Dolar20agosto 2,39

2,39 R$ pour un dollar américain à la clôture de la Bourse de São Paulo le 20 août, après un pic à 2,41 la veille, du jamais vu depuis mars 2009, au pire moment de la crise des subprimes aux USA. Depuis le début de l’année, la monnaie américaine a renchérit de 12,91% face au réal brésilien, désorganisant l’économie du pays et créant la perplexité au sein des autorités monétaires sur la manière de réagir. Car si cette tendance à la hausse du dollar affecte pratiquement toutes les monnaies du du monde, c’est le réal qui perd le plus de plumes face à la devise américaine : 5,97% rien  qu’au mois d’août, 16,5% depuis le début de l’année 2013.

Un mélange de circonstances est à l’origine du phénomène. La récupération de l’économie des USA qui incite les investisseurs à anticiper une prochaine augmentation des taux d’intérêts de la FED, mais aussi les faiblesses persistantes de la situation économique au Brésil. Ce qui explique que le réal est aussi la monnaie qui a le plus baissé au sein des pays émergeants.

Coût Brésil toujours…

cout brésil constructionEn cause, les sempiternelles impasses : dépenses de l’Etat trop gourmandes, fiscalité trop élevées, absence d’investissements dans l’industrie d’exportation, goulots d’étranglement dans les infrastructures et surtout, manque de visibilité de la politique économique menée par le gouvernement et la Banque Centrale. Tout cela pénalise une fois encore le « coût Brésil », le rendant bien peu attractif.

D’après ABIMAQ pourtant, l’association faîtière des Industries de machines et équipement, ce « coût Brésil » a légèrement diminué en 2012. Il est encore 37% plus élevé que son équivalent en Allemagne ou aux Etats-Unis, mais il était 40% plus cher en 2011. « D’une certaine manière, c’est un bon signal » commente Mario Bernardini, directeur du département de la compétitivité d’ABIMAQ, « mais à ce rythme, il va nous falloir 30 ans pour réduire la différence ».

Facteur dollar

cout brésilTrente ans, c’est une éternité en économie et ce n’est pas ce qu’attendait la Présidente en prenant au début de l’année, une série de mesures de désindexation, assouplissant notamment les règles concernant les charges sociales des entreprises, allongeant les délais de remboursement et de concession des infrastructures remises en gestion au secteur privé comme les autoroutes et multipliant les partenariats public-privé dans le secteur des transports maritimes afin de permettre la construction de nouveaux terminaux portuaires décentralisés pour écouler plus facilement les « commodities » agricole que le pays produit en abondance mais n’arrive pas à exporter à l’heure.

petrobras-teve-primeira-perda-no-segundo-trimestre-do-anoCertes, cette batterie de mesures a été mise en place début 2013, elle n’a donc pas encore porté tous ses fruits. Mais voilà maintenant que la hausse persistante du dollar vient jouer les troubles fête. Ainsi, la compagnie nationale pétrolière Petrobras est retombée dans les chiffres rouges, malgré une hausse des prix de l’essence décrétée en avril et destinée à réduire le déphasage entre le prix mondial et celui fixé à la pompe.  Avec la valorisation du dollar, ce déphasage s’est à nouveau creusé.

En juillet, Petrobras affichait un déficit de 18,5 milliards de US$. Il va falloir réajuster une fois de plus le prix des carburants vendus dans le pays, sauf que cette fois, le gouvernement n’a plus de marge de manœuvre pour réduire les taxes et empêcher une augmentation du prix pour le consommateur. Un facteur qui risque de relancer une inflation dont la hausse était préoccupante durant tout le premier semestre de 2013 et qui aujourd’hui, à peine maîtrisée, risque de déraper à nouveau.

Stratégie du coup par coup

reuniao copom_abrLes autorités sont donc à nouveau contraintes de réagir à la situation au coup par coup, sans qu’une ligne de conduite claire ne soit perceptible à moyen terme. La Banque Centrale, après avoir laissé filer le cours des monnaies, vient de changer radicalement de politique. Pour soutenir le réal, elle va injecter chaque jour, entre 500 millions et un milliard de US$ sur le marché et ceci jusqu’à la fin de l’année.

Une décision saluée par la Présidente Dilma Rousseff, qui rappelle que le pays détient des réserves de changes largement suffisantes pour faire face à la volatilité de la monnaie nord-américaine, « mais que la valorisation du dollar est une question liée à la politique de la FED aux Etats-Unis et pas à l’économie brésilienne ». Une manière de botter en touche qui ne convainc pas.

Trop peu trop tard

reservas cambiaisLa Banque Centrale a toutefois annoncé qu’elle fixait une limite à cette utilisation de ses réserves de change : un plafond 60 milliards de US$. Trop peu pour Edmar Bacha, directeur de l’Institut d’Etudes de politique économie de la Casa das Graças de Rio de Janeiro (Iepe) et membre de l’équipe qui a mis en place le Plan Réal en 1994. Il estime que « le Brésil doit impérativement brûler un peu plus de ses réserves de change, s’il veut signaler sa détermination à lutter contre la hausse du dollar ».

Il est vrai que le pays est assis sur un coussin de devises plus qu’abondantes. Ses réserves de change étaient de 30 milliards de US$ au début de la Présidence Lula en 2003, elles se montaient à 373 milliards à fin juillet 2013. 60 milliards en moins, dans ces conditions, c’est presqu’imperceptible. « L’Inde, la Turquie ou l’Indonésie ont fait des efforts bien plus significatifs pour contrer la valorisation du dollar face à leurs monnaies respectives » conclut Edmar Bacha.

Des résultats et vite !

tombo-de-DilmaSi elle veut pouvoir gagner les élections présidentielle de 2014, Dilma Rousseff a impérativement besoin de résultats économiques maintenant afin de récupérer la popularité qu’elle a perdue suite aux manifestations du mois de juin. Mais elle continue à différer les réformes nécessaires. Alors, dans un éditorial récent, le Financial Times ne donne pas cher de son avenir politique. Le quotidien anglais avait pourtant été jusqu’ici plein de louages à l’égard de la politique menée par Lula d’abord, puis par Dilma Rousseff ensuite.

« Le Parti des Travailleurs a gouverné le pays avec un grand succès depuis 2003 en appliquant une recette basée sur la consommation plutôt que l’investissement. La recette chinoise plutôt qu’anglo-saxonne. Mais il n’a pas entrepris, quand tout allait bien, comme le Chili la Colombie ou le Pérou l’ont fait, les réformes nécessaires pour relancer sa compétitivité. Dilma Rousseff a certes coupé dans les dépenses publiques, rendu à la Banque Centrale sa liberté d’action pour lutter contre l’inflation et augmenté l’attractivité des investissements dans le secteur des infrastructures, mais les récentes protestations et le ralentissement économique risquent tout de même de lui coûter les élections. »

dolar peso argentinoA quoi s’ajoute ce désagréable comportement du dollar face au réal qui, s’il persiste, peut aussi contribuer à creuser la tombe politique de la Présidente.

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