12jul2012-foto-da-nova-torre-movel-de-integracao-tmi-da-base-aerea-de-alcantara-ma-que-pesa-380-toneladas-e-tem-novos-sistemas-de-seguranca-e-area-de-escape-a-execucao-do-projeto-custou-cerca-de-r-1342128314626_956x500

Le premier envol devait avoir lieu en 2010. On l’espère maintenant pour 2014. Sans savoir vraiment si le lanceur de satellite bi-national ukraino-brésilien Cyclone 4 décollera vraiment un jour de la base d’Alcântara près de São Luis, dans le Nord-Est, ni avec quelle charge. La construction de la fusée dans la cité ukrainienne de Dniepropetrovsk est pratiquement au point mort. L’utilisation de la base brésilienne d’Alcântara se heurte aux restrictions imposées par les Etats-Unis, en l’absence d’un accord bilatéral entre les deux pays, concernant « le lancement de tout engin doté de composants fabriqués aux USA ». 

En clair, n’importe quel satellite du monde, car tous ou presque sont équipés de pièces qui recourent à la technologie américaine. 450 millions de US$ ont déjà été dépensé dans cette aventure spatiale avortée et les autorités brésiliennes cherchent maintenant une issue élégante à l’impasse dans laquelle elles se trouvent.

Un site privilégié

alc_ntara mapa equateurL’idée pourtant était astucieuse : le Brésil possède un site de lancement dont la localisation géographique est particulièrement propice : sur la ligne de l’Equateur, avec des conditions climatiques idéales, ce qui permet une appréciable économie de carburant à chaque envol.  De l’avis des spécialistes, la base d’Alcântara est même plus privilégiée que celle de Kourou en Guyane. L’Ukraine de son côté, héritière de l’aventure spatiale soviétique maîtrise la technologie de  fabrication des lanceurs de satellites.

cycloneLe premier rapprochement entre les 2 partenaires date de 1999. Cette année-là, le Brésil et l’Ukraine signe un accord-cadre « pour une Coopération dans l’Usage Pacifique de l’Espace Extérieur ». Deux événements viendront retarder la concrétisation de cet accord : en 2000, la signature d’un accord de sauvegarde technologique entre les Etats-Unis et le Brésil est refusée par le Congrès à Brasilia, sous la pression du PT, alors dans l’opposition. Sans cet accord, toujours en négociation aujourd’hui, le Brésil ne peut envoyer dans l’espace aucun engin contenant un composant fabriqué aux USA.

Incendie et crise économique

Incendio-AlcântaraEn 2003, un incendie se déclare sur la base d’Alcântara, tuant 21 personnes et détruisant le VLS, prototype brésilien d’un lanceur de satellite. Il faut reprendre tout le projet à la base. Ce que fera Lula, à peine élu Président, qui avalise en 2006, la création de l’entreprise bi-nationale Alcântara Cyclone Space (ACS), dont l’objectif est le développement du lanceur Cyclone 4 en Ukraine et l’aménagement de la base d’envol d’Alcântara au Brésil pour le recevoir.

Mais voilà, en 2009, l’Ukraine, fortement atteinte par la crise économique mondiale plonge dans les chiffres rouges. ACS demande l’aide de la Banque Nationale de Développement Economique et Social au Brésil. Refus de la BNDES. La construction de Cyclone 4 est arrêtée. Elle reprendra au ralenti en 2010, mais sans prévision de date d’achèvement. L’investissement des 2 pays dans le projet Cyclone 4 :se monte aujourd’hui à 250 millions de US$.

quilombo 2Côté brésilien, en 2008, une communauté de descendants d’afro-brésiliens revendique une partie du terrain de la base d’Alcântara, au nom de la loi sur les quilombos (voir Vision Brésil n° 24, mai 2011). La base est édifiée sur le site d’un ancien entrepôt d’esclaves. Le gouvernement doit modifier le projet d’implantation et signe finalement en 2010, un contrat avec le consortium d’entreprises de construction Camargo Corrêa / Odebrecht pour la reconstruction du site. Montant : 200 millions de US$. Les travaux sont en cours.

Comment sortir de l’impasse ?

cyclone 4-1Ces différents aléas et retards pénalisent fortement les perspectives d’ACS. Chaque lancement, à partir du moment où ils auront lieu, coûtera environ 25 millions de US$. Un prix théoriquement compétitif par rapport aux concurrents américains, européens et chinois. Mais voilà, les incertitudes sur la fiabilité de Cyclone 4 et les blocages imposés par les Etats-Unis sur les composants technologiques fabriqués aux USA rendent actuellement ces lancements pratiquement impossible. Cyclone 4 risque de ne pouvoir mettre en orbite depuis Alcântara, que des satellites ukrainiens ou brésiliens, ce qui rendrait l’aventure commercialement irréalisable.

Le gouvernement brésilien tente aujourd’hui de reprendre l’initiative, « afin de trouver une issue stratégique à la situation et justifier les investissements déjà engagés » déclare-t-on prudemment au plan officiel. Cela passe notamment par une relance des négociations avec les Etats-Unis afin d’aboutir à la signature du fameux « Accord Bilatéral de Sauvegarde Technologique » entre les deux pays.

Tractations USA-Brésil

brasil USADes pourparlers secrets auraient lieu en ce moment entre l’Itamaraty, le Ministère Brésilien des Affaires Etrangère et la nouvelle administration Obama, en place depuis le début de l’année. « Les discussions sont encourageantes et nous avons besoin de cet accord pour rendre le site d’Alcântara viable commercialement », précise-t-on à l’Itamaraty, tout en reconnaissant qu’il n’y a encore aucune solution en vue en ce moment.

Les choses sont moins claires du côté ukrainien d’ACS. Le pays est sans liquidité, toujours plongée dans les affres de la crise économique internationale et les travaux de Cyclone 4 n’avancent pas. Les brésiliens ne veulent pas investir de l’argent dans cette partie du projet, d’autant, précise-t-on au Ministère des Sciences et de la Technologie à Brasilia, que la fabrication du lanceur ne prévoit aucun transfert de technologie entre les deux pays.

Obras no Canteiro da ACS - 1Mais sur la base d’Alcântara, de lourds engins ukrainiens débarquent, qui vont servir à l’édification de certaines parties du centre de lancement proprement dit, des machines achetées à l’Ukraine avec des fonds brésiliens… Car le gouvernement continue à affirmer que le premier lancement aura bien lieu en 2014. Même si aucun « client », ni même brésilien ou ukrainien, ne se soit encore annoncé.

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