campo de Vila Tome

Qui s’en souvient encore ? En plein milieu de la Seconde Guerre Mondiale, un espace clos, contrôlé par la police, a existé dans le nord du Brésil, où étaient enfermé des dizaines de familles « d’étrangers », des immigrants comme  les autres, mais originaires des pays de l’Axe : le Japon, l’Allemagne et l’Italie. Interdiction leur était faite de se réunir, de parler leur langue natale, le courrier était censuré et le travail aux champs était la règle. L’endroit s’appelait Vila Tomé-Açu, il est situé dans l’île d’Araca, à 15 heures de bateau de Belém, capitale du Pará. Entre  1943 et 1945, 480 familles japonaises, 32 allemandes et quelques italiennes y furent internés. Objectif, isoler du reste de la population les ressortissant des pays en guerre contre le Brésil qui avait alors rejoint le camp des Alliés

detentos Vila tome açuVila Tomé-Açu ne ressemblait cependant pas aux horreurs des camps de la mort nazis, même si le journal « l’État du Pará » parlait de lui en 1942 en le surnommait « le camp de concentration des Axistes nuisibles à la sécurité nationale ». Bien que recluse, la vie y était relativement agréable. Les résidents désignaient d’ailleurs leurs logements non comme des baraquements, mais comme « un camp d’hébergement ». L’officier responsable de distribuer la nourriture avait été surnommé « Lieutenant Bonheur » et l’interdiction de réunion était chaque fois levée pour permettre aux résidents de jouer au football !

Internement volontaire

japoneses no campo na guerraUne partie des habitants du camp étaient d’ailleurs des volontaires, qui avaient demandé à être interné à Vila Tomé-Açu afin d’échapper aux violences que leur faisaient subir les ultra-nationalistes brésiliens, particulièrement en ville de Belém où les déprédations de maisons et les saques de magasins appartenant à des japonais étaient légions. Plusieurs témoignages font état de tentative d’allégeance à la position du Brésil dans la guerre dans les médias de l’époque, de la part de ces citoyens originaires des pays de l’Axe, afin de se dédouaner vis-à-vis de ces mouvements extrémistes.

japoneses durante a segunda guerraLe journal « l’État du Pará » publia ainsi par exemple, la confession publique de José Olivar, « né en Italie, résidant au Brésil depuis 1903, qui déclare par ce moyen n’avoir aucune relation avec les pays de l’Axe et être disposé, comme ses fils, à servir la patrie brésilienne qui l’a accueillie comme un des siens ». Des déclarations comme celle-là n’ont pourtant pas suffi à faire baisser la tension à Bélem où la jornal do para 1942population, fortement touchée par le rationnement alimentaire et l’effort de guerre (les américains avaient installé une base aéro-navale près de la ville d’où les troupes alliées partaient pour l’Europe), restera sensible à la propagande nationaliste « anti-japonaise » et « anti-italienne » jusqu’à la fin de la guerre.

Une colonie japonaise qui s’est fixée dans le Pará

japonais no ParaLa paix une fois revenue, les conscrits de Vila Tomé-Açu se sont dispersés. Mais alors que la plupart des allemands et des italiens ont abandonné le travail de la terre pour devenir ouvriers et s’installer dans les grandes métropoles de Rio de Janeiro et de Sao Paulo, les ressortissants japonais, eux, sont restés dans la région, fidèles à leur vocation agricole. D’où le fait qu’aujourd’hui encore, la colonie des descendants nippons est importante dans l’Etat du Pará. C’est proportionnellement la seconde après celle de Sao Paulo

livro por terraLes détails de cette épopée sont relatés dans un ouvrage collectif qui vient de paraître aux éditions Paka-Tatu, non traduit en français : « Par terre, dans les airs et sur la mer, histoires et mémoires de la Seconde Guerre Mondiale en Amazonie » dont les auteurs sont Hilton P. Silva, Elton V. O. Sousa, Murilo R. Teixeira, Samuel R. Mendonça.

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