L’abîme qui sépare riches et pauvres dans le monde ne cesse de se creuser : de mars 2009 à mars 2014, le nombre de milliardaires a doublé, passant de 793 à 1’645 et les 85 plus riches d’entre eux possèdent un revenu équivalent à celui de la moitié de la population mondiale soit 3,5 milliards de personnes. Ce constat émane d’une étude publiée par Oxfam sur l’inégalité dans le monde. Seule exception à ce tableau, le Brésil qui au cours de ces 12 dernières années a su tirer de la pauvreté des dizaines de millions de personnes grâce à une politique volontariste de redistribution sociale des richesses.

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Malgré cela, poursuit le rapport d’Oxfam, le Brésil n’a pas réussi à réduire l’écart entre les riches et les pauvres et reste un des pays les plus inégalitaires de la planète. Pire encore, avec la stagnation économique que connaît actuellement le pays, l’inégalité tend à nouveau à croître.

trablho informalPreuve en sont les données de la dernière enquête du très gouvernemental IPEA, l’Institut de Recherche et d’Analyses : le pourcentage de brésiliens vivant dans l’extrême pauvreté a à nouveau augmenté, de 3,6% à 4% entre 2012 et 2013, après 12 années consécutives de baisse. 0,4% de personnes supplémentaires qui vivent avec moins de 70R$ par mois (27 CHF / 22 €), cela représente tout de même 870’000 individus, un chiffre non négligeable.

La crise fabrique plus de pauvres…

De l’avis de tous les spécialistes, la raison de ce rebond de la misère après plus d’une décennie de programme sociaux d’aide aux plus défavorisés comme la Bourse famille, est à chercher dans un tassement du marché du travail qui affecte d’abord les emplois précaires de ceux qui n’ont pas de formation et surtout, la hausse de l’inflation qui pénalise d’abord les bas revenus.

tereza campello« Il s’agit d’une fluctuation statistique qui oscille à l’intérieure de la marge d’erreur » s’est dépêchée de commenter Tereza Campello, Ministre du Développement social. On aimerait la croire, mais on s’interroge sur le fait que ce rapport de l’IPEA n’a été divulgué qu’après les élections d’octobre dernier, alors que les données étaient connues bien avant, et surtout, les conclusions de l’étude internationale d’OXFAM corroborent que « l’inégalité gravissime qui continue à être la marque de fabrique du Brésil affecte sérieusement les perspectives de relance économique et de pacification nationale ».

… Et la pauvreté engendre la violence

pobreza-extremaCar c’est l’autre face de cette montée de l’inégalité sur le plan mondial que souligne l’OXFAM : elle engendre une augmentation inéluctable de la violence. Le constat est corroboré par une étude de la Fiocruz, la Fondation Oswaldo Cruz qui a recensé les foyers de tension apparus en 2013 dans tout le pays. Il y en aurait 490, de tous types, conflits de terre, affrontements entre groupes rivaux de trafiquants de drogue, délinquance et agressions, corruption et coercition, en ville et dans les campagnes, « qui affecteraient significativement et directement la qualité de vie des populations ». 490 foyers de tension, c’est 40% de plus qu’un an auparavant, en 2013.

fiocruz-490-pontos de tensaoPour les responsables de l’enquête de la Fiocruz, cette dégradation est directement imputable à l’augmentation de la misère et de la précarité, « et elle représente une véritable bombe à retardement prête à exploser au Brésil ». Cette violence a aussi un coût, 258 milliards de R$ en 2013 (99 milliards de CHF / 80 milliards d’€), selon l’Annuaire brésilien de la Sécurité publique. Un coût dont l’essentiel est celui des conséquences économique de cette violence (196 milliards de R$): décès prématuré des victimes qui cessent ainsi de produire, mais aussi dépenses liées au renforcement des forces de police et des systèmes de sécurité (61 milliards de R$).

Un coût social exorbitant et une politique balbutiante

En comparaison internationale, le coût de la violence au Brésil représente 1,24% du PIB contre 1,02% aux Etats-Unis, 0,8% au Chili, mais 1,38% en France et 1,56% au Royaume Uni. Des chiffres à mettre en relation avec le taux d’homicides pour 100’000 habitants : 24,8 au Brésil, 4,7 aux Etats-Unis, mais seulement 1 pour 100’000 en France et au Royaume-Uni où l’effort d’investissement dans la sécurité est important mais justement ciblé.

operaçao de policiaC’est ce qui manque au Brésil où la politique de sécurité n’est pas une priorité nationale, elle est laissée au bon vouloir de chaque Etat. Ainsi, même si certains « îlots de progrès dans la pacification » ont obtenu des résultats très encourageants, comme les Unités de police de pacification à Rio de Janeiro, la gestion des conflits et la lutte contre la criminalité est loin d’être menée de façon satisfaisante dans le pays.

Le phénomène de remontée de la misère et de l’inégalité constatée en 2013 par rapport à 2012 ne va pas faciliter la mise en place d’une politique de sécurité efficace, d’autant que la stagnation économique, on y revient, va tendre à diminuer les ressources financières qu’il faudrait maintenant consacrer à la mise en place d’une politique publique de sécurité.

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