Bonjour,

Il y a 50 ans, le coup d’état militaire au Brésil…

Le « Golpe » de 1964 est à l’origine de l’une des plus sombres périodes de l’histoire du Brésil moderne. Son but était d’obtenir le départ d’un président, João Goulart dit « Jango », que l’armée, mais aussi une partie du monde économique, de l’église et du parlement considéraient comme l’instigateur d’un basculement possible du Brésil dans le communisme.  A partir de là, les militaires se sont installés au pouvoir pour 21 ans…

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Les deux dossiers qui suivent dans ce numéro de Vision Brésil cherchent à éclairer les moments et les circonstances qui ont conduit à la prise de pouvoir par l’armée et à la longue mise en parenthèse des institutions démocratiques qui a suivi.

Bonne lecture!

P.S: La sortie en librairie du livre +du l »L’Invention du Brésil » (éditions l’Harmattan) est désormais confirmée pour la fin du mois d’avril. Des détails sur les lancement qui auront lieu en Suisse et à Paris dans un prochain numéro!

31 mars 1964 – 31 mars 2014 : il y a cinquante ans, le coup d’état militaire

Le coup d’état aurait pu ne pas avoir lieu, si la radicalisation des positions, à droite et à gauche de l’échiquier politique, n’avait pas empêcher le gouvernement d’alors d’introduire de manière négociées les « réformes de base » qu’il désirait mettre en place pour rendre le pays plus équitable socialement: réforme agraire, réforme bancaire, réforme fiscale réforme urbaine, réforme universitaire. Il aurait aussi pu ne pas déboucher sur 21 années de régime d’exception si certains, dans l’armée, n’avaient autant pris goût à l’exercice discrétionnaire du pouvoir, si l’indifférence voire même souvent le soutien de l’opinion publique au régime militaire n’avaient pas été aussi marqués, et, peut-être, si l’opposition légalement tolérée avait eu plus de courage politique. Après tout, le premier président militaire, le général Castello Branco, avait solennellement promis d’organiser les élections de 1965 comme prévu et de céder sa place à celui qui serait élu à cette occasion.

 Ces questions, historiens et analystes se les posent aujourd’hui à l’occasion du cinquantenaire du coup d’état du 31 mars 1964. Une salve de publications nouvelles tente de faire le point sur cet épisode historique car on réalise, à la relecture des événements, qu’on connaît finalement mal la nature et les caractéristiques du régime militaire brésilien : la dictature a-t-elle commencé en 1964 ou seulement en 1968, avec la promulgation de l’acte institutionnel n°5 supprimant ce qui restait de libertés démocratiques ? S’agit-il d’un régime strictement militaire ou la dictature a-t-elle été cautionnée par des soutiens civils, notamment parlementaires ? Les États-Unis ont-ils joué un rôle déterminant, par criante d’un nouveau Cuba, dans les événements de 1964 ? Et les grandes figures de l’opposition à la dictature, après 1968, n’ont-elles pas soutenu le « Golpe » de 1964 ?

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 Coup d’état militaire (1): 

Dictature ou régime autoritaire militaro-civil ?

Pour répondre à cette question, l’historien Marco Antonio Villa[1], professeur au Département des Sciences sociales de l’Université de São Carlos, retrace l’évolution du régime militaire à travers la législation d’exception en vigueur soit les différents « actes institutionnels » qui ponctuent ces 21 années.

ditadura-brasileira-1964-1985-marco-antonio-villa--12501-MLB20061473149_032014-OSelon Marco Antonio Villa, considéré comme un théoricien fortement marqué à droite, de 64 à 68, il n’y a pas eu dictature, mais un régime autoritaire militaro-civil, car durant ces 4 années, les institutions républicaines ont continué à fonctionner presque normalement, bien que leurs compétences aient été progressivement limitées. L’opposition avait encore un espace pour s’exprimer dans la rue, notamment lors de la « Passeata dos Cem mil » en 1968 et la production culturelle engagée, notamment dans le domaine musical avec le tropicalisme, était particulièrement créative.

golpe-militar_thumb21Ce n’est qu’à partir de l’Acte institutionnel n°5, promulgué en décembre 1968 qu’on peut vraiment parler de dictature, affirme Marco Antonio Villa. Et encore, cette dictature a bénéficié d’un grand soutien dans ses débuts grâce aux effets du « miracle économique » qui a ramené la prospérité pour les classes moyennes. Le reste de la population a vécu les événements dans l’indifférence. L’historien réduit la répression qui s’abat contre la gauche à ce moment et la torture qui s’installe à un affrontement entre deux minorités extrêmes : les noyaux les plus durs de l’armée et les militants de la guérilla urbaine. Aucune de ces deux forces n’a eu, à aucun moment, le moindre enracinement, ni dans la population, ni dans les institutions affirme l’historien.

Qui plus est, pour lui, même après 1968, le vernis de la démocratie a été respecté, car à l’exception d’une courte période de 10 mois suivant l’instauration de l’Acte institutionnel n°5 où le Congrès a été fermé, « les pouvoirs législatif et judiciaire ont continué à fonctionner, apportant leur caution au régime ». Cela fait de la dictature brésilienne un cas à part en Amérique latine conclut l’auteur.

Une thèse provocatrice, mais pas dénuée de pertinence

golpe que salvo o brasil do comunismoLe radicalisme des thèses de Marco Antonio Villa n’est évidemment pas partagé par tous les chercheurs, notamment en ce qui concerne son regard sur la torture comme un phénomène exceptionnel. Il est en effet aujourd’hui généralement admis que la torture était belle et bien une politique d’État, destinée à faire taire tous les opposants et pas seulement ceux qui pratiquaient la lutte armée. N’empêche, beaucoup admettent que tout n’est pas que provocation chez cet historien. Il met en effet le doigt sur certains faits qui relativisent le regard « trop réducteur et trop romantique porté jusqu’à aujourd’hui sur cette période de notre histoire » reconnaît Daniel Aarão Reis[2].

ditadura-mudou-Aarao ReisDaniel Aarão Reis a fait partie de ceux qui croyaient à la lutte armée pour renverser le régime. Devenu historien, il relève aujourd’hui que dès le coup d’état de 1964, les coups ont commencé à pleuvoir sur tous les opposants au régime d’exception, à travers la privation des droits politiques des élus de gauche, la répression contre les syndicats, les associations populaires et l’Union des étudiants, mais que le régime jouissait, au moins jusqu’en 1972, d’un appui significatif de la population à cause des transformations économiques qu’il apporte au pays. « La modernisation économique et le bien-être retrouvé reléguaient la répression contre les opposants ainsi que les tentatives de résistance de ces derniers au second plan » affirme Daniel Aarão Reis.

Une dictature particulière

L’historien rappelle à ce propos que beaucoup de ceux qui deviendront ensuite les figures de proue de l’opposition à la dictature ont soutenu le coup d’état contre João Goulart en 1964. Ainsi, Ulysse Guimarães, postérieurement le chef de file de l’opposition légale au régime militaire, symbole des grandes manifestations du début des années 1980 pour le retour à l’élection directe du président de la république, et finalement président de l’assemblée constituante de 1988, s’affichait à la veille du 31 marcha da familiamars 1964, en tête de la grand « Marche de la famille avec Dieu et pour la Liberté » de São Paulo. Une manifestation anti-communiste et anti-Goulart qui fut déterminante pour le déclenchement du coup d’état et à laquelle s’était aussi associé Monseigneur Arns qui deviendra ensuite l’incarnation de la résistance de l’église catholique à la dictature lorsqu’il sera nommé archevêque de São Paulo.

Ainsi, conclut Daniel Aarão Reis, la dictature brésilienne diffère effectivement des autres régimes totalitaires d’Amérique du Sud qui ont sévi au même moment en Argentine, au Chili ou en Uruguay. Dans ces trois pays, la prise de pouvoir par l’armée s’est effectuée dans le cadre d’affrontements politiques droite-gauche qui divisaient pratiquement toute la société. Au Brésil par contre, elle s’est effectuée dans l’indifférence générale, voire avec l’accord ou la neutralité d’une partie importante de la population. Conséquence, au Brésil, durant la période la plus dure de la dictature, la pratique de répression n’a pas été l’apanage de l’ensemble du corps militaire et elle a visé essentiellement la minorité radicale de ceux qui prônaient la résistance armée. Ailleurs en Amérique du Sud, les régimes militaires ont réduit à leurs bottes toute la société, approfondissant ainsi la coupure droite-gauche qui existait avant les coups d’état.

Une lutte armée pour la démocratie ou pour la révolution ?

guerilla urbaineAutre mythe que Daniel Aarão Reis dissèque aujourd’hui, sous forme d’autocritique puisqu’il a lui-même rejoint en son temps la mouvance de la lutte armée : « On a fait de ceux qui sont tombés les armes à la main sous les coups de la répression en faisant le coup de main contre les militaires, les victimes de la lutte pour la démocratie mais en fait, nous luttions à l’époque pour l’instauration d’un régime léniniste de dictature du prolétariat. Nous n’étions pas des défenseurs de la démocratie bourgeoise, bien au contraire ! ». Une utopie romantiquement calquée sur les succès de la révolution cubaine, mais bien évidemment vouée à l’échec dans un grand pays comme le Brésil. Daniel Aarão Reis fait partie de ceux qui aujourd’hui admettent que leur militantisme radical était une erreur politique.

A ses yeux, la guérilla urbaine a ainsi servi de prétexte à la mise en place de la torture comme politique d’État, qui s’est ensuite généralisée à tous les opposants, y compris ceux qui agissaient dans le cadre légal étroit de l’époque. Et si elle a effectivement permis de réduire au silence la contestation contre le régime militaire, « la torture, en donnant libre champ aux exactions des secteurs les plus radicaux de l’armée, a ensuite stimulé l’apparition des groupes paramilitaires qui ont semé la terreur au moment du retour à la démocratie après 1979 ».

Quand la dictature a-t-elle pris fin ?

21 - Anistia - 1979En 1979 avec l’amnistie, ou en 1985 avec l’élection indirecte par le Parlement de Tancredo Neves ? Quand la démocratie a-t-elle été rétablie: en 1979 avec le retour des exilés ? En 1985 avec la nomination d’un président civil ? Ou seulement en 1988 avec l’adoption de la nouvelle Constitution ? Là encore, les opinions des spécialistes divergent. L’histoire officielle veut que la dictature ait commencé le 31 mars 1964 et se soit achevée le 15 janvier 1985, avec l’élection indirecte par le parlement de Tancredo Neves, premier civil à accéder à la présidence du pays après 21 ans de régime d’exception. Faux prétend Marco Antonio Villa, qui date le début de la dictature à la proclamation de l’Acte institutionnel n° 5 du 13 décembre 1968 et sa fin à la déclaration d’amnistie en août 1979.

Mais, reconnaît l’historien, dès avril 64, nombre d’élus ont été déchu de leurs droits politiques et la répression s’est immédiatement abattue sur les syndicats et le mouvement étudiant. Cependant, puisque les institutions ont continué à fonctionner, même sous contrôle, et que la population dans sa majorité soutenait le coup d’état, il qualifie cette période de « régime autoritaire militaro-civil » et non d’une dictature militaire au sens propre du terme. D’autant que l’armée promettait alors le rétablissement de la démocratie « dès que possible ». De même, à ses yeux, dès le retour des exilés en 1979, même si le pays était toujours gouverné par les militaires, « on ne peut plus parler d’une dictature entre 1979 et 1985 ».

Une transition vers le retour à la démocratie, elle aussi particulière

Daniel Aarão Reis partage cette chronologie de « l’avant AI 5 », tout en relevant que la nuance entre un « régime autoritaire militaro-civil » et « dictature » n’est pas nécessairement relevant : les instruments ayant conduit à l’instauration de l’AI 5 étaient en germe dans le coup d’état de 1964. En outre, la promulgation de ces lois d’exception intervient à un moment où l’opposition armée d’extrême gauche est déjà pratiquement réduite à néant. L’AI 5 aurait donc servi avant tout à asseoir le pouvoir de l’aile la plus dure des militaires au sein de l’armée, un courant qui a joué un rôle déterminant lors du coup d’état de 1964, puis a été écarté, mais n’a cessé de s’affirmer ensuite, pour prendre finalement le contrôle des institutions après la nomination à la tête de l’État du General Medicis.

tancredo presidenteIl considère, par contre, que la période allant de 1979 à 1988 doit être considérée comme un tout, la date de l’élection présidentielle de Tancredo Neves en 1985 n’étant pas significative à ses yeux. Pour Daniel Aarão Reis, les 9 années qui séparent la promulgation de l’amnistie en 1979 de l’adoption de la Constitution en 1988 doivent être considérées comme les années de la transition vers un retour à une démocratie pleine et entière. Une transition qui, une fois encore diffère de celles qui ont mis fin aux autres dictatures de l’Amérique du Sud. Car tant au Chili qu’en Argentine ou en Uruguay, ces transitions ont débuté après le retrait des militaires du pouvoir et l’instauration de gouvernement civils. Au Brésil elle s’est faite sans cette rupture, sous la tutelle des militaires.

Des relations troubles entre l’avant et l’après dictature

Le premier président civil de l’après dictature était donc destiné à être le garant d’une transition qui n’allait pas régler ses compte avec les militaires et 3189-jose-sarneyil devait rester sous la vigilance des forces armées, prêtes à ressortir de leurs casernes en cas de dérapage. C’est sans doute un accident de l’histoire -la mort subite de Tancredo Neves juste après sa désignation au poste de président- qui explique la longueur de cette transition : José Sarney le vice-président qui a remplacé le chef de l’État défunt, était une figure profondément identifiée avec la dictature qu’il a soutenue dès 1964. Il n’a quitté que très tard la présidence de l’ARENA, le parti majoritaire durant le régime militaire, pour rallier l’Alliance démocratique qui a négocié le retour des civils au pouvoir. Il est donc resté tout au long de son mandat, de 1985 à 1989, une figure clairement associée au passé militaire.

Ainsi, de la même manière que le coup d’état de 1964 n’a pas totalement ni immédiatement tranché d’avec la logique parlementaire, le retour à la démocratie s’est fait sans une rupture avec les partisans du régime militaire. Et sans qu’un processus de réconciliation nationale ait été mené à son terme. D’où un certain malaise aujourd’hui à gérer ce passé qui marque encore la vie politique d’aujourd’hui. On a ainsi vu, lors des élections municipales de 2012, le candidat du PT à la mairie de São Paulo Fernando Haddad, être soutenu à la fois par l’ex-président Lula et Paulo Maluf, qui fut en 1985 l’adversaire désigné par les militaires pour tenter d’empêcher l’élection de Tancredo Neves.

maluf.lulaBPP20120618035La poignée de main entre Lula et Maluf, lors de la campagne électorale de 2012, a été très mal vécue par beaucoup. Ce passé mal digéré, qui marque ainsi encore tant la vie politique d’aujourd’hui explique sans doute l’importance accordée aux travaux de la Commission pour la Vérité qui tente de faire la lumière sur les événements qui se sont déroulés entre 1964 et 1985.

 

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Coup d’état militaire (2):

Quel a été le déclencheur du coup d’état de 1964 ?

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La question reste controversée : l’intervention de l’armée est-elle due à un vrai danger de basculement du Brésil dans l’univers communiste ? La pression des États-Unis a-t-elle été déterminante ? Ou bien la coalition d’intérêts contradictoires entre certains secteurs de l’institution militaire, du monde économique et d’un pan de la classe moyenne explique-t-elle à elle seule le coup de force ? Jorge Ferreira, chercheur, et Angela de Castro Gomes, professeur d’histoire du Brésil à l’Université fédérale fluminense de Niteroi viennent de publier un ouvrage qui éclaire cette période jusqu’ici peu étudiée du « pré-coup d’état »[3]

Pour les auteurs, il faut remonter à l’année 1961 pour comprendre les événements. Soit au moment de la renonciation de Janio Quadros à la présidence du pays à laquelle il avait été élu un an plus tôt. Cette renonciation a débouché sur une première tentative de coup d’état qui a échoué.

Qui est Janio Quadros ?

Janio Quadros - BRESCOLAUn populiste un peu fantasque qui succède à Juscelino Kubitschek alors en pleine gloire pour avoir modernisé le pays (« rattraper 50 ans de retard en 5 ans ») et construit Brasilia, la nouvelle capitale. Janio Quadros fait campagne avec le soutien de l’UDN, l’Union démocratique nationale, qui constitue la droite du parlement, sur un curieux mélange de mots d’ordre très personnels et contradictoires : nettoyer les institutions de la corruption, lutter contre le communisme et positionner le Brésil comme un pays non-aligné sur le plan international en s’émancipant de la tutelle nord-américaine.

Il est élu avec une large majorité, mais ne réussit pas à faire désigner son vice-président.  A l’époque, le président et le vice-président étaient choisis indépendamment l’un de l’autre au suffrage universel. C’est João Goulart, l’ex-vice-président de Kubitschek qui arrive en tête de l’élection. João Goulart est le président du PTB, le parti travailliste brésilien, héritier et jango presidentedépositaire des lois corporatistes de l’époque Getulio Vargas et marqué à gauche. Ce n’est pas sans importance à cette époque d’exacerbation de la guerre froide.

Le 26 août 1961, 8 mois après avoir pris ses fonctions, Janio Quadros démissionne. João Goulart est alors en voyage en Chine, à la tête d’une délégation d’hommes d’affaire brésiliens. Il devient légalement le nouveau président. Mais l’armée ne l’entend pas de cette oreille. Pour les militaires, « Jango » incarne le danger d’une dérive du pays vers le communisme. Elle tente le coup de force pour faire destituer João Goulart. Mais la résistance des troupes du III° corps d’armée, cantonné au sud du pays, fait échouer le projet. Le III° corps d’armée est la force militaire la plus puissante du pays et la mieux équipée car elle doit défendre la frontière avec l’Argentine, ennemi héréditaire du Brésil.

Coup d’état manqué

C’est la résistance déterminée au putsch de Leonel Brizola, alors gouverneur du Rio Grande do Sul et beau-frère de João Goulart, qui fait basculer le commandement de la III° armée, installé à Porto Alegre, capitale du Rio Grande do Sul, du côté de la légalité démocratique. Le 6 septembre, « Jango » est de retour au Brésil, le Congrès à Brasilia entérine sa nomination comme nouveau président. Entre temps, les députés ont négocié une sortie honorable de la crise avec les militaires en instaurant le parlementarisme en lieu et place du présidentialisme. João Goulart est ainsi intronisé dans la fonction d’un président pratiquement sans pouvoir. C’est le premier ministre Tancredo Neves, chef du PSD, le parti socialiste démocratique, première formation politique du pays, de tendance sociale-démocrate mais conservatrice qui exerce de fait le pouvoir exécutif.

Daniel PereiraPour les auteurs de « 1964, le coup d’état qui a fait tomber un président, mis fin au régime démocratique et instauré la dictature au Brésil », Jorge Ferreira et Angela de Castro Gomes, la renonciation de Janio Quadros est un acte calculé. Le président voulait se débarrasser de son encombrant vice-président et, avec l’aide de l’armée, instaurer un régime autoritaire qui lui aurait donné les pleins pouvoirs pour mener à bien ses objectifs. La manœuvre a échoué devant les réticences des parlementaires qui considéraient alors que les institutions démocratiques étaient le meilleur garant de leur maintien au sein du législatif, mais aussi des craintes de l’armée devant les velléités de Janio Quadros de prendre ses distances avec les États-Unis.

Ainsi, si c’est la résistance démocratique de Leonel Brizola et le ralliement de la III° armée au gouverneur du Rio Grande do Sul qui ont fait échouer dans la pratique le coup d’état, c’est une conjonction de facteurs politiques qui ont pesé dans le contexte du moment pour empêcher le coup de force. Des facteurs qui vont puissamment marquer la courte et tumultueuse présidence de João Goulart.

L’écueil des « réformes de base »

Dépositaire, comme on l’a dit, des lois travaillistes de Getulio Vargas, et héritier de Juscelino Kubitschek, le « modernisateur » du pays, « Jango » veut marquer de son empreinte son passage à la tête de l’État en faisant adopter les fameuses « réformes de base » (réforme agraire, bancaire, fiscale urbaine et universitaire) destinées à rendre le pays plus équitable socialement. Ces réformes constituent le noyau du programme politique du PTB. « Jango » est servi dans son dessein par l’échec du gouvernement parlementariste de Tancredo Neves, qui ne parvient pas à redresser le pays, immergé dans une profonde crise économique, une dette héritée des grandes réalisations de l’époque Kubitschek et une inflation galopante.

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Il est aussi aidé par la montée en puissance du PTB qui devient le second parti du parlement, devançant l’UDN et qui se radicalise à travers les alliances qu’il passe avec les mouvements populaires, les syndicats et les ligues paysanne réclamant la réforme agraire sans indemnisation des propriétaires terriens. Dans ces conditions, la coalition de force qui a permis à João Goulart d’être confirmé comme président (au départ, son gouvernement était appuyé par le PTB et le PSD soit 57% des parlementaires), va rapidement exploser. Tancredo Neves démissionne et le PSD passe à l’opposition.

João Goulart tente alors de jouer le peuple contre les députés, il organise un plébiscite pour le retour au régime présidentiel et met en place le projet d’une série de grandes manifestations populaires qui devront réclamer dans la rue l’adoption par le législatif des réformes de base. L’UDN réagit en organisant les « Marches de la famille avec Dieu et pour la Liberté », des deux côtés, les positions se cristallisent, « Jango » est de plus en plus isolé.

Mutinerie militaire

comicio-na-central-do-brasil-rj-1964La goutte qui fera déborder le vase, affirment les auteurs de « 1964, le coup d’état qui a fait tomber un président, mis fin au régime démocratique et instauré la dictature au Brésil », sera une grave erreur d’appréciation de João Goulart. Le 23 mars 1964 éclat une révolte des marins et des fusiliers de la marine de guerre de Rio de Janeiro qui décident d’appuyer la campagne populaire pour les réformes de base ainsi que la nationalisation des raffineries de pétrole. Le président João Goulart, qui est aussi à ce titre le chef des armées, se refuse à exiger la punition des mutins.

João GoulartPire, il se rend à l’assemblée annuelle de l’association des sergents et sous-officiers de la police militaire, à laquelle il est invité, au moment où ces derniers décident de se solidariser avec la mutinerie des marins et des fusiliers de la marine de guerre. En agissant ainsi, le président en exercice défie ouvertement l’autorité de l’armée et la discipline militaire. C’en est trop pour la hiérarchie de l’armée.

La composante civile du coup d’état

C’en est trop aussi pour les dirigeants de l’UDN, notamment pour Carlos Lacerda, gouverneur de l’État de Guanabara (l’actuel État de Rio de Janeiro moins l’ancienne capitale fédérale), farouche militant anti-communiste, et pour les milieux d’affaire qui voient poindre une vague de nationalisation et la coupure des rapports économiques avec les États-Unis. Contrairement à 1961, en ce mois de mars 1964, les conditions politiques sont mûres pour un coup de force militaire. Il se produira le 31, sans effusion de sang et pratiquement sans résistance notable.

João Goulart s’en va rejoindre une fois encore Leonel Brizola à Porto Alegre pour tenter d’organiser la résistance au putsch, mais cette fois sans succès. Le 2 avril, il est contraint de renoncer à son mandat et il part en exil en Uruguay. Formellement, c’est le président du Congrès Raineiro Mazilli qui assure la transition, mais l’armée contrôle de fait les choses : l’Acte institutionnel n°1 promulgué le 9 avril 1964 avait réduit le Congrès à un simple collège électoral qui se dépêchera d’entériner la nomination du général Castello Branco à la tête de l’État.

Un « Golpe » sans projet d’avenir

general castelo  brancoDésormais s’ouvre la longue période de la « révolution militaire » censée « préserver le Brésil des dangers du communisme », avec son cortège de privation des libertés et de violence contre les opposants, une « révolution » qui se transformera en une simple dictature lorsqu’est décrété l’Acte institutionnel n°5, le 13 décembre 1968. Il ferme le Congrès, installe la torture comme politique d’État et prône l’intolérance sans merci contre tous ceux qui ne soutiennent pas le régime militaire.

golpe popularA noter, expliquent Jorge Ferreira et Angela de Castro Gomes, qu’au départ les militaires qui ont pris le pouvoir n’avaient pas de projet de gouvernement. Leur action visait uniquement à destituer João Goulart, ce qui explique que bien des opposants du lendemain, aient apporté un ferme soutien au « Golpe ». C’est le cas notamment de l’ordre des avocats, de l’église catholique dans sa majorité, de plusieurs des grandes figures de la sociale démocratie de l’époque et de la presse qui tous pensaient que l’élimination de « Jango » allait rapidement déboucher sur le retour à l’ordre normal des choses.

Quel est le rôle des États-Unis dans le coup d’état de 1964

Au début des années 1960, juste après la révolution cubaine, le Brésil comme les autres pays d’Amérique latine est bien évidemment sous haute surveillance des USA qui veulent empêcher à tout prix un autre Cuba sur le continent. Cependant, le rôle joué par Washington dans les événements de 1964 semble avoir été minime. Il existait bien une forme de coopération militaire entre les deux pays, ainsi qu’une aide civile, à travers « l’Alliance pour le progrès » soutenant des programmes sociaux dont le but était surtout de contrer la propagande « pro-révolution cubaine » au sein des populations pauvres.

Goulart e KennedyMais en 1961, lorsque Janio Quadros et les militaires tentent leur premier coup de force contre João Goulart, les États-Unis n’appuient pas. Le président John Kennedy était même semble-t-il favorable à l’arrivée au pouvoir de João Goulart, qu’il considérait alors comme un homme d’État responsable et d’envergure. Les choses changent après la crise des fusées de 1961 à Cuba, car le Brésil se refuse, au nom de sa politique de non-alignement, à participer à la mise en place d’une force militaire continentale destinée à renverser le régime de Fidel Castro. A partir de ce moment, Washington considère le gouvernement « Jango » comme un risque potentiel.

Soutien à la déstabilisation du gouvernement

Mais les USA ne combattent pas directement le gouvernement João Goulart. Ils appuient financièrement deux instituts créés par les militaires et soutenu par les milieux économiques brésiliens, qui ont pour mission de déstabiliser l’administration Goulart. Ces instituts ont pour nom IBAD (Institut brésilien pour l’Action démocratique) et IPES (Institut de Recherches et Etudes ibadsociales) et sont dirigés par le général Golbery de Couto e Silva, qui créera ensuite le SNI, le Service national d’Intelligence, principal organisme chargé de la chasse aux opposant durant la dictature.

L’IBAD recevra de l’argent des États-Unis pour financer les partis de droite opposés au gouvernement. L’IPES pour mener des campagnes contre le danger communiste en direction de l’opinion publique et de la presse. C’est l’ambassadeur américain au Brésil Lyndon Gordon qui coordonnait cette aide idéologique dont le montant total, selon l’enquête de l Commission pour la Vérité, se serait élevé à 8 millions de US$ de l’époque, une somme alors considérable.

« Brother Sam » en état d’alerte

Opera_o_Brother_Sam_Jo_o_Goulart_e_GordonAu moment où intervient le coup d’état de 1964, les États-Unis sont préparés à envoyer une aide militaire aux putschistes si nécessaire. C’était l’opération « Brother Sam », qui devait déployer une force navale au large du littoral brésilien et fournir, selon les besoins, des armes et du combustible aux troupes rebelles. Mais pas faire débarquer des soldats américains. L’opération « Brother Sam » n’a jamais été activée. A Washington, tant le président Lyndon Johnson que le secrétaire à la Défense Robert MacNamara « ont préféré, face aux multiples indécisions du moment, attendre de voir comment allaient évoluer ».  Le coup d’état de 1964 a donc finalement été une affaire strictement brésilienne.

OPERAÇÃOCONDORlauffLes USA, cependant, se sont dépêché de reconnaître le gouvernement putschiste, dès le 1 avril 1964, et ont ensuite fait de la dictature brésilienne leur principale base d’appui contre leurs opposants de gauche dans tous les pays d’Amérique du Sud. C’est ainsi qu’à partir des années 1970, « l’Opération Condor » destinée à coordonner la chasse aux opposants des régimes dictatoriaux d’Argentine, d’Uruguay, du Chili et du Brésil est conçue et mise en place par les militaires brésiliens, avec le soutien actif de la CIA et du Secrétariat américain à la Défense.

anistia 1979Les choses se sont passées à peu près de la même manière lorsque le régime militaire a pris fin. Le contexte international avait changé avec les années, les stratèges de Washington ne considéraient plus les dictatures comme le meilleur rempart contre le communisme en Amérique latine. Les valeurs démocratiques étaient redevenues un étendard plus efficace dans ce combat que l’oppression militaire. Les États-Unis ont donc appuyé l’amnistie de 1979 et l’élection de Tancredo Neves en 1985.

[1] « Dictatura a brasileira, 1964-1985, a démocratia golpeada à esquerda e à direita », Marco Antonio Villa (Edições LeYa)

[2] « A ditadura que mudou o Brasil » Daniel Aarão Reis, Marcelo Ridenti, Rodrigo Patto Sá Motta (Edições Zahar)

[3] « 1964, o Golpe que derubou um presidente, pôs fi mao regime democratico e instituiu a ditatura no Brasil », Jorge Ferreira et Angela de Castro Gomes (Edições Civilisação brasileira)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le « Golpe » de 1964 est à l’origine de l’une des plus sombres périodes de l’histoire du Brésil moderne. Son but était d’obtenir le départ d’un président, João Goulart dit « Jango », que l’armée, mais aussi une partie du monde économique, de l’église et du parlement considéraient comme l’instigateur d’un basculement possible du Brésil dans le communisme.  A partir de là, les militaires se sont installés au pouvoir pour 21 ans…

 

Le coup d’état aurait pu ne pas avoir lieu, si la radicalisation des positions, à droite et à gauche de l’échiquier politique, n’avait pas empêcher le gouvernement d’alors d’introduire de manière négociées les « réformes de base » qu’il désirait mettre en place pour rendre le pays plus équitable socialement: réforme agraire, réforme bancaire, réforme fiscale réforme urbaine, réforme universitaire. Il aurait aussi pu ne pas déboucher sur 21 années de régime d’exception si certains, dans l’armée, n’avaient autant pris goût à l’exercice discrétionnaire du pouvoir, si l’indifférence voire même souvent le soutien de l’opinion publique au régime militaire n’avaient pas été aussi marqués, et, peut-être, si l’opposition légalement tolérée avait eu plus de courage politique. Après tout, le premier président militaire, le général Castello Branco, avait solennellement promis d’organiser les élections de 1965 comme prévu et de céder sa place à celui qui serait élu à cette occasion.

 

Ces questions, historiens et analystes se les posent aujourd’hui à l’occasion du cinquantenaire du coup d’état du 31 mars 1964. Une salve de publications nouvelles tente de faire le point sur cet épisode historique car on réalise, à la relecture des événements, qu’on connaît finalement mal la nature et les caractéristiques du régime militaire brésilien : la dictature a-t-elle commencé en 1964 ou seulement en 1968, avec la promulgation de l’acte institutionnel n°5 supprimant ce qui restait de libertés démocratiques ? S’agit-il d’un régime strictement militaire ou la dictature a-t-elle été cautionnée par des soutiens civils, notamment parlementaires ? Les États-Unis ont-ils joué un rôle déterminant, par criante d’un nouveau Cuba, dans les événements de 1964 ? Et les grandes figures de l’opposition à la dictature, après 1968, n’ont-elles pas soutenu le « Golpe » de 1964 ?

 

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Dictature ou régime autoritaire militaro-civil ?

 

Pour répondre à cette question, l’historien Marco Antonio Villa[1], professeur au Département des Sciences sociales de l’Université de São Carlos, retrace l’évolution du régime militaire à travers la législation d’exception en vigueur soit les différents « actes institutionnels » qui ponctuent ces 21 années.

 

Selon Marco Antonio Villa, considéré comme un théoricien fortement marqué à droite, de 64 à 68, il n’y a pas eu dictature, mais un régime autoritaire militaro-civil, car durant ces 4 années, les institutions républicaines ont continué à fonctionner presque normalement, bien que leurs compétences aient été progressivement limitées. L’opposition avait encore un espace pour s’exprimer dans la rue, notamment lors de la « Passeata dos Cem mil » en 1968 et la production culturelle engagée, notamment dans le domaine musical avec le tropicalisme, était particulièrement créative.

 

Ce n’est qu’à partir de l’Acte institutionnel n°5, promulgué en décembre 1968 qu’on peut vraiment parler de dictature, affirme Marco Antonio Villa. Et encore, cette dictature a bénéficié d’un grand soutien dans ses débuts grâce aux effets du « miracle économique » qui a ramené la prospérité pour les classes moyennes. Le reste de la population a vécu les événements dans l’indifférence. L’historien réduit la répression qui s’abat contre la gauche à ce moment et la torture qui s’installe à un affrontement entre deux minorités extrêmes : les noyaux les plus durs de l’armée et les militants de la guérilla urbaine. Aucune de ces deux forces n’a eu, à aucun moment, le moindre enracinement, ni dans la population, ni dans les institutions affirme l’historien.

 

Qui plus est, pour lui, même après 1968, le vernis de la démocratie a été respecté, car à l’exception d’une courte période de 10 mois suivant l’instauration de l’Acte institutionnel n°5 où le Congrès a été fermé, « les pouvoirs législatif et judiciaire ont continué à fonctionner, apportant leur caution au régime ». Cela fait de la dictature brésilienne un cas à part en Amérique latine conclut l’auteur.

 

Une thèse provocatrice, mais pas dénuée de pertinence

Le radicalisme des thèses de Marco Antonio Villa n’est évidemment pas partagé par tous les chercheurs, notamment en ce qui concerne son regard sur la torture comme un phénomène exceptionnel. Il est en effet aujourd’hui généralement admis que la torture était belle et bien une politique d’État, destinée à faire taire tous les opposants et pas seulement ceux qui pratiquaient la lutte armée. N’empêche, beaucoup admettent que tout n’est pas que provocation chez cet historien. Il met en effet le doigt sur certains faits qui relativisent le regard « trop réducteur et trop romantique porté jusqu’à aujourd’hui sur cette période de notre histoire » reconnaît Daniel Aarão Reis[2].

Daniel Aarão Reis a fait partie de ceux qui croyaient à la lutte armée pour renverser le régime. Devenu historien, il relève aujourd’hui que dès le coup d’état de 1964, les coups ont commencé à pleuvoir sur tous les opposants au régime d’exception, à travers la privation des droits politiques des élus de gauche, la répression contre les syndicats, les associations populaires et l’Union des étudiants, mais que le régime jouissait, au moins jusqu’en 1972, d’un appui significatif de la population à cause des transformations économiques qu’il apporte au pays. « La modernisation économique et le bien-être retrouvé reléguaient la répression contre les opposants ainsi que les tentatives de résistance de ces derniers au second plan » affirme Daniel Aarão Reis.

 

Une dictature particulière

 

L’historien rappelle à ce propos que beaucoup de ceux qui deviendront ensuite les figures de proue de l’opposition à la dictature ont soutenu le coup d’état contre João Goulart en 1964. Ainsi, Ulysse Guimarães, postérieurement le chef de file de l’opposition légale au régime militaire, symbole des grandes manifestations du début des années 1980 pour le retour à l’élection directe du président de la république, et finalement président de l’assemblée constituante de 1988, s’affichait à la veille du 31 mars 1964, en tête de la grand « Marche de la famille avec Dieu et pour la Liberté » de São Paulo. Une manifestation anti-communiste et anti-Goulart qui fut déterminante pour le déclanchement du coup d’état et à laquelle s’était aussi associé Monseigneur Arns qui deviendra ensuite l’incarnation de la résistance de l’église catholique à la dictature lorsqu’il sera nommé archevêque de São Paulo.

Ainsi, conclut Daniel Aarão Reis, la dictature brésilienne diffère effectivement des autres régimes totalitaires d’Amérique du Sud qui ont sévi au même moment en Argentine, au Chili ou en Uruguay. Dans ces trois pays, la prise de pouvoir par l’armée s’est effectuée dans le cadre d’affrontements politiques droite-gauche qui divisaient pratiquement toute la société. Au Brésil par contre, elle s’est effectuée dans l’indifférence générale, voire avec l’accord ou la neutralité d’une partie importante de la population. Conséquence, au Brésil, durant la période la plus dure de la dictature, la pratique de répression n’a pas été l’apanage de l’ensemble du corps militaire et elle a visé essentiellement la minorité radicale de ceux qui prônaient la résistance armée. Ailleurs en Amérique du Sud, les régimes militaires ont réduit à leurs bottes toute la société, approfondissant ainsi la coupure droite-gauche qui existait avant les coups d’état.

 

Une lutte armée pour la démocratie ou pour la révolution ?

 

Autre mythe que Daniel Aarão Reis dissèque aujourd’hui, sous forme d’autocritique puisqu’il a lui-même rejoint en son temps la mouvance de la lutte armée : « On a fait de ceux qui sont tombés les armes à la main sous les coups de la répression en faisant le coup de main contre les militaires, les victimes de la lutte pour la démocratie mais en fait, nous luttions à l’époque pour l’instauration d’un régime léniniste de dictature du prolétariat. Nous n’étions pas des défenseurs de la démocratie bourgeoise, bien au contraire ! ». Une utopie romantiquement calquée sur les succès de la révolution cubaine, mais bien évidemment vouée à l’échec dans un grand pays comme le Brésil. Daniel Aarão Reis fait partie de ceux qui aujourd’hui admettent que leur militantisme radical était une erreur politique.

 

A ses yeux, la guérilla urbaine a ainsi servi de prétexte à la mise en place de la torture comme politique d’État, qui s’est ensuite généralisée à tous les opposants, y compris ceux qui agissaient dans le cadre légal étroit de l’époque. Et si elle a effectivement permis de réduire au silence la contestation contre le régime militaire, « la torture, en donnant libre champ aux exactions des secteurs les plus radicaux de l’armée, a ensuite stimulé l’apparition des groupes paramilitaires qui ont semé la terreur au moment du retour à la démocratie après 1979 ».

 

Quand la dictature a-t-elle pris fin ?

 

En 1979 avec l’amnistie, ou en 1985 avec l’élection indirecte par le Parlement de Tancredo Neves ? Quand la démocratie a-t-elle été rétablie: en 1979 avec le retour des exilés ? En 1985 avec la nomination d’un président civil ? Ou seulement en 1988 avec l’adoption de la nouvelle Constitution ? Là encore, les opinions des spécialistes divergent. L’histoire officielle veut que la dictature ait commencé le 31 mars 1964 et se soit achevée le 15 janvier 1985, avec l’élection indirecte par le parlement de Tancredo Neves, premier civil à accéder à la présidence du pays après 21 ans de régime d’exception. Faux prétend Marco Antonio Villa, qui date le début de la dictature à la proclamation de l’Acte institutionnel n° 5 du 13 décembre 1968 et sa fin à la déclaration d’amnistie en août 1979.

 

Mais, reconnaît l’historien, dès avril 64, nombre d’élus ont été déchu de leurs droits politiques et la répression s’est immédiatement abattue sur les syndicats et le mouvement étudiant. Cependant, puisque les institutions ont continué à fonctionner, même sous contrôle, et que la population dans sa majorité soutenait le coup d’état, il qualifie cette période de « régime autoritaire militaro-civil » et non d’une dictature militaire au sens propre du terme. D’autant que l’armée promettait alors le rétablissement de la démocratie « dès que possible ». De même, à ses yeux, dès le retour des exilés en 1979, même si le pays était toujours gouverné par les militaires, « on ne peut plus parler d’une dictature entre 1979 et 1985 ».

 

Une transition vers le retour à la démocratie, elle aussi particulière

 

Daniel Aarão Reis partage cette chronologie de « l’avant AI 5 », tout en relevant que la nuance entre un « régime autoritaire militaro-civil » et « dictature » n’est pas nécessairement relevant : les instruments ayant conduit à l’instauration de l’AI 5 étaient en germe dans le coup d’état de 1964. En outre, la promulgation de ces lois d’exception intervient à un moment où l’opposition armée d’extrême gauche est déjà pratiquement réduite à néant. L’AI 5 aurait donc servi avant tout à asseoir le pouvoir de l’aile la plus dure des militaires au sein de l’armée, un courant qui a joué un rôle déterminant lors du coup d’état de 1964, puis a été écarté, mais n’a cessé de s’affirmer ensuite, pour prendre finalement le contrôle des institutions après la nomination à la tête de l’État du General Medicis.

 

Il considère, par contre, que la période allant de 1979 à 1988 doit être considérée comme un tout, la date de l’élection présidentielle de Tancredo Neves en 1985 n’étant pas significative à ses yeux. Pour Daniel Aarão Reis, les 9 années qui séparent la promulgation de l’amnistie en 1979 de l’adoption de la Constitution en 1988 doivent être considérées comme les années de la transition vers un retour à une démocratie pleine et entière. Une transition qui, une fois encore diffère de celles qui ont mis fin aux autres dictatures de l’Amérique du Sud. Car tant au Chili qu’en Argentine ou en Uruguay, ces transitions ont débuté après le retrait des militaires du pouvoir et l’instauration de gouvernement civils. Au Brésil elle s’est faite sans cette rupture, sous la tutelle des militaires.

 

Des relations troubles entre l’avant et l’après dictature

 

Le premier président civil de l’après dictature était donc destiné à être le garant d’une transition qui n’allait pas régler ses compte avec les militaires et il devait rester sous la vigilance des forces armées, prêtes à ressortir de leurs casernes en cas de dérapage. C’est sans doute un accident de l’histoire -la mort subite de Tancredo Neves juste après sa désignation au poste de président- qui explique la longueur de cette transition : José Sarney le vice-président qui a remplacé le chef de l’État défunt, était une figure profondément identifiée avec la dictature qu’il a soutenue dès 1964. Il n’a quitté que très tard la présidence de l’ARENA, le parti majoritaire durant le régime militaire, pour rallier l’Alliance démocratique qui a négocié le retour des civils au pouvoir. Il est donc resté tout au long de son mandat, de 1985 à 1989, une figure clairement associée au passé militaire.

 

Ainsi, de la même manière que le coup d’état de 1964 n’a pas totalement ni immédiatement tranché d’avec la logique parlementaire, le retour à la démocratie s’est fait sans une rupture avec les partisans du régime militaire. Et sans qu’un processus de réconciliation nationale ait été mené à son terme. D’où un certain malaise aujourd’hui à gérer ce passé qui marque encore la vie politique d’aujourd’hui. On a ainsi vu, lors des élections municipales de 2012, le candidat du PT à la mairie de São Paulo Fernando Haddad, être soutenu à la fois par l’ex-président Lula et Paulo Maluf, qui fut en 1985 l’adversaire désigné par les militaires pour tenter d’empêcher l’élection de Tancredo Neves.

 

 

 

 

La poignée de main entre Lula et Maluf, lors de la campagne électorale de 2012, a été très mal vécue par beaucoup. Ce passé mal digéré, qui marque ainsi encore tant la vie politique d’aujourd’hui explique sans doute l’importance accordée aux travaux de la Commission pour la Vérité qui tente de faire la lumière sur les événements qui se sont déroulés entre 1964 et 1985.

 

 

 

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Quel a été le déclencheur du coup d’état de 1964 ?

 

 

La question reste controversée : l’intervention de l’armée est-elle due à un vrai danger de basculement du Brésil dans l’univers communiste ? La pression des États-Unis a-t-elle été déterminante ? Ou bien la coalition d’intérêts contradictoires entre certains secteurs de l’institution militaire, du monde économique et d’un pan de la classe moyenne explique-t-elle à elle seule le coup de force ? Jorge Ferreira, chercheur, et Angela de Castro Gomes, professeur d’histoire du Brésil à l’Université fédérale fluminense de Niteroi viennent de publier un ouvrage qui éclaire cette période jusqu’ici peu étudiée du « pré-coup d’état »[3]

 

Pour les auteurs, il faut remonter à l’année 1961 pour comprendre les événements. Soit au moment de la renonciation de Janio Quadros à la présidence du pays à laquelle il avait été élu un an plus tôt. Cette renonciation a débouché sur une première tentative de coup d’état qui a échoué.

 

Qui est Janio Quadros ?

 

Un populiste un peu fantasque qui succède à Juscelino Kubitschek alors en pleine gloire pour avoir modernisé le pays (« rattraper 50 ans de retard en 5 ans ») et construit Brasilia, la nouvelle capitale. Janio Quadros fait campagne avec le soutien de l’UDN, l’Union démocratique nationale, qui constitue la droite du parlement, sur un curieux mélange de mots d’ordre très personnels et contradictoires : nettoyer les institutions de la corruption, lutter contre le communisme et positionner le Brésil comme un pays non-aligné sur le plan international en s’émancipant de la tutelle nord-américaine.

 

Il est élu avec une large majorité, mais ne réussit pas à faire désigner son vice-président.  A l’époque, le président et le vice-président étaient choisis indépendamment l’un de l’autre au suffrage universel. C’est João Goulart, l’ex-vice-président de Kubitschek qui arrive en tête de l’élection. João Goulart est le président du PTB, le parti travailliste brésilien, héritier et dépositaire des lois corporatistes de l’époque Getulio Vargas et marqué à gauche. Ce n’est pas sans importance à cette époque d’exacerbation de la guerre froide.

 

Le 26 août 1961, 8 mois après avoir pris ses fonctions, Janio Quadros démissionne. João Goulart est alors en voyage en Chine, à la tête d’une délégation d’hommes d’affaire brésiliens. Il devient légalement le nouveau président. Mais l’armée ne l’entend pas de cette oreille. Pour les militaires, « Jango » incarne le danger d’une dérive du pays vers le communisme. Elle tente le coup de force pour faire destituer João Goulart. Mais la résistance des troupes du III° corps d’armée, cantonné au sud du pays, fait échouer le projet. Le III° corps d’armée est la force militaire la plus puissante du pays et la mieux équipée car elle doit défendre la frontière avec l’Argentine, ennemi héréditaire du Brésil.

 

Coup d’état manqué

 

C’est la résistance déterminée au putsch de Leonel Brizola, alors gouverneur du Rio Grande do Sul et beau-frère de João Goulart, qui fait basculer le commandement de la III° armée, installé à Porto Alegre, capitale du Rio Grande do Sul, du côté de la légalité démocratique. Le 6 septembre, « Jango » est de retour au Brésil, le Congrès à Brasilia entérine sa nomination comme nouveau président. Entre temps, les députés ont négocié une sortie honorable de la crise avec les militaires en instaurant le parlementarisme en lieu et place du présidentialisme. João Goulart est ainsi intronisé dans la fonction d’un président pratiquement sans pouvoir. C’est le premier ministre Tancredo Neves, chef du PSD, le parti socialiste démocratique, première formation politique du pays, de tendance sociale-démocrate mais conservatrice qui exerce de fait le pouvoir exécutif.

 

Pour les auteurs de « 1964, le coup d’état qui a fait tomber un président, mis fin au régime démocratique et instauré la dictature au Brésil », Jorge Ferreira et Angela de Castro Gomes, la renonciation de Janio Quadros est un acte calculé. Le président voulait se débarrasser de son encombrant vice-président et, avec l’aide de l’armée, instaurer un régime autoritaire qui lui aurait donné les pleins pouvoirs pour mener à bien ses objectifs. La manœuvre a échoué devant les réticences des parlementaires qui considéraient alors que les institutions démocratiques étaient le meilleur garant de leur maintien au sein du législatif, mais aussi des craintes de l’armée devant les velléités de Janio Quadros de prendre ses distances avec les États-Unis.

 

Ainsi, si c’est la résistance démocratique de Leonel Brizola et le ralliement de la III° armée au gouverneur du Rio Grande do Sul qui ont fait échouer dans la pratique le coup d’état, c’est une conjonction de facteurs politiques qui ont pesé dans le contexte du moment pour empêcher le coup de force. Des facteurs qui vont puissamment marquer la courte et tumultueuse présidence de João Goulart.

 

L’écueil des « réformes de base »

 

Dépositaire, comme on l’a dit, des lois travaillistes de Getulio Vargas, et héritier de Juscelino Kubitschek, le « modernisateur » du pays, « Jango » veut marquer de son empreinte son passage à la tête de l’État en faisant adopter les fameuses « réformes de base » (réforme agraire, bancaire, fiscale urbaine et universitaire) destinées à rendre le pays plus équitable socialement. Ces réformes constituent le noyau du programme politique du PTB. « Jango » est servi dans son dessein par l’échec du gouvernement parlementariste de Tancredo Neves, qui ne parvient pas à redresser le pays, immergé dans une profonde crise économique, une dette héritée des grandes réalisations de l’époque Kubitschek et une inflation galopante.

Il est aussi aidé par la montée en puissance du PTB qui devient le second parti du parlement, devançant l’UDN et qui se radicalise à travers les alliances qu’il passe avec les mouvements populaires, les syndicats et les ligues paysanne réclamant la réforme agraire sans indemnisation des propriétaires terriens. Dans ces conditions, la coalition de force qui a permis à João Goulart d’être confirmé comme président (au départ, son gouvernement était appuyé par le PTB et le PSD soit 57% des parlementaires), va rapidement exploser. Tancredo Neves démissionne et le PSD passe à l’opposition.

 

João Goulart tente alors de jouer le peuple contre les députés, il organise un plébiscite pour le retour au régime présidentialiste et met en place le projet d’une série de grandes manifestations populaires qui devront réclamer dans la rue l’adoption par le législatif des réformes de base. L’UDN réagit en organisant les « Marches de la famille avec Dieu et pour la Liberté », des deux côtés, les positions se cristallisent, « Jango » est de plus en plus isolé.

 

Mutinerie militaire

La goutte qui fera déborder le vase, affirment les auteurs de « 1964, le coup d’état qui a fait tomber un président, mis fin au régime démocratique et instauré la dictature au Brésil », sera une grave erreur d’appréciation de João Goulart. Le 23 mars 1964 éclat une révolte des marins et des fusiliers de la marine de guerre de Rio de Janeiro qui décident d’appuyer la campagne populaire pour les réformes de base ainsi que la nationalisation des raffineries de pétrole. Le président João Goulart, qui est aussi à ce titre le chef des armées, se refuse à exiger la punition des mutins.

Pire, il se rend à l’assemblée annuelle de l’association des sergents et sous-officiers de la police militaire, à laquelle il est invité, au moment où ces derniers décident de se solidariser avec la mutinerie des marins et des fusiliers de la marine de guerre. En agissant ainsi, le président en exercice défie ouvertement l’autorité de l’armée et la discipline militaire. C’en est trop pour la hiérarchie de l’armée.

 

 

La composante civile du coup d’état

 

C’en est trop aussi pour les dirigeants de l’UDN, notamment pour Carlos Lacerda, gouverneur de l’État de Guanabara (l’actuel État de Rio de Janeiro moins l’ancienne capitale fédérale), farouche militant anti-communiste, et pour les milieux d’affaire qui voient poindre une vague de nationalisation et la coupure des rapports économiques avec les États-Unis. Contrairement à 1961, en ce mois de mars 1964, les conditions politiques sont mûres pour un coup de force militaire. Il se produira le 31, sans effusion de sang et pratiquement sans résistance notable.

 

João Goulart s’en va rejoindre une fois encore Leonel Brizola à Porto Alegre pour tenter d’organiser la résistance au putsch, mais cette fois sans succès. Le 2 avril, il est contraint de renoncer à son mandat et il part en exil en Uruguay. Formellement, c’est le président du Congrès Raineiro Mazilli qui assure la transition, mais l’armée contrôle de fait les choses : l’Acte institutionnel n°1 promulgué le 9 avril 1964 avait réduit le Congrès à un simple collège électoral qui se dépêchera d’entériner la nomination du général Castello Branco à la tête de l’État.

 

Un « Golpe » sans projet d’avenir

Désormais s’ouvre la longue période de la « révolution militaire » censée « préserver le Brésil des dangers du communisme », avec son cortège de privation des libertés et de violence contre les opposants, une « révolution » qui se transformera en une simple dictature lorsqu’est décrété l’Acte institutionnel n°5, le 13 décembre 1968. Il ferme le Congrès, installe la torture comme politique d’État et prône l’intolérance sans merci contre tous ceux qui ne soutiennent pas le régime militaire.

 

A noter, expliquent Jorge Ferreira et Angela de Castro Gomes, qu’au départ les militaires qui ont pris le pouvoir n’avaient pas de projet de gouvernement. Leur action visait uniquement à destituer João Goulart, ce qui explique que bien des opposants du lendemain, aient apporté un ferme soutien au « Golpe ». C’est le cas notamment de l’ordre des avocats, de l’église catholique dans sa majorité, de plusieurs des grandes figures de la sociale démocratie de l’époque et de la presse qui tous pensaient que l’élimination de « Jango » allait rapidement déboucher sur le retour à l’ordre normal des choses.

 

Quel est le rôle des États-Unis dans le coup d’état de 1964

 

Au début des années 1960, juste après la révolution cubaine, le Brésil comme les autres pays d’Amérique latine est bien évidemment sous haute surveillance des USA qui veulent empêcher à tout prix un autre Cuba sur le continent. Cependant, le rôle joué par Washington dans les événements de 1964 semble avoir été minime. Il existait bien une forme de coopération militaire entre les deux pays, ainsi qu’une aide civile, à travers « l’Alliance pour le progrès » soutenant des programmes sociaux dont le but était surtout de contrer la propagande « pro-révolution cubaine » au sein des populations pauvres.

 

Mais en 1961, lorsque Janio Quadros et les militaires tentent leur premier coup de force contre João Goulart, les États-Unis n’appuient pas. Le président John Kennedy était même semble-t-il favorable à l’arrivée au pouvoir de João Goulart, qu’il considérait alors comme un homme d’État responsable et d’envergure. Les choses changent après la crise des fusées de 1961 à Cuba, car le Brésil se refuse, au nom de sa politique de non-alignement, à participer à la mise en place d’une force militaire continentale destinée à renverser le régime de Fidel Castro. A partir de ce moment, Washington considère le gouvernement « Jango » comme un risque potentiel.

 

Soutien à la déstabilisation du gouvernement

 

Mais les USA ne combattent pas directement le gouvernement João Goulart. Ils appuient financièrement deux instituts créés par les militaires et soutenu par les milieux économiques brésiliens, qui ont pour mission de déstabiliser l’administration Goulart. Ces instituts ont pour nom IBAD (Institut brésilien pour l’Action démocratique) et IPES (Institut de Recherches et Etudes sociales) et sont dirigés par le général Golbery de Couto e Silva, qui créera ensuite le SNI, le Service national d’Intelligence, principal organisme chargé de la chasse aux opposant durant la dictature.

 

L’IBAD recevra de l’argent des États-Unis pour financer les partis de droite opposés au gouvernement. L’IPES pour mener des campagnes contre le danger communiste en direction de l’opinion publique et de la presse. C’est l’ambassadeur américain au Brésil Lyndon Gordon qui coordonnait cette aide idéologique dont le montant total, selon l’enquête de l Commission pour la Vérité, se serait élevé à 8 millions de US$ de l’époque, une somme alors considérable.

 

« Brother Sam » en état d’alerte

 

Au moment où intervient le coup d’état de 1964, les États-Unis sont préparés à envoyer une aide militaire aux putschistes si nécessaire. C’était l’opération « Brother Sam », qui devait déployer une force navale au large du littoral brésilien et fournir, selon les besoins, des armes et du combustible aux troupes rebelles. Mais pas faire débarquer des soldats américains. L’opération « Brother Sam » n’a jamais été activée. A Washington, tant le président Lyndon Johnson que le secrétaire à la Défense Robert MacNamara « ont préféré, face aux multiples indécisions du moment, attendre de voir comment allaient évoluer ».  Le coup d’état de 1964 a donc finalement été une affaire strictement brésilienne.

 

Les USA, cependant, se sont dépêché de reconnaître le gouvernement putschiste, dès le 1 avril 1964, et ont ensuite fait de la dictature brésilienne leur principale base d’appui contre leurs opposants de gauche dans tous les pays d’Amérique du Sud. C’est ainsi qu’à partir des années 1970, « l’Opération Condor » destinée à coordonner la chasse aux opposants des régimes dictatoriaux d’Argentine, d’Uruguay, du Chili et du Brésil est conçue et mise en place par les militaires brésiliens, avec le soutien actif de la CIA et du Secrétariat américain à la Défense.

 

Les choses se sont passées à peu près de la même manière lorsque le régime militaire a pris fin. Le contexte international avait changé avec les années, les stratèges de Washington ne considéraient plus les dictatures comme le meilleur rempart contre le communisme en Amérique latine. Les valeurs démocratiques étaient redevenues un étendard plus efficace dans ce combat que l’oppression militaire. Les États-Unis ont donc appuyé l’amnistie de 1979 et l’élection de Tancredo Neves en 1985.

 

 

 

 

 

[1] « Dictatura a brasileira, 1964-1985, a démocratia golpeada à esquerda e à direita », Marco Antonio Villa (Edições LeYa)

[2] « A ditadura que mudou o Brasil » Daniel Aarão Reis, Marcelo Ridenti, Rodrigo Patto Sá Motta

(Edições Zahar)

[3] « 1964, o Golpe que derubou um presidente, pôs fi mao regime democratico e instituiu a ditatura no Brasil », Jorge Ferreira et Angela de Castro Gomes (Edições Civilisação brasileira)