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Pour son second mandat présidentiel, Dilma Rousseff promet le rééquilibrage des comptes publics afin relancer la croissance. Le monde économique veut y croire, mais il avertit : 2015 sera une année difficile, marquée par des mesures d’austérité et une croissance pratiquement nulle. « Sans toucher aux acquis sociaux » déclare le nouveau ministre chargé des Finances, Joaquim Lévy. Charge à lui maintenant de concrétiser cette équation. Il faudra pour cela réduire les dépenses publiques et augmenter les impôts. Des mesures incontournables techniquement, mais pas très populaires et politiquement… presque insoutenables !

ministrosCar avec 39 ministres désignés, soit deux de plus que dans son précédent gouvernement, le « mandat d’austérité » de Dilma Rousseff commence mal ! Plusieurs de ces ministres d’ailleurs, désignés sur la base d’un savant dosage arithmétique inter-partis, avouent sans détour ne pas avoir vraiment le profil pour le dicastère qui leur est confié.

Des ministres pas tout à fait à leur place 

georges hiltonC’est le cas du nouveau responsable des Sports (en charge notamment de la réalisation des JO de Rio de Janeiro en 2016), le pasteur évangéliste Georges Hilton, « qui n’est pas un spécialiste du domaine » mais qui « sait dialoguer avec les gens », se justifie-t-il. Il remplace Aldo Rebelo, lequel est parachuté à la tête du ministère des Sciences, des Technologies et de l’Innovation. Parmi ses futures tâches, la définition de la politique brésilienne en matière de climat.

aldo rebeloOr Aldo Rebelo n’a jamais caché son scepticisme à propos de la responsabilité de l’homme dans le réchauffement climatique. En 2010, alors député au parlement, il écrivait en plein débat sur l’adoption du nouveau code forestier: « la science n’est pas un oracle. En vérité il n’y a pas de preuve scientifique des projections concernant le réchauffement global et encore moins qu’il serait le résultat de l’action de l’homme et non causé par des phénomènes naturels. »

Quelle marge de manœuvre pour le nouveau ministre de l’Economie ?

joaquim levyReste le « noyau dur du redressement » autour de Joaquim Lévy à l’Economie et Nelson Barbosa à la Planification. Les deux hommes, plébiscités par le monde des entreprises, incarnent tous les espoirs de l’assainissement des finances publiques. Les collaborateurs dont s’est entouré Joaquim Lévy sont ceux mêmes qui l’ont procédé lorsqu’il a procédé au rééquilibrage des comptes de l’Etat lors du premier mandat présidentiel de Lula en 2003. La philosophie de cette équipe, largement inspirée des thèses de Milton Friedmann et de « l’Ecole de Chicago », prône la rigueur fiscale avant tout et le frein aux dépenses.

redistribuiçao socialEn 2003, cette politique avait porté ses fruits, permettant ensuite l’éclosion des années fastes 2004-2009 et la mise en pratique du volet social de redistribution des bénéfices de la croissance. « Joaquim Lévy relie l’Université de Chicago au PT, le FMI, où il a travaillé sept ans à l’actuelle équipe au pouvoir et fait se rejoindre les trois gouvernements Fernando Henrique Cardoso, Lula et Dilma Rousseff », commente avec enthousiasme Miriam Leitao, journaliste économique au quotidien Globo. « Et le plus important, c’est qu’il lie aussi le développement économique et social du pays à l’équilibre fiscal. L’un ne va pas sans l’autre ».

Le contexte de 2015 n’est plus celui de 2003

pib-brasileiro-ao-longo-da-histc3b3riaToutefois, si la recette a bien fonctionné au début des années 2000, dans un monde en franche expansion, stimulée par une demande chinoise exponentielle en produits de base, elle n’est pas automatiquement ré-applicable en 2015, dans un contexte international de récession au sein duquel la compétitivité des produits brésiliens a largement fléchie.

En outre, quelle sera la marge manœuvre réelle de cette nouvelle équipe économique, sachant qu’elle va devoir affronter l’hostilité d’une partie non négligeable du Parti des Travailleurs, mais aussi du Congrès où les bancs de l’opposition ne laisseront rien passer. Enfin, la Présidente elle-même, lors de son premier mandat, n’a pas fait mystère de sa volonté de tout contrôler, notamment en ce qui concerne la politique économique. Saura-t-elle mieux déléguer maintenant ? Un premier clash avec le nouveau ministre la Planification semble indiquer le contraire.

Le premier clash

nelson-barbosaA l’occasion de sa prise de fonction, Nelson Barbosa, a laissé entendre qu’il fallait revoir le mode de fixation du salaire minimum, lequel entraîne à chaque augmentation, dans sa forme actuelle, une indexation automatique des dépenses de la prévoyance sociale et des salaires de la fonction publique. Nelson Barbosa prône cette révision depuis bien avant sa nomination au gouvernement, mais il a fait cette déclaration sans consulter la Présidente. Cette dernière l’a immédiatement tancé en l’obligeant à se démentir par écrit.

salario mínimoIl n’y aura pas de révision du mode de fixation du salaire minimum dans l’immédiat, c’est un premier coup de canif dans la promesse d’autonomie faite à la nouvelle équipe économique. « Ce n’est pas une bonne nouvelle », analyse Merval Pereira, comentateur politique, « car tout indique qu’on va assister à un bras de fer schizophrène entre la Présidente et ses ministres de la sphère économique. Jusqu’à quand ? »

Des affrontements programmés

Les affrontements au sein de l’équipe gouvernementale ne vont pas se limiter à la sphère économique. En composant son ministère, Dilma Rousseff a repris la esplanadadosministerios001méthode adoptée par Lula lors de son premier mandat (2003-2006), mettre un ministre « de droite » en confrontation directe avec un ministre « de gauche » dans la même aire de travail, pour neutraliser les oppositions au Parlement.

Cette technique, politiquement habile, avait bien fonctionné du temps de Lula parce qu’il disposait d’un « articulateur » de poids à la « Casa Civil » (l’équivalent du rôle de Premier Ministre), José Dirceu, alors leader incontesté du PT. C’était avant les scandales de la ALOISIO-MERCADANTEcorruption politique et l’affaire du « Mensalao ». Aujourd’hui, et encore plus depuis l’éclatement du scandale Petrobras, le locataire de la « Casa Civil » Aloisio Mercadante, qui a été reconduit dans ses fonctions, n’a plus la même autorité pour arbitrer les différents. D’autant que le PT auquel il appartient comme la Présidente, comme formation politique, a perdu son prestige d’antan.

La propriété de la terre à nouveau en débat ?

Patrus_Ananias_Foto_Camara_dos_Deputados20141229_0002Le résultat ne s’est pas fait attendre : lors de sa prise de fonction à la tête du Développement agraire, Patrus Ananias a laissé entendre que le droit à la propriété agraire n’était pas « inquestionnable » face aux besoins de la réforme agraire. Il s’est ainsi opposé de front à sa a sa collègue de l’Agriculture, Katia Abreu qui déclare, elle « qu’il n’y a pas lieu katia abreud’accélérer la réforme agraire car le latifundio n’existe plus au Brésil ».

Pour le contexte, Patrus Ananias fût le ministre de Lula qui a mis en place la « Bourse-Famille » en 2004, Katia Abreu préside la « Confédération des Agriculteurs », le principal lobby de l’agro-business au Congrès, depuis 2008 !

Malgré tout, un pays qui avance

2015 s’annonce donc à Brasilia, comme une année gouvernementale compliquée… Toutefois, pour terminer cette analyse sur une note un peu plus optimiste, il est bon de jeter un regard en arrière. Comme vient de le faire le journal O Globo, qui a l’occasion de la seconde intronisation de Dilma Rousseff, a résumé l’état du pays lors de la prise de fonction de chacun des précédents présidents. A la lecture de cette comparaison, on s’aperçoit que malgré les crises, en dépit des soubresauts et des désillusions, le Brésil a fait un sérieux bon en avant depuis la première élection présidentielle au suffrage directe après la fin de la dictature. C’était en 1989, il y a 25 ans.

crescimento populaçaoLa population est ainsi passée de 144 à 201 millions d’habitants, mais tend à se stabiliser. La mortalité infantile a chuté de 480/00 à 150/00, l’analphabétisme a reculé de 18,8% à moins de 8,5% et 98,6% des enfants vont à l’école contre 66% en 1989. Enfin le PIB par tête est passé de 15’000 R$ avec une inflation de 1’972% en 1990 à 24’000R$ avec une inflation de 6,5% en 1914. Un enrichissement réel du pays, même si l’inégalité peine à reculer. Par contre, la charge tributaire a augmenté de 23,7% du PIB en 1989 à 35,95% l’an dernier, faisant de la fiscalité brésilienne une des plus lourdes du monde.

CHARGE - CARGA TRIBUTARIA DE 2011 BATE RECORDE, CHEGANDO A 36 do pibarga-tributaria-130212-humor-politico

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