8jan2013---quarta-feira-de-altas-temperaturas-no-rio-de-janeiro-termometro-registra-temperatura-de-42c-graus-no-centro-do-rio-de-janeiro-nesta-terca-feira-8-1357677010140_1920x1080

Cela va mieux qu’en début d’année… Il fait un peu moins chaud, les pluies d’été sont de retour, les réservoirs des barrages se remplissent, on a évité d’un cheveu le black out, les tarifs de l’électricité vont pouvoir baisser. Et comme dans tout événement climatique, lorsque tout rentre dans l’ordre, on pense la question réglée. Or rien n’est réglé : les changements météorologiques vont provoquer d’autres coups de chaleur violents au Brésil ces prochaines années, prévoient les spécialistes, des sècheresses saisonnières auront encore lieu et l’hyper-dépendance du pays à l’hydro-électricité peut compromettre à l’avenir la sécurité énergétique.

36,2° le 9 janvier à Rio de Janeiro, record national et historique battu. A cette saison, c’est toujours Rio de Janeiro qui enregistre les températures les plus élevées du pays, mais d’habitude il y pleut en fin de journée, ce qui réduit la chaleur. Ce n’est pas le cas en ce début 2013 : pas une goutte de pluie entre le 1er et le 9 janvier, malgré les nuages. Ces 9 premiers jours ont enregistré une température moyenne de 34,8° en 2013 à Rio, mais de 29,6° à 33° entre 2006 et 2012!

La faute à l’Océan Atlantique

falta chuvaCette fois pourtant, pas de El Ninõ pour réchauffer les eaux du Pacifique, ni de La Ninã pour bloquer la circulation des alizés. C’est au contraire le comportement des eaux de l’Atlantique Sud qui préoccupe les météorologues : elles sont trop chaudes, empêchant l’arrivée des fronts froids de l’Antarctique qui rafraîchissent l’atmosphère dans le Sud-Est et apportent les nuages chargés de pluies des Caraïbes dans le Nord-Est. Résultat, canicule à Rio, Saõ Paulo et dans toute la région, sècheresse aigue et prolongée dans le Sertão semi-aride du Nord-Est.

Les spécialistes restent prudents : il serait hâtif d’attribuer ces conditions anormales au seul réchauffement climatique, mais quelque chose se passe indubitablement qui va influencer le temps dans la région ces prochaines années : il faut s’attendre à plus de chaleur et moins de pluies l’été.

Risque électrique

Rio Iguaçu - estiagem 2003Une menace pour l’approvisionnement en électricité du Brésil. La production est en effet à plus de 70% d’origine hydraulique. Sècheresse et chaleur ont vidé les réservoirs des centrales dont le niveau de remplissage est tombé à moins de 20% en moyenne mi-janvier. Malgré la mise en route des usines thermiques de secours au fuel, on a frôlé le rationnement de courant et plusieurs pannes géantes ont réactivé les craintes d’un black out généralisé.

Mais il plu abondamment durant la seconde quinzaine de janvier, le niveau des lacs de retenue est remonté à 35%, la chaleur a diminué, réduisant la consommation d’électricité des climatiseurs, pour les autorités, l’alerte est passée. Le 23 janvier, la Présidente Dilma Rousseff annonçait solennellement sur toutes les chaînes de radios et de télévisions que comme prévu, le coût du kw/h allait baisser de 18% pour les consommateurs et l’industrie, dès début février, afin de stimuler le redémarrage d’une croissance qui s’est essoufflée en 2012.

8 milliards et autant d’incertitudes

chuva-lavoura_rep« Les pessimistes de toujours, ceux qui n’aiment pas vraiment leur patrie ont eu tord une fois de plus. Il n’y a jamais eu de risque de black out, et la promesse de baisser le coût de l’électricité va bel et bien entrer en vigueur » a martelé la Présidente. Un discours aux relents pré-électoraux dénonce l’opposition (Dilma Rousseff est candidate à sa réélection en 2014).

La mesure va coûter 8 milliards de R$ aux coffres de l’Etat, sous forme de subventions pour compenser le manque à gagner des producteurs et des distributeurs de courant. 8 milliards de R$ (3,6 milliards de CHF / 2,9 milliards d’€) qui seront pris sur les réserves du Trésor National, garantissant la dette du Brésil. Et les spécialistes du climat restent sceptiques :

« Malgré les précipitations de ces dernières semaines, janvier se terminera avec un déficit pluviométrique, analyse Marcelo Pinheiro, météorologue à l’Institut Climatempo. Ce déficit risque de se prolonger jusqu’à fin mars. Après, les pluies cessent. C’est donc seulement en avril qu’on saura si les réservoirs sont assez remplis pour assurer l’approvisionnement du deuxième semestre 2013. »

Hyper-dépendance à l’hydraulique

4Belo_Monte_DamLe problème de la sécurité énergétique du Brésil ne se résume pas aux aléas climatiques. Il est lié à une triple équation que le pays n’arrive pas à résoudre : hausse constante de la demande, liée à la croissance de la consommation et de l’industrie, production d’électricité centralisée dans des installations géantes situées loin des lieux d’utilisation, gaspillage de courant le long des lignes de transmission et chez les consommateurs finaux. S’ajoute l’absence d’une politique cohérente de diversification vers d’autres sources d’énergie (gaz, nucléaire, solaire, éoliennes).

Les choses ne devraient pas s’arranger étant donné les plans du Ministère des Mines et de l’Energie pour la décennie à venir : construction de la méga-usine hydroélectrique de Belo Monte et mise en projets de plus de 150 barrages en Amazonie, alors que l’essentiel de la consommation a lieu dans le triangle São Paulo, Rio de Janeiro, Belo Horizonte, à 3’000km plus au sud (voir Vision Brésil n° 35, juin 2012). L’alerte de début janvier a tout de même provoqué une prise de conscience qu’il y avait urgence, au sein des autorités fédérales. Aucune annonce de mesures spectaculaires, mais la recherche d’alternatives pour garantir la sécurité de l’approvisionnement.

Ultra Haute Tension

cepel01Une des pistes retenues est celle de la très haute tension, qui permettrait de transporter le courant, non plus à 765kV comme aujourd’hui, mais à 1’200kV. Cela pourrait réduire les pertes le long des lignes, estimées aujourd’hui à 20%, « de l’équivalent d’une usine de Belo Monte », soit 20’000 MV (ou 13 réacteurs nucléaires de la génération actuelle) estime Albert Gerber de Melo, directeur du Cepel, le Centre d’Etude pour l’Energie Electrique, qui concentre les recherches sur cette technologie au Brésil.

L’idée est intéressante, mais sa réalisation est encore aléatoire. La Ultra Haute Tension en est encore au stade expérimental partout dans le monde, car au delà d’une puissance de 800 mV, des risques graves d’explosions existent qui sont encore mal maîtrisés. La Chine paraît être en pointe dans ce domaine. Le Cepel brésilien, lui, a déjà reçu 97 millions de R$ de la Banque Mondiale pour avancer dans ses recherches. 200 millions devraient s’y ajouter cette année, en provenance des caisses du Ministère des Mines et de l’Energie.

Anticiper d’abord…

apagãoCela peut résoudre un problème, les pertes durant le transport, évalue Edmilson Moutinho dos Santos, de l’Institut d’Electrotechnique de l’Université de São Paulo, mais ça ne remplace pas un urgent effort à accomplir dans le domaine de la planification et de la prévision. « en 2001, le Brésil a connu un grave black out, mais rien n’a été fait depuis, on se retrouve en 2013 exactement avec les mêmes risques. Et on continue avec les mêmes recettes qui ont engendré les problèmes ».

Pour Edmilson Moutinho dos Santos une des « erreurs » commises a été la multiplication des méga-barrages au fil de l’eau, « beaucoup plus dépendant du niveau des rivières que les barrages à accumulation. Il faut revoir cette option. » Farouche opposition du côté des écologistes qui dénoncent les ravages environnementaux des grands lacs d’accumulation du type Itaipu au Brésil ou Trois-Gorges en Chine.

… Décentraliser ensuite

represas pequenhas« Il existe d’innombrables petites et moyennes installations, notamment dans le Sud-Est, qui pourraient être dotées de réservoirs d’accumulation sans provoquer  de dommages pour l’environnement » rétorque Edmilson Moutinho dos Santos. Cela implique évidemment de revisiter la politique des grandes réalisations hydroélectriques du bassin amazonien, chères aux autorités brésiliennes, quelles que soit le régime en place.

Kubitcheck préconisait déjà cette voie, dans le cadre de sa politique d’industrialisation accélérée, à la fin des années 1950. La dictature militaire a confirmé l’option, durant la décennie 1970, les fameuses années du miracle économique et du surendettement. Depuis 2004, le gouvernement de gauche du Parti des Travailleurs, avec Lula puis Dilma Rousseff poursuivent… Dans ce contexte, changer de point de vue n’est pas une affaire banale !

Publicités