Un tout petit PIB pour 2012 selon le Ministre de l'Economie Guide Mantega

Un tout petit PIB pour 2012 selon le Ministre de l’Economie Guide Mantega

On savait que les chiffres n’allaient pas être bons. Mais le résultat divulgué par l’Institut Brésilien de Statistique, l’IBGE, début mars 2013, a pris tout le monde par surprise : 0,9% de croissance du PIB en 2012, beaucoup moins que les 1,2% espérés. De quoi inquiéter car le gouvernement a tout tenté pour enrayer cette chute de croissance, sans effet notable. L’espoir, c’est maintenant que 2013 soit meilleur, mais tous les spécialistes prévoient que la reprise sera timide.

C’est en juin dernier que les premiers signes avant-coureurs d’une dégradation inquiétante de la situation économique sont apparus.  Une déclaration de Nilson Teixeira, économiste-chef au Crédit Suisse-Brésil a mis le feu aux poudres. Il rabaissait les prévisions de croissance pour 2012 de 2% à 1,5%, alors que les autorités tablaient sur une hausse de 2,5%.  Nilson Teixeira avait déjà défrayé la chronique en 2011 en prévoyant un tassement à 3% du PIB. Les faits lui avait alors donné raison : + 2,7% à la fin de l’année.

La pire performance des BRICS

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Moins bien que ses voisins latino-américains

Aussi, lorsqu’il annonce 1,5% pour 2012, le Ministre de l’Economie Guido Mantega se dépêche de qualifier l’information de « plaisanterie » et de critiquer le pessimisme du Crédit Suisse. A cette date, la Banque Centrale affichait toujours un 2,3% de croissance annuelle. Au final, +0,9% fin 2012, c’est encore pire que les oracles de Nilson Teixeira.

En comparaison internationale, cela place la performance du Brésil à la queue du groupe des émergeants du BRICS  (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) et à la 22ème place d’une liste de 34 pays recensés par l’agence internationale Austin Rating. Le Brésil se classe encore lanterne rouge en Amérique latine, Mexique, Pérou et Colombie font nettement mieux.

Le pire résultat depuis 2009

Le pire résultat depuis 2009

O,9% de croissance, c’est un des pires résultats depuis l’an 2000 et le tassement affecte pratiquement tous les secteurs : l’agriculture d’exportation a vu son chiffre d’affaire baisser de 2,3% à cause d’aléas climatiques et de stocks mondiaux trop importants qui ont pesé sur le cours des commodities. Par manque d’investissement et de compétitivité, l’industrie a connu la récession, moins 0,8%, seuls le secteur des services a connu une légère embellie, + 1,7%.

Piètre développement

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Croissance du secteur des service en baisse

Un mieux qui ne doit cependant pas faire illusion, analyse Miriam Leitão, journaliste économique : « les services connaissaient un rythme de croissance de 5,4% depuis 2010. Au 3ème trimestre 2012, il n’a plus été que de 1,5%. Comme les services pèsent pour 70% dans le PIB global, cela fait une sérieuse différence ». Ce secteur, qui emploie beaucoup de monde, a engagé à tours de bras ces dernières années, sans que la formation suive. Résultat des salariés qui fournissent de piètres performances.

C’est particulièrement visible dans le domaine de l’information : internet et la téléphonie mobile ont connu un boum sans précédent durant la première décennie du XXI° siècle. Ils ont vu leur croissance tomber de 4,9% à 3,4% l’an dernier. Le commerce a lui aussi connu un sérieux tassement : de 5% à 1,1%. Plus préoccupant encore, le fait que l’Etat a plus dépensé que les ménages privés ! La croissance de la consommation familiale a été de 3,1% en 2012, celle des  dépenses publiques de 3,4%. « C’est la première fois depuis 2004 que cette situation se produit et elle est le résultat de l’augmentation du nombre de fonctionnaires en 2012 » explique Rebeca Palis, de l’IBGE.

Industrie sinistrée

Recul de 0,8% dans l'industrie

Recul de 0,8% dans l’industrie

Mais c’est vers l’industrie que l’essentiel des regards se tournent, l’industrie qui a connu la récession l’an dernier : moins 0,8% de croissance et même moins 2,5% dans l’industrie de transformation (qui comprend notamment le secteur automobile). Diagnostic de tous les observateurs : perte de compétitivité vis à vis de la concurrence étrangère, absence d’investissements. Alors que la Chine réservait 47% de son PIB aux investissements, l’Inde 36%, la Russie 23% et l’Afrique du Sud 21%, le Brésil n’a consacré que 18% de sa richesse à des nouveaux projets. 1% de moins qu’en 2011.

Les stocks accumulés après le boum de 2010 (la croissance du PIB avait été de 7,5% cette année-là), encore intacts début 2012, expliquent en partie ce ralentissement de la production. Mais en partie seulement. L’autre raison, c’est le manque de clarté dans les mesures prises par les autorités et la volonté de contrôle accru du gouvernement sur l’économie qui retient les entrepreneurs. Face à autant d’incertitudes, les industriels se sont abstenus d’investir.

Des mesures tout azimut, sans résultat visible

Des efforts qui ont fait  baisser le réal de 17% face au dollar

Des efforts qui ont fait baisser le réal de 17% face au dollar

Les tentatives de Brasilia pour relancer la croissance au second semestre 2012 ont été sans effet. La baisse forcée du cours du réal face au dollar (une dévaluation de près de 17%) n’a pas permis de stimuler la compétitivité des produits brésiliens face à la concurrence. Ni sur le marché international, ni sur le marché intérieur. La réduction de l’IPCA (la TVA brésilienne) sur les voitures et l’électro-ménager a certes soutenu la consommation, mais ce sont les produits importés qui en ont le plus bénéficié. Enfin l’annonce en toute fin d’année d’une baisse de 20% des tarifs d’électricité n’a pas encore déployé ses effets.

On trouve une bonne illustration des conséquences des mesures contradictoires adoptées par le gouvernement dans le secteur des carburants. Dans un premier temps, au début des années 2000, les autorités ont favorisé le développement de l’éthanol à partir de la canne à sucre, pour alimenter les moteurs des voitures. L’industrie a suivi, fabriquant des véhicules « flex » capables de rouler autant à l’alcool qu’à l’essence. Aujourd’hui, 57% des voitures brésiliennes sont équipées de ce système.

On subventionne le pétrole importé, mais pas l’éthanol national

L'alcool carburant brésilien moins avantageux que l'essence importée

L’alcool carburant brésilien moins avantageux que l’essence importée

Sauf qu’à partir de 2011, une crise internationale du sucre, liée à des déficits de production en Inde a sérieusement renchérit le prix du litre d’éthanol à la pompe au Brésil. Les consommateurs se sont donc à nouveau tournés vers l’essence, redevenue compétitive. Mais les capacités de raffinage du pays étant insuffisantes, il a fallu importer du carburant. Pour ne pas alimenter une inflation qui menaçait à nouveau, les autorités ont alors gelé le prix de l’essence.

Petrobras affectée par le gel du prix de l'essence à la pompe

Petrobras affectée par le gel du prix de l’essence à la pompe

Résultat, l’entreprise nationale Petrobras paie aujourd’hui plus cher le litre d’essence qu’elle importe que le litre de pétrole qu’elle vend à l’extérieur ! Un exercice qui a mis les caisses de la multinationale sur la paille. Le gouvernement vient donc enfin d’autoriser une hausse du prix de l’essence, qui, malgré cela reste encore près de 17% moins cher au Brésil que le prix de référence mondial. Petrobras continue à perdre de l’argent. Le prix de l’éthanol, par contre, est libre, résultat l’alcool carburant est trop cher pour les automobilistes et les industriels désertent le secteur !

« Un jeu parfait de perdant-perdant » ironise la journaliste Miriam Leitão qui explique que les conséquences de ces incohérences vont bien plus loin que le seul prix de l’essence à la pompe : « selon le Président de l’Abimaq, l’Association brésilienne des fabricants de machines, 35% des entreprises du secteur sont liées aux activités du pétrole et du gaz et sont affectées par les problèmes de trésorerie que rencontre Petrobras ».

Taux d’intérêts et inflation, des signaux contradictoires

La Banque Centrale, gendarme des taux d'intérêt

La Banque Centrale, gendarme des taux d’intérêt

Autre exemple criant de ces incohérences, la politique monétaire de la Banque Centrale. Depuis l’introduction du réal en 1994, son effort principal a porté sur le contrôle de l’inflation. Cela se fait en agissant sur les taux d’intérêts de référence. Ces taux sont élevés au Brésil en comparaison des autres pays. Ils attirent donc les investisseurs par leur  rentabilité et permettent de réguler la consommation pour éviter un emballement des prix.

Mi-2012, à la demande du Ministère de l’Economie, la Banque Centrale change de politique. Elle procède à une série de baisses successives des taux d’intérêts pour stimuler l’investissement en panne par la relance de l’emprunt. Ce faisant, elle accepte le risque d’une montée de l’inflation, qui tend à crever le plafond fixé jusqu’alors.  Le monde des affaires ne suit pas, les industriels n’empruntent pas et les investissements continuent à patiner. Reste une inflation élevée et la crainte des milieux d’affaires qu’une prochaine décision éventuelle des autorités monétaires ne se traduire par un retour de balancier et de nouvelles hausses des taux d’intérêt.

Le poids de la confiance

Le risque de l'inflation

Le risque de l’inflation

« Ces incertitudes pèsent lourd, analyse Joaquim Elio Cirne de Toledo, consultant en économie. Beaucoup de mesures conjoncturelles en même temps pour beaucoup de secteurs à la fois et de manière répétée finissent par annuler les avantages de ces mesures. Cela ne fait pas une politique économique. » Ces doutes agissent aussi sur l’épargne, qui a reculé de 17,2% du PIB en 2011 à 14,8%. Un chiffre très mauvais. Les spécialistes estiment que pour croître de façon durable le Brésil devrait afficher un taux d’investissement de l’ordre de 25% et un taux d’épargne de 20%.

Baisse des investissements et de l'épargne

Baisse des investissements et de l’épargne

Pour y arriver, il faut des changements structurels draconiens estiment la plupart des observateurs : l’Etat dépense trop et trop mal, le « coût Brésil » de production est trop élevé en comparaison internationale à cause des impôts et des charges sociales, les autorités n’investissent pas assez dans les grands travaux d’infrastructure, routière et portuaire notamment, nécessaires pour exporter plus et à meilleur coût. D’après Paulo Godoy, Président de l’Association brésilienne des Infrastructures et des Industries de Base (Abdib), le total des investissements dans les infrastructures atteint aujourd’hui 86 milliards de US$. D’ici 2016, il faudrait que ce chiffre atteigne 124 milliards de US$ pour relever le défis de la compétitivité. 4 années et un abîme…

Un modèle de développement qui s’épuise

Lancement du Plan Réal en 1994 par le Président Fernando Henrique Cardoso

Lancement du Plan Réal en 1994 par le Président Fernando Henrique Cardoso

Au-delà, c’est le modèle de développement qu’il faut revoir estime Arminio Fraga, ancien Président de la Banque Centrale. Un modèle tout entier axé sur le marché intérieur et la consommation. Un modèle qui a fonctionné durant les 8 années de la Présidence Lula, mais qui trouve ses limites aujourd’hui. Et cela s’explique.

Lua est élu en 2002 et promet la continuité économique

Lula est élu en 2002 et promet la continuité économique

Avant l’arrivée de Lula au pouvoir, entre 1994 et 2002, le Président d’alors, Fernando Henrique Cardoso a procédé à une remise en ordre d’une économie meurtrie par une décennie d’hyperinflation et d’endettement. La « décennie perdue » des années 1980, qui a frappé tous les pays d’Amérique latine. Ce fut une période d’austérité, marquée par une politique de privatisation et une lutte sans merci contre l’inflation. Résultat, lorsque le métallurgiste Lula arrive à la tête de l’Etat, il trouve un pays assaini.

Et il bénéficie d’un moment d’expansion de l’économie mondiale qui va durer jusqu’en 2007. Le Brésil adopte alors une politique de redistribution des revenus de la croissance qui va sortir 30 millions de personnes de la pauvreté absolue et gonfler les rangs de la classe moyenne, laquelle devient majoritaire dans la population en 2010. Grâce à cela, la consommation s’envole et le marché intérieur explose.

Consommation à toute vapeur

Jusqu'en 2007, un boum du marché intérieur

Jusqu’en 2007, un boum du marché intérieur

Avec un potentiel de 185 millions d’habitants, le gâteau est attractif tant pour les investisseurs, autant brésiliens qu’étrangers. Le Brésil va donc connaître une époque d’expansion basée sur la croissance de sa consommation intérieure. A quoi s’ajoute une valorisation des cours mondiaux des commodities dont le Brésil est un grand fournisseur : n° un pour le soja et le fer, n° 2 pour les oranges, le sucre, le café et la viande. Du coup, l’industrie d’exportation passe au second plan, la compétitivité face aux autres acteurs du marché global aussi. Pendant ce temps, la Chine freine son expansion intérieure et mise sur l’exportation des produits de masse qui inondent le marché brésilien.

Tassement des commodities et hausse de l'industrie en Amérique latine: le Brésil n'en profite pas

Tassement des commodities et hausse de l’industrie en Amérique latine: le Brésil n’en profite pas

Sur sa lancée, le pays traverse sans trop de casse la crise mondiale des surprimes de 2008, mais il trébuche durement sur celle du surendettement des pays européens à partir de 2010. Parce que les effets de la redistribution de la croissance ralentissent et que le marché intérieur se tasse car la consommation stagne. Le plein emploi qui continue pourtant à régner ne permet pas de compenser entièrement ce fléchissement.

Parallèlement, le marché mondial des commodities lui aussi se tasse, à commencer par les exportations de fer vers la Chine, ce qui serait au dire des spécialistes une des explications à la faible performance du PIB brésilien en 2012. Et l’industrie, qui n’a pas investi dans les secteurs d’exportation depuis plusieurs années perd des parts de marché à l’extérieur à cause de son manque de compétitivité.

En finir avec la « stratégie du miracle »

En finir avec les recetes du "miracle intérieur"

En finir avec les recettes du « miracle intérieur »

« Le modèle du miracle économique, qui a marqué le Brésil entre 1950 et 1970, en abusant de la fermeture du marché et de la protection des producteurs domestiques a laissé des cicatrices », expose Arminio Fraga. Des cicatrices qui ressurgissent aujourd’hui : « la phase d’expansion des années 1994-2007 a brusquement été interrompue en 2008 avec l’introduction de réformes recourant à des instruments de régulation fiscale pour essayer de maintenir artificiellement un marché intérieur en perte de vitesse ».

"La relance viendra des forces domestiques que le Brésil sera capable de mobiliser ».

« La relance viendra des forces domestiques que le Brésil sera capable de mobiliser ».

Une stratégie qui n’a pas fonctionné comme elle l’aurait dû et qui a abouti au gel des investissements et au ralentissement de la croissance qu’on a connu en 2012. Pour en sortir, estime Arminio Fraga, une seule solution, investir plus et mieux, notamment de la part des pouvoirs publics, en se dotant d’une ligne de conduite claire et cohérente à long terme, améliorer significativement la formation et l’éducation pour retrouver la compétitivité, enfin réformer l’Etat pour le rendre plus efficace et faire baisser le « coût Brésil » embarqué dans la fabrication des produits. « Le Brésil a un grand potentiel, conclut Arminio Fraga, mais sans ces préalables de base, il sera impossible de l’exploiter complètement ».

« La relance ne viendra pas de l’économie mondiale, dont l’expansion va rester faible ces prochaines années, juge encore Alessandro Rebucci, chercheur à la Banque Interaméricaine de Développement (BID), mais des forces domestiques que le Brésil sera capable de mobiliser.

L’énigme du plein emploi

le plein emploi se maintient malgré le recul de la croissance

Le plein emploi se maintient malgré le recul de la croissance

Des forces dont l’une est le plein emploi, qui se maintient malgré le recul de la croissance, un phénomène qui intrigue les analystes. Comment expliquer en effet qu’avec des bénéfices moindres et une production en recul, les entreprises continuent à maintenir intact leur volume de salariés. Parmi les raisons, un renforcement de la législation travailliste qui rend plus compliqué le licenciement. Les entreprises préféreraient donc garder leurs employés en prévision d’une future reprise plutôt que d’affronter la course d’obstacle d’une mise à pied.

Autre facteur, le développement des services, très gourmand en main d’œuvre, qui compenserait la stagnation dans l’industrie. Enfin les grands travaux liés aux événements à venir, Coupe du Monde de Football de 2014 et Jeux Olympique de 2016 permettent de maintenir le niveau de l’emploi dans la construction civile.

« Mais si le pays ne recommence pas à croître au cours des deux prochains semestres, diagnostique Gabriel Ulyssa coordinateur du Centre d’Etude du Travail de l’Institut National de Recherches Economiques Appliquées (IPEA), le marché du travail va donner des réponses négatives et le plein emploi ne se maintiendra pas ».

Comment relancer la croissance ?

« Avec une croissance du PIB aussi faible en 2012, 0,9%, il serait difficile de ne pas faire mieux en 2013 » persifle Miriam Leitão. 2 facteurs, il est vrai, incitent à l’optimisme : avec le ralentissement dans l’industrie l’an dernier, les stocks sont maintenant réduits à presque zéro, il va falloir relancer la production.

La récolte qui débute laisse présager une très bonne année

La récolte qui débute laisse présager une très bonne année

Et la récolte saisonnière, qui débute avec le soja en ce moment, laisse présager une très bonne année pour les commodities brésilienne dont le cours se maintient sur le marché mondial. Le PIB a d’ailleurs timidement recommencé à croître au 3ème trimestre 2012, après 2 trimestres de stagnation. Une embellie que les observateurs voient se prolonger pour le premier trimestre 2013.

Deborah Wetzel, directrice de la Banque Mondiale pour le Brésil, considère même que le pays est mieux placé que la Chine pour parvenir un rythme de croissance durable et équilibré : « la croissance du Brésil est plus lente, mais sa qualité dans le domaine social et environnemental est bien plus durable. C’est un modèle plus efficace ».

4% de mieux ?

un vaste plan de modernisation et de privatisation des ports,

Un vaste plan de modernisation et de privatisation des ports

Il semble aussi que les autorités fédérales aient pris la mesure de la gravité de la situation et décidé d’intervenir plus fermement pour stimuler l’investissement et améliorer la confiance des investisseurs, notamment dans le domaine des infrastructures.

C’est ainsi que la Présidente Dilma Rousseff vient de lancer un vaste plan de modernisation et de privatisation partielle des ports, pour résoudre ce goulet d’étranglement qui pèse lourdement sur les exportations. Le gouvernement vient aussi d’allonger de 25 à 30 ans la durée des concessions dans le domaine des routes et d’augmenter de 3 à 5 ans le délai de carence pour commencer à rembourser les emprunts, deux mesures qui vont contribuer à améliorer les rapports entre le secteur privé et les autorités.

Nilson Teixeira, analyste du Crédit Suisse au Brésil

Nilson Teixeira, analyste du Crédit Suisse au Brésil

« On va tranquillement arriver à 4% de croissance en 2013 ». L’auteur de cette profession de foi optimiste, qui contraste avec la plupart des prédictions des analystes du marché qui voient un PIB brésilien en dessous de 3% cette année, c’est Nilson Teixeira, l’analyste chef du Crédit Suisse au Brésil. Celui qui par 2 fois ces deux dernières années a froissé les autorités en annonçant des taux de croissance pessimistes, à contre-courant des prévisions officielle, mais qui se sont vérifié ensuite. Espérons que cette fois aussi, les prévisions divergentes de Nilson Teixeira, pour une fois à la hausse, vont se réaliser.

Le cas de Rio de Janeiro

Rio de Janeiro ne participe pas à la morosité générale...

Rio de Janeiro ne participe pas à la morosité générale…

Seconde puissance économique du Brésil après São Paulo, l’Etat de Rio de Janeiro ne participe pas à la morosité générale des résultats économiques du pays. Certes, son industrie locale est fortement touchée par la baisse générale de la branche, plus même qu’ailleurs, à cause notamment du fait que l’industrie de transformation de la région est tournée vers le secteur de l’automobile et des poids lourds. Le ralentissement des investissements dans les entreprises se traduit très directement par une baisse considérable des ventes de camions et autres engins lourds.

...grâce aux promesses du pétrole des grandes profondeurs...

…grâce aux promesses du pétrole des grandes profondeurs

Par contre, les perspectives d’exploitation du pétrole des grandes profondeurs, les projets d’aménagement liés à la Coupe du Monde de football de 2014 et aux JO de 2016, comme le développement du tourisme sont à l’origine d’une vague d’investissements sans précédent dans l’Etat de Rio de Janeiro. 200 projets publics et privés devraient voir le jour d’ici 2014, injectant 105 milliards de US$ dans l’économie régionale. Cela concerne des domaines aussi divers que l’éducation, la haute technologie, la mobilité urbaine, l’énergie et les infrastructures.

Rio Negocios, un effort particulier vers les PME

Rio Negocios, un effort particulier vers les PME

L’agence gouvernementale « Rio Negocios » mise en place il y a deux ans par la Préfecture afin d’attirer les investisseurs, explique que ces projets concernent autant les grandes entreprises que les PME : « les grandes compagnies ont besoin de sous-traitants pour assurer une partie de leurs activités et trouver de nouvelles idées », déclare Marcelo Haddad, Directeur Exécutif de Rio Negocios.

A l’exemple de Londres

Grâce aux travaux liés aux JO 2016...

Grâce aux travaux liés aux JO 2016…

« Nous avons créé un site spécialisé, www.portalnegocios-rio.com, qui permet aux PME de regrouper les offres faites par les grandes entreprises selon les branches. Nous y avons déjà recensé 929 activités différentes. Nous nous sommes inspirés de l’expérience du site Compete.for, créée à Londres à l’occasion des JO de 2012, qui a permis que là-bas, 73% des demandes soient honorées par des PME. »

Les efforts entrepris dans le domaine de la formation portent aussi leurs fruits : 55,2% des 7,4 millions de travailleurs de Rio de Janeiro ont achevé l’école secondaire, soit 11 années de formation, c’est nettement au dessus de la moyenne nationale (46,3%). Du coup ce meilleur niveau de formation se traduit par des salaires plus élevés, 760 US$ par mois en moyenne contre 650 US$ pour le reste du pays.

...aux perspectives du tourisme...

…aux perspectives du tourisme…

Une partie importante de cette main d’œuvre s’active dans les travaux de revitalisation du port prévus pour les JO de 2016, mais qui vont avoir un impact positif à beaucoup plus long terme avec le renforcement des opérations portuaires et le développement du tourisme. Ce dernier secteur fonctionne d’ailleurs à pleine vapeur, avec plus de 850 millions de US$ d’investissements dans 52 projets de nouveaux hôtels en construction ou en projet. Emplois prévus : 8’000 salariés. La ville compte  32’000 chambres d’hôtel, elle en aura bientôt 10’000 de plus mais il en faudra 50’000 pour répondre aux besoins des JO de 2016.

Le pétrole et le cinéma

...et au développement de "l'industrie créative".

…et au développement de « l’industrie créative ».

Dans le domaine pétrolier, Rio de Janeiro, qui assure 80% de la production du Brésil, est devenue un laboratoire les technologies de prospection des grandes profondeurs. Autre secteur de haute technologie en plein boum, « l’industrie créative », des activités liées à la mode et à la production cinématographique. RioFilme, le bras audiovisuel de la Préfecture annonce que 96 productions étrangères ont été partiellement ou entièrement tournées à Rio de Janeiro en 2012,  et 92 en 2011.

C’est au point que l’agglomération est devenue trop petite pour abriter toutes ces activités. Ses 16 millions d’habitants peinent de plus en plus à se déplacer et se loger. Les urbanistes préconisent une décentralisation des activités vers l’intérieur de l’Etat et la périphérie de la capitale afin de développer des pôles économiques secondaires dans les villes moyennes, de diversifier les activités et d’étaler leur répartition géographique.

Priorité à la Zone Ouest de la ville

Priorité à la Zone Ouest de la ville

Un effort qui devrait se marquer dans un premier temps, par l’expansion de la zone ouest de la ville de Rio, la région de Barra da Tijuca où se construisent les installations qui recevront l’essentiel des compétitions des JO 2016. Des infrastructures qui ne sont pas uniquement sportives, les nouvelles lignes de bus en site propre et les différents bâtiments qui vont accueillir les athlètes et les visiteurs des Jeux devraient laisser un héritage visible après 2016, qui feront de cette région au développement jusqu’ici anarchique, une véritable nouvelle cité urbaine.

Pour autant qu’il n’y ait pas d’imprévu

La récupération économique du Brésil et la poursuite du calendrier des mutations de Rio de Janeiro en vue des JO de 2016 sont donc programmés. Ces deux phénomènes devraient marquer fortement l’année 2013 et contribuer à redonner au pays une image de gagnant sur le plan international, image que le Brésil a un peu perdu ces derniers mois. Il est frappant par exemple de constater qu’au Forum de Davos de cette année, on ne parlait plus du géant latino-américain, alors que deux ans plus tôt, les congressistes de la station grisonne n’avaient que le mot « Brésil » à la bouche.

« Le pays a encore tous les atouts en main pour négocier un tournant et retrouver le chemin de la croissance et du succès » prédit Arminio Fraga. « A condition qu’aucun accident ne vienne perturber l’année, tant sur le plan international qu’à l’intérieur des frontières, nuance Miriam Leitão. Car aujourd’hui, le Brésil n’a plus de gras en réserve pour absorber un imprévu ».

Pas de réserve contre un éventuel coup dur

Pas de gras en réserve contre un éventuel coup dur

 
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