqu’ils y sont entrés. Ce cycle, c’est la « damnation de l’Amazonie ».

santo antonio do tauaPetit à petit cependant, la forêt du Brésil apprend à sortir de ce cercle vicieux et à construire un cycle vertueux : de plus en plus de tentatives de production durable voient le jour et elle sont de plus en plus rentables. C’est la « promesse de l’Amazonie », encore ténue et vacillante, mais qui s’impose avec de plus en plus de créativité et d’efficacité. Petite nomenclature de ces expériences pilotes qui constituent l’épine dorsale de la forêt brésilienne de demain.

En premier lieu, l’Açai…

açai frutosCe fruit énergétique et nourrissant est chaque jour plus prisé dans les grandes métropoles du pays. Il remplace avantageusement le hamburger comme repas de midi sur le pouce et il est bien plus sain ! L’Açai, c’est le fruit d’un palmier d’Amazonie. Pour le récolter, il faut généralement couper l’arbre. Donc a priori, c’est une activité très destructrice.

Mais à Iguarapé-Mirim, à 78km de Bélem dans le Pará, l’Açai est devenu une source de revenus pour les habitants et un vecteur de protection de la forêt : « nous avons appris comment faire pour que la plante produise tout le temps. On coupe les vieux arbres, on retire le fruit et on transforme le reste en engrais végétal. Du coup, les nouvelles pousses apparaissent toutes seules ».

ACAI arvoreLuiz Correa, l’auteur de ces explications vit désormais du revenu que lui procure sa culture d’Açai. Il a aussi appris qu’il vaut mieux le planter de façon dispersée au sein d’autres variétés de la forêt pour éviter les maladies et la destruction par le feu. « Du coup, cette forme de culture extractive améliore la qualité du produit et réduit l’intérêt de déboiser les plantations d’Açai » explique Paulo Amaral, chercheur à l’Institut de l’Homme et du Milieu Ambiant d’Amazonie, l’IMAZON.

Parfums & Cie

Chanel-n-5-flaconAutre ressource en plein essor, les essences pour cosmétiques. Un des plus fameux parfums du monde, Channel n°5, utilise par exemple des fragrances de bois de rose provenant d’Amazonie. Avant, on les extrayait de l’écorce des arbres, les tuant ainsi à petit feu. Aujourd’hui c’est des feuilles que l’on tire le parfum, générant bénéfice et travail pour les agriculteurs locaux. Idem pour l’andiroba, la noix du Brésil et les autres richesses végétales de la forêt amazonienne.

A Santo Antonio do Taua, toujours dans l’Etat du Para, les habitants de la communauté de Campo Limpo vivent désormais de la culture des essences pour le compte de l’entreprise de cosmétique Natura.

cultivo campo limpo

« Avant, on brûlait pour planter du haricot noir, du manioc et du riz, maintenant on a appris à utiliser la terre sans la détruire ». Mais le principal problème auquel se heurtent ceux qui veulent se lancer dans ce type d’activité a trait à la législation. Une législation juste dans son principe, mais dont l’application pose problème.

convencaoPour protéger son patrimoine génétique, le Brésil, a adhéré à la Convention internationale sur la diversité biologique, qui oblige les entreprises recourant à l’utilisation ou à l’exploitation d’espèces natives à payer des royalties au pays d’origine de ces substances et aux propriétaires des lieux d’extraction. Mais voilà, en Amazonie, la propriété des terres est généralement mal ou pas définie et l’application de cette clause devient très compliquée. « Cela freine l’activité des entreprises qui veulent se lancer dans des recherches sur la biodiversité. Le risque et le manque de définition fait que beaucoup finissent par abandonner », analyse Joao Tezza, économiste.

Planter pour déboiser sans dommage

materiafloretadeproducao01_evandrorodneyAujourd’hui au Brésil, 90% du bois utilisé provient de forêts plantées, localisées plutôt dans la région sud-est du pays. En Amazonie, cette manière de faire n’était pas très valorisée : trop d’arbres natifs à disposition pour s’encombrer de forêts replantées. Depuis 2010, les choses ont changé grâce à ce qui s’est passé à Paragominas, pôle forestier située à 800km de Bélem. Cette année-là, la ville, émaillée de myriades de scieries clandestines est inscrite sur la liste noire des principaux lieux de déboisement illégal d’Amazonie. Les crédits publics sont coupés, la bourgade et son industrie périclitent.

convencao-biodiversidadeMunicipalité et exploitants signent alors un pacte pour renoncer au déboisement sauvage et se mettent à chercher des alternatives. On se lance dans la formule des forêts destinées à l’exploitation durable du bois. A côté de plantation d’espèces natives, des arbres « exotiques » pins et d’eucalyptus sont introduits, qui se révèlent s’adapter très bien sur les zones dégradées par le déboisement illégal.

floraplac mdfQuatre ans après ces premiers essais, selon les calculs d’Adalberto Verissimo d’IMAZON, la principale entreprise de Paragominas exploitant de la forêt plantée, Floraplac, dégage plus de bénéfice que l’ensemble des scieiries clandestines d’antan. Elle fabrique notamment des plaques d’aggloméré à partir des 29’000 hectares d’eucalyptus qu’elle exploite.

L’usine à pluie

estradas amazoniaLes arbres qui repoussent sont aussi en train de devenir le joker des usines hydro-électriques en Amazonie. Aujourd’hui encore, ces barrages mastodonte sont considérés comme des facteurs de destruction de la forêt. A cause des abattages d’arbres que requiert l’installation des énormes chantiers nécessaires à les construire, mais aussi, ensuite, par le cycle de déboisement qu’ils génèrent le long des voies d’accès où vient s’installer une population nouvelle, généralement sans ressource et sans formation pour exploiter la forêt de manière durable.

canteiro-belo-monteCes effets secondaires dévastateurs de l’activité hydro-électrique sont généralement peu ou pas pris en compte par les grands exploitants du secteur pour qui seule la production d’énergie compte. La sécheresse, qui a frappé le sud-est du pays et une partie du nord l’an dernier, a commencé à changer les choses. Car la baisse de volume des réservoirs d’accumulation a pénalisé le fonctionnement des centrales au fil de l’eau, pénalisant la production d’électricité.

chuva na amazonia 2On s’est alors aperçu que les arbres de la forêt environnante étaient un facteur déterminant d’alimentation des cours d’eau nécessaires au fonctionnement des centrales hydro-électriques en Amazonie. Chacun d’entre eux produit en moyenne 500 litres d’eau par jour par effet de transpiration. Une véritable « usine à pluie » !

Replanter pour arroser les rivières

usina-santo-antonio-barragem1Sur le Rio Madeira, dans l’Etat du Rondônia, la Santo Antônio Energia a été la première à tirer des conclusions pratiques de cette constatation et à modifier sa stratégie. Désormais le reboisement de la zone du barrage, dont la construction a commencé en 2008 et doit s’achever en 2016, est une priorité. En 3 ans, 1’600 hectares ont déjà été replantés.

criaçao de pirarucuEn outre, 664 millions de R$ (255 millions de CHF ; 207 millions d’€) ont été dépensés pour fournir à la population locale les outils d’une exploitation durable des ressources de la forêt environnante. Les paysans ont ainsi appris à devenir pisciculteurs, en créant des fermes d’élevage de pirarucu, un poisson noble très prisée sur les marchés des villes du Sud-Est et à réutiliser l’eau usée des tanks pour irriguer leurs plantations. Où pousse désormais aussi l’açai, autre produit de diversification de l’économie domestique locale.

amazonas-air-por-neil-palmerToutes ces expériences sont encore embryonnaires et pèsent peu dans l’économie régionale. L’argent facile provient encore et toujours du déboisement illégal qui tend à nouveau à croître depuis deux ans. Cependant, la multiplication d’initiatives productives de ce genre nouveau est la seule garantie pour que la forêt amazonienne puisse être conservée, conclut l’auteur du reportage réalisé sur ces expériences nouvelles par la revue « Epoca » : « C’est seulement de cette manière que l’Amazonie restera la plus grande usine à pluie du Brésil ». (Source, revue Epoca, octobre 2014)

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