caso petrobras

Pas un jour sans une nouvelle péripétie, depuis bientôt 8 mois, dans « l’affaire Petrobras ». Dernière révélation, la dénonciation de la constitution d’une « société paravent » pour construire un gazoduc de 900km au sud de l’Etat de la Bahia en 2010. L’objectif était de camoufler l’opérateur réel des travaux, Petrobras, société d’Etat soumise en principe à de rigoureux contrôles lors des appels d’offres, derrière l’écran d’une pseudo société privée Gasene, plus libre de ses mouvements pour octroyer des mandats à d’autres entreprises.

gazodutoAu bout du compte, le gazoduc, inauguré en grande pompe par l’alors Président Lula et l’alors ministre de la « Casa Civil » Dilma Rousseff, aura finalement coûté 1800% plus cher que le budget initialement avancé. C’est le Tribunal des Comptes de l’Union, le TCU qui l’affirme, ses services enquête maintenant sur ce que ces surcoûts sont devenus. Ils ont probablement atterris dans la poche des intermédiaires de ce montage juridique et dans les caisses secrètes des partis politiques.

Une affaire de pots-de-vin très classique

corrupçao petrobrasEn soi, « l’affaire Petrobras » n’a rien d’original, ni de spécifiquement brésilien. Des entreprises de la construction qui s’unissent discrètement pour manipuler les appels d’offre publiques, le versement de pots-de-vin aux intermédiaires et dans les caisses noires des partis politiques, on connaît ça un peu partout. Y compris en France, en Suisse, en Belgique ou au Canada, pour se limiter à l’univers francophone. Mais ce qui frappe dans le cas Petrobras, c’est l’ampleur du scandale et la quasi « officialisation » des pratiques délictueuses.

comperj_IMG_7013Au stade actuel des enquêtes, ce sont plus de 1,5 milliard de R$ (570 millions de CHF ; 460 millions d’€) qui ont été détournés sous forme de dessous de table par 6 des plus importantes firmes du bâtiment du pays, dans le cadre de la construction de 5 nouvelles raffineries de pétrole. 23 des plus hauts dirigeants de ces entreprises sont aujourd’hui sous inculpation. A quoi s’ajoute 1,18 milliard de US$ (1,19 milliard de CHF ; 990 millions d’€) payés lors de l’achat d’une autre raffinerie aux Etats-Unis, Passadena, qui auraient aussi servi à engraisser des fonds non déclarés.

« Assurance impunité »

clube das empreteirasIl y a les détournements et il y a la manière… C’est comme si les différents protagonistes de ce montage avaient contracté une sorte « d’assurance impunité » : l’entente cartellaire au sein du « club des constructeurs » était à peine secrète, les intermédiaires qui acheminaient l’argent détournés vers les paradis du blanchiments des Bahamas ou d’ailleurs avaient tous pignon sur rue dans le monde financier de la bourse de Sao Paulo et les organes de contrôle de la société publique Petrobras ont semblé aveugles.

alstom04On retrouve pratiquement les mêmes protagonistes et les mêmes méthode dans une autre affaire de corruption, révélée elle en 2009, celle des trains et métros de Sao Paulo, impliquant 13 entreprises du secteur dont les filiales brésiliennes de l’allemand Siemens et du français Alsthom. Il semble donc bien que l’on soit en face d’un « système » et non d’actes de corruptions isolés les uns des autres.

La Présidente pouvait-elle ne pas savoir ?

Dans « l’affaire Petrobras », les malversations commencent en 1996. Elles traversent donc les gouvernements Fernando Henrique Cardoso, Lula I et Lula II et Dilma Rousseff I. Il est peu probable que ces présidents successifs aient tous tout dimla petrobrasignoré ! C’est particulièrement surprenant dans le cas de Dilma Rousseff, qui était ministre de l’énergie entre 2003 et 2005 et présidait à ce titre le Conseil d’administration de Petrobras.

Pour le moment, les investigations du Ministère public n’ont pas touché encore ces personnalités politiques. Protection occulte peut-être, mais il n’est pas exclut que les enquêtes s’étendent dans le futur.

Le Brésil pas plus corrompu qu’un autre…

Aussi gros soit-il, ce scandale (et les précédents…) ne fait pas du Brésil le pays le plus corrompu du monde. Selon le rapport Corruption Perceptions Index 2014 de Transparency International, le Brésil se classe en effet 69ème sur 175 pays, avec un score de 43 sur une échelle de 100 allant du moins corrompu (Danemark score 92/100) au plus corrompu (Corée du Nord et Somalie, score 8/100), donc le pays se situe bien dans la moyenne.

corruption index

C’est que paradoxalement ici, l’appropriation frauduleuse de l’argent public ne sert qu’en toute petite quantité à grossir les poches des intermédiaires corrompus. La plus grande part va alimenter les caisses noires des partis politiques pour financer leurs jeux d’influence au parlement. Avec comme corollaire très négatif le sentiment dans l’opinion publique que l’existence de la corruption en politique est un phénomène normal et inévitable dans ce pays.

En quoi l’affaire Petrobras peut-elle changer les pratiques ?

obras porto maravilhaIl est probable que la révélation de l’existence du « club des constructeurs » et son démantèlement vont amener plus de transparence dans l’attribution des marchés publics. La pratique des pots-de-vin ne va pas entièrement disparaître pour autant, mais cela réduira sans doute le volume des dépassements de budget systématiquement constatés et avalisés dans les travaux commandités par l’Etat. Ce facteur sera d’autant plus marqué si les condamnations qui devraient toucher les 23 cadres et responsables d’entreprises inculpés sont lourdes. Un message de la justice nécessaire pour faire comprendre que désormais, « le crime ne paye plus ».

Congresso-nacionalPour ce qui est de la classe politique, l’effet du scandale Petrobras est moins évident. Jusqu’à présent en effet, aucun député, aucun responsable de parti, aucun exécutant n’a été inculpé dans le cadre de cette affaire. Les gardes-fous mis en place par les hommes politiques, sous forme de prête-noms et de société écran paraissent fonctionner. Par ailleurs, les impunités parlementaires, le droit aux tribunaux spéciaux et les brigades d’avocats commis à la défense des prévenus forment un coussin de sécurité qui semble imperméable.

La réforme électorale seule garantie contre la corruption politique

Si finalement des condamnations tombent dans le monde politique, ce seront des condamnations individuelles sanctionnant des « brebis galeuses » désignées Reforma-política-1764x700comme telles afin de préserver les institutions et les structures des partis. A ce niveau, seule une réforme politique, incluant des règle transparente concernant le financement des campagnes électorales, peut faire évoluer les choses.

Une telle réforme est systématiquement appelée de leurs vœux par tous les présidents en début de mandat puis systématiquement repoussée aux calendes grecques ensuite.

Dilma-Reeleita-reforma politicaDilma Rousseff n’a pas fait exception lors de son premier mandat. Elle a réitéré la promesse de faire avancer cette réforme à l’occasion de sa réélection. Cet engagement se concrétisera-t-il au cours des 4 ans de sa nouvelle présidence ?

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