Chers lecteurs, bonjour.

 Bonecas-de-Dona-Lia---Bandeira-do-Brasil_Anna-Guerra_09-x-12Je vous avais annoncé lors de la sortie du dernier numéro mensuel de Vision Brésil, le numéro 40, en janvier 2013, que je me lançais dans l’écrire un livre. Après 9 mois de gestation, je peux vous annoncer la naissance de « L’invention du Brésil », ou comment « de crises en crises, un géant s’affirme ». L’ouvrage survole les différentes facettes de la créativité de ce pays et les obstacles qu’il lui faut aujourd’hui surmonter pour tenir son rang dans le concert du monde. Vision Brésil a été ma principale source d’inspiration, mais j’ai ajouté certains articles que j’avais écrit dans les années 1980.

La question est de savoir maintenant si ce manuscrit sera un jour sur les rayons des librairies, car les éditeurs ne se bousculent pas au portillon. Je ne suis évidemment pas aussi connu que Michel Houllebecq et « L’invention du Brésil », n’est pas vraiment un roman glamour pimenté de la dose nécessaire de sexe pour assurer son succès mais ceux qui m’ont fait la faveur d’en lire le premier jet l’ont apprécié. Au milieu des critiques justifiées qu’ils m’ont adressées et qui m’ont permis d’effectuer des corrections bienvenues, ces « amis relecteurs » ont relevé « l’aspect complet et exhaustif d’un ouvrage qui décrit l’évolution récente du Brésil à partir de ses habitants, son économie, sa nature et ses institutions. Un travail de fond, avec le recul bienvenu d’un regard professionnel extérieur sur ce pays. »

Ces éloges ne semblent pas avoir touché la dizaine d’éditeurs que j’ai contacté. A ce jour, aucun n’a pris le risque de publier ! Ou alors, seulement si j’accepte de contribuer à financer l’opération en partageant les frais ou en rachetant une partie des exemplaires. Drôle de méthode, mais visiblement le monde de l’édition est très timoré lorsqu’il s’agit d’oser diffuser les écrits d’un auteur qui n’a pas la vedette dans les salons parisiens où l’on cause… Je me refuse d’éditer moi-même un manuscrit sur lequel j’ai investi plusieurs mois d’efforts d’écriture. Ce n’est pas mon métier ! Et je pars du principe que si personne ne veut le publier, c’est qu’il n’est pas en phase avec des lecteurs potentiels. Ai-je tort ? A vous de me le dire…

J’ai décidé de vous sondez, chers lecteurs, vous qui me suivez avec régularité, en lançant une souscription pour savoir qui serait prêt à acheter ce livre, au cas où il serait imprimé. Nul doute que si vous êtes assez nombreux à répondre positivement, cela saura influencer l’une ou l’autre maison d’édition. Pour vous aider à répondre à mon appel, je vous livre quelques unes bonnes feuilles de l’ouvrage pour que vous puissiez juger de sa teneur.

Bonne lecture, répondez à mon appel via le blog ou par l’intermédiaire du mail visionbresil@gmail.com

L’ouvrage fait un peu plus de 300 pages et j’imagine que son prix devrait tourner autour des 30 euros. Il est divisé en 4 grandes parties :

–       S’inventer une manière de vivre ensemble traite de la démographie, des différences raciales, des mégalopoles et des favelas

–       Inventer son développement aborde les question de l’économie, de l’agriculture et du travail

–       Inventer des solutions pour l’environnement s’intéresse à l’Amazonie, à la politique énergétique et aux aléas climatiques

–       La difficile invention de la démocratie d’Etat analyse les racines de la corruption politique, le rôle des médias et des églises, et s’interroge sur la façon de gérer l’héritage de la dictature.

 L’épilogue de « L’invention du Brésil » tente enfin de tracer quelques chemins possibles pour faire face aux défis de demain et inventer des chemins vers la stabilité.

(Bonnes feuilles)

Le Brésil, c’est quoi?

« le Brésil est cette terre de l’absurdité où il est difficile de comprendre, à la lumière de la logique et du bon sens certaines choses étranges qui arrivent et sont admises comme normales » a dit le musicien Tim Maia. Le Brésil a en effet la tête à l’envers !

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Voilà une nation pétrie de différences raciales, métissée à souhait, qui a su garder sa langue et une unité forgés par 5 siècles de colonisation, alors que le reste espagnol du sous-continent s’est divisé en 19 républiques différentes. Le Brésil est géant agricole, moteur industriel, sanctuaire environnemental, déboiseur frénétique, en encore auteur d‘une politique de redistribution sociale qui a sorti 30 millions de personnes de la pauvreté, mais il est aussi champion des inégalités. Le Brésil est sans limites, le Brésil est un paradoxe. Le futur lui est toujours promis mais il ne se réalise jamais vraiment. Le Brésil a toujours tout osé, et son contraire, sans jamais s’attarder sur l’échec. C’est ce qui fait sa séduction.

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La « découverte » du Brésil date de 1500, avec l’arrivée de Pedro Alvaro Cabral aux environs de Porto Seguro, mais il existait déjà sans que personne ne le sache ! Le traité de Tordesillas, signé six ans avant, en 1494, avait fixé la division du monde entre l’Espagne et le Portugal. Une bonne moitié du Brésil actuel était donc déjà possession portugaise et la métropole l’ignorait! C’est anomalie, je dirais que c’est la première invention du Brésil. Les incongruités ne s’arrêtent pas là. Le 29 novembre 1808, un roi et une reine, d’un petit royaume de l’extrême Sud-Ouest de l’Europe se lancent à travers l’Atlantique pour échapper aux troupes de Napoléon et viennent fonder à Rio de Janeiro, cité alors parfaitement provinciale, la nouvelle capitale tropicale de leur empire européen. Carlota Joaquina, une reine à moitié folle et Don João V, un empereur indécis sont ainsi à l’origine de la seconde invention du Brésil, qui inverse d’un coup les rapports entre la métropole et sa colonie.

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Le Brésil est aujourd’hui peuplé de 192 millions de citoyens. Ils n’étaient  que 17 millions en 1900. Il est devenu la 7ème économie du monde et c’est la première nation catholique de la planète. C’est une forte démocratie, plutôt sûre d’elle, qui ose jouer dans la cour des grands, malgré des jeux politiques parfois troubles et une corruption qui en ternissent l’image. Le pays cependant, est toujours à la recherche des chemins de sa stabilité. Les manifestations qui ont secoué la rue en 2013 en sont la preuve. Même si elles paraissent ne pas avoir eu les lendemains qu’on pouvait attendre, elles annoncent une nouvelle période de mutation identitaire. Combinée à l’attente de la Coupe du Monde de Football de 2014 et des Jeux Olympiques de Rio de Janeiro en 2016, cette colère populaire signifie que le Brésil doit une fois encore se réinventer.

 L’état de la forêt

La plus grande forêt tropicale du monde tend à se réduire comme peau de chagrin sous les coups d’une occupation humaine désordonnée. Avec une densité de 4,7 personnes, l’Amazonie brésilienne abrite un peuplement au km2 5 fois inférieur à la moyenne nationale. Depuis quelques années heureusement, le rythme du déboisement s’est considérablement ralenti : 26’000km2 de forêts abattues en 2003, 28’000km2 en 2004, mais seulement 6’500 en 2010 et 6’000 en 2011. Grâce aux efforts entrepris pour réprimer le défrichage illégal et à la multiplication des unités de conservation.

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La vraie menace pour l’Amazonie proviendrait, selon les spécialistes, des barrages en projet sur les 6 principales rivières qui connectent les Andes au bassin amazonien. Ces ouvrages sont localisés au Brésil, mais aussi en Bolivie, en Colombie, en Equateur et au Pérou. Ensembles, ils représentent une charge de 300% supérieure à la pression actuelle qui pèse sur le réseau hydrographique, avec pour risque majeur, la rupture de la liaison environnementale entre les montagnes des Andes et la forêt. Cette rupture pourrait avoir pour conséquence une modification du régime des crues formant le cœur de ce système, car si les hautes eaux de la saison des pluies ne parviennent plus à « nettoyer » les affluents des grands fleuves de leurs dépôts saisonniers, cela provoquerait des sécheresses et des inondations à répétition et multiplierait les foyers de maladies.

L’Amazonie sous la nouvelle république : grands projets et démesures 

Journal de Genève, 18 février 1986

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L’Amazonie, rêve fou d’un Brésil puissant, est mise en coupe. Dans le sud du Pará, on rencontre des exploitations gigantesques: fazenda Rio Cristalino de Volkswagen, 160’000 hectares, 45’000 têtes de bétail ; fazenda Nixdorf ; fazenda Varig [la principale compagnie d’aviation brésilienne à l’époque]. L’ambiance est plutôt morose dans les états-majors de ces géants de l’économie mondiale car la rentabilité des investissements se fait attendre. Ces multinationales de l’agro-alimentaire voisinent avec les grandioses réalisations du pouvoir militaire en Amazonie. Des éléphants blancs inachevés à cause du manque de crédits. Les coûts sont insupportables. Ainsi, la route transamazonienne qui, doucement, retourne à l’état sauvage. On ne passe plus sur plusieurs de ses tronçons. Les dizaines de milliers de colons installés sur ses bords sont tristement abandonnés à leur sort. (…) Amazonie maudite ? « Amazonie mise en valeur dans l’improvisation et le désordre » précise Lucio Flavio Pinto, auteur d’un livre intitulé : « le pillage de l’Amazonie ». Cette région a toujours vécu sous un régime colonial. « Au siècle passé, il y avait en quelque sorte deux Brésil, le sud et le nord, très différenciés. La frontière passait à peu près au niveau de l’Etat du Piauí. Belém commerçait directement avec le Portugal et ne maintenait avec Rio de Janeiro et São Paulo que peu de contacts. Il n’est donc pas étonnant que l’indépendance de l’Amazonie ne soit intervenue 13 ans après celle du reste du Brésil ».

 Inventer des chemins vers la stabilité…

Une décennie a été perdue après la fin du régime militaire en 1985 : l’inflation galopante corrode le pouvoir d’achat, la dette extérieure engendre la stagnation économique et creuse les inégalités. Puis vient le redressement, avec la mise en place du Plan Réal en 1994 qui tord le cou à une inflation annuelle de 2’700%. Enfin arrivent 10 années de croissance : Depuis 2010, le Brésil est 7ème puissance mondiale, mais produire dans ce pays revient trop cher. Le « coût Brésil » tue la compétitivité, le marché intérieur faiblit, l’économie ralentit…

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Le Brésil a mis en place un modèle social que beaucoup lui envie. Il ne reste plus que 8,5% de très pauvres. 30 millions sont sortis de la misère. Pourtant, le pays reste un champion de l’inégalité. L’école pour tous et la santé gratuite sont des réalités, mais les connaissances scolaires des petits Brésiliens sont parmi les pires des pays de l’OCDE. Qui veut recourir aux services d’un centre de santé de base trouve souvent porte close avec cet avis : « il n’y a pas de médecin disponible en ce moment ».

Trouver le chemin d’un nouvel équilibre au milieu de toutes ces contradiction n’est pas simple. C’est pourtant impératif si le Brésil veut poursuivre sa marche en avant, sans trébucher à chaque hoquet de la conjoncture internationale. Mais les bases de la stabilité sont là, et elles sont encore solides. Il faut juste les revisiter…

© Jean-Jacques Fontaine, « L’invention du Brésil », inédit.

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