Dilma DavosLUla em Davos

Fin janvier, la Présidente Dilma Rousseff, sacrifiant au rite pour la première fois de sa vie, s’est rendue au Symposium de Davos. Avec un discours empreint d’autocritique : « Oui, le Brésil a trop tardé à effectuer les ajustements structurels nécessaires pour affronter la crise économique, mais mon gouvernement va désormais s’engager fermement pour maintenir l’équilibre fiscal, faire baisser l’inflation, défendre le Réal et créer une ambiance stable pour les investisseurs tant brésiliens qu’étrangers ». On est loin du Davos cuvée 2010 où l’ex-Président Lula, fort d’une croissance du PIB national de 7,5%,  était la coqueluche des congressistes. Le Brésil était alors vu comme un des BRICS les plus performants.

variacoes-pib-anosC’est qu’en trois ans de mandat, la Présidente Dilma Rousseff affiche une bien modeste croissance cumulée de 6%, mais par contre, une inflation de 19% et un déficit de la balance des exportations de 187 milliards de US$, 47% supérieur à celui de la fin du gouvernement Lula. La crise internationale est passée par là. Les crises même, explique Miriam Leitao, journaliste économique au quotidien « O Globo » : « Il y a eu celle de 2008 qui a failli tuer le système financier international. Le Brésil est alors passé de la croissance à la récession. Il y a eu la crise européenne, qui frappe par sa durée et fait pression sur tous les marchés ».

Un aspirateur à capitaux

fedEt puis il y a la crise actuelle, plutôt bénéfique pour l’économie mondiale car elle est conséquence de la relance américaine, mais cette relance-là pénalise particulièrement le Brésil. Elle agit comme un gigantesque aspirateur à capitaux qui, dans l’attente probable d’une remontée des taux d’intérêts, vont s’investir dans les Bons du Trésor américain au détriment de la Bourse de Sao Paulo. Et ceci exactement au moment où le pays aurait besoin d’argent frais pour éponger ses déficits et faire face aux dépenses nécessaires pour moderniser son infrastructure.

janet yellenCertes, le Brésil n’est pas le seul à souffrir de cette nouvelle conjoncture, tous les pays émergents la vivent, mais elle frappe plus particulièrement cinq d’entre eux, l’Indonésie, l’Inde, l’Afrique du Sud, la Turquie et le Brésil, rendant ce groupe de nations particulièrement fragile aux yeux de la nouvelle présidente du FED américain Janet Yellen. D’où la nouvelle expression des « Fragile Five ».

Une croissance qui continue à patiner

bovespaDu coup, vu de Washington, le futur immédiat du Brésil n’apparaît pas rose. Après trois années de croissance morose -voire pratiquement nulle pour ce qui est de 2012 et sans doute moins de 2% en 2013 (les chiffres définitifs ne sont pas encore connus)- l’année 2014 se présente plutôt mal. José Marcio Camargo, analyste chez Opus Gestion pense que le PIB n’augmentera pas de plus de 1,4% en 2014. Le FMI, un peu moins pessimiste, affiche un pronostic de 2,2%. C’est de toute façon insuffisant.

falta-de-chuvas-1391974654552_956x500« Il y a beaucoup d’incertitudes pour l’année qui vient », explique José Marcio Camargo, « les investisseurs s’en vont et les industriels sont sur la défensive à cause des risques de hausse des taux d’intérêts que la Banque centrale pourrait décider pour défendre le Réal. A cause d’aléas climatiques –une sécheresse de plus d’un mois en pleine saison des pluies dans le Sud-Est, qui a vidé les réservoirs des centrales hydrauliques- le coût de l’énergie risque de grimper et l’inflation ne cède pas. Ce n’est pas la bonne équation pour investir dans la modernisation des outils de production ».

Une voix discordante dans un concert de pessimisme

delfim_netoL’opinion de José Marcio Camargo reflète celle de la plupart des observateurs. La plupart sauf un, et pas des moindre : Delfim Netto. Ancien ministre du gouvernement militaire à l’époque du « miracle économique » des années 1970, il passe pour l’un des gourous du libéralisme, version Ecole de Chicago. Or le voilà qui défend l’action gouvernementale de la Présidente Dilma Rousseff et qui montre de l’optimisme pour 2014 : « Il est vrai que pour maintenir l’équilibre, il aurait fallu une croissance de 9% au lieu de 6% et une inflation en trajectoire descendante plafonnée à 16% plutôt qu’à 19%, mais la gestion de crise menée par Dilma Rousseff va sans doute nous épargner la tempête parfaite ».

A presidente Dilma Rousseff reunida com empresários na sala supremaPourquoi ? Parce que les autorités ont amélioré leurs relations avec les entrepreneurs, affirme l’ancien ministre de l’économie, et qu’elles ont compris que le gouvernement n’avait ni les moyens ni les compétence pour tout faire. « Le programme de concessions au secteur privé des infrastructures sous forme de partenariat public-privé est maintenant bien engagé et la défiance du monde  des affaires à l’égard du gouvernement va se dissiper peu à peu ».

Erreur industrielle et faible productivité des emplois

industria perde competitividadeMais alors pourquoi tant de temps perdu ? Pourquoi d’aussi faibles résultats ces trois dernières années ? « Nous vivons une situation de compression de la croissance et cela affecte le monde entier, mais peut-être un peu plus le Brésil à cause de ses propres choix ». Et Delfim Netto d’insister sur le fait que la destruction de la compétitivité industrielle n’est pas un accident, mais une erreur de politique économique : « On a amélioré le niveau des salaires bien au-delà de ce qui était possible du point de vue de la productivité physique du travail. De 2002 à 2008, nous avions un excédent dans les exportations de produits manufacturés de 120 milliards de US$, aujourd’hui c’est un déficit de 170 milliards de US$ !

empregoA quoi s’est ajoutée une politique de plein emploi, -qui elle, n’est pas considérée comme une erreur de politique économique par l’ancien ministre- mais freine le rythme de la croissance : « Quand il y a une plein emploi, vous pouvez difficilement augmenter l’offre de main d’œuvre. Or, pour croître, disons de 4%, il faut augmenter la productivité du travail de 3% au moins. C’est un effort qui implique beaucoup plus de capital humain et un capital mieux formé. Cela ne se fait qu’avec plus d’éducation et plus de santé ». Et dans ces domaines, le Brésil ne brille pas vraiment. Au contraire.

leilao estradasDelfim Netto juge cependant que ces différents goulots d’étranglement sont maintenant derrière et que les choses vont progressivement s’améliorer : « Nous ne reviendrons jamais à des taux d’intérêt réel de plus de 10%, les options sont prises pour améliorer les infrastructures et faire baisser les charges des entreprises, cependant, la réponse du secteur industriel demande 12 à 18 mois pour montrer des résultats. Non seulement le gouvernement a appris, mais la conjoncture s’améliore. Je crois que nous allons croître un petit peu plus en 2014 qu’en 2013 ».

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