Les fausses notes du Carnaval ; contrôle des prix abusifs dans les hôtels ; transparence en échec ; l’héritage du Christ ; ouverture de la Maison Daros ; année du Portugal au Brésil

carnavalLe défilé du Carnaval de Rio de Janeiro au Sambodrome, qui a lieu cette année les 10 et 11 février est qualifié à juste titre « de plus grand spectacle de la terre ». Chacune des écoles de samba du prestigieux « Groupe Spécial » défile avec 4’000 participants. Résultat un coût faramineux de 86 millions de R$ (39 millions de CHF / 31 millions d’€) couvert par des recettes provenant de subsides de la Préfecture et de l’Etat de Rio ainsi que de la compagnie pétrolière d’Etat Petrobras (29 millions de R$), de la vente des entrées (39 millions de R$) et par les droits de retransmission TV (18 millions de R$).

Jogo-do-Bicho1Ça, c’est pour les chiffres officiels du Carnaval. Mais les comptes de chacune des écoles de samba ne sont pas aussi clairs, dénonce le Ministère Public de l’Etat de Rio. Il a procédé à un contrôle des justificatifs de dépenses faites lors du Carnaval 2010, résultat 14 fausses factures pour un total de 1,25 millions de R$ émises par des entreprises de façades ou inexistantes, en faveur des écoles de Mangueira, Imperatriz Leopoldinense, Mocidade Independente de Padre Miguel, União da Ilha do Governador et Viradouro.

Ces factures fictives permettent d’aménager des marges financières artificielles qui servent à blanchir de l’argent illicite, provenant notamment de la loterie illégale du « Jogo de Bicho », laquelle est une des principales sources de financement des écoles de samba et de l’enrichissement de leurs dirigeants, dénonce le Ministère Public qui demande aux autorités de renforcer la surveillance.

Contrôle des prix abusifs dans les hôtels

copacabana-rio-de-janeiro-ano-novo-calor-20121230-07-size-598Embratur, l’organisme en charge de la promotion et de la gestion touristique de la Ville de Rio de Janeiro ne veut plus voir se répéter, lors des prochains grands événements, ce qui s’est produit à l’occasion de la Conférence Mondiale sur le Climat, Rio +20, en juin dernier : une flambée incontrôlée des prix des chambres d’hôtels qui a amené certaines délégation à renoncer à faire le voyage. L’effet de ces prix abusifs s’est d’ailleurs retourné contre les hôteliers eux-mêmes car nombre de désistements de dernière minute ont finalement laissé beaucoup de lits vacants et un manque à gagner certain.

Désormais, Embratur va publier tous les 15 jours une statistique comparative des prix des nuitées dans 10 villes brésiliennes, dont Rio de Janeiro, et dans 10 capitales étrangères. En cas de flambée injustifiée des tarifs, les autorités seront alertées et pourront intervenir. Pour inciter les hôtels à garder des prix raisonnables, le Gouvernement Fédéral a encore modifié le régime des charges sociales : au lieu d’un prélèvement unique de 20% sur l’ensemble des salaires versés aux employés, l’impôt sera de 2% sur le chiffre d’affaire des établissements.

Transparence en échec

LEI_DE~acesso a infromaçaoDepuis mai 2012 qu’elle est entrée en vigueur, la Loi d’Accès à l’Information donne théoriquement le droit à tout citoyen de consulter tous les documents produits par tous les organes exécutifs, législatifs et judiciaires de toutes les administrations, municipales, des Etats et fédérales. Ordre était donc donné aux pouvoirs publics d’aménager ce libre accès au public.

7 mois après, le bilan est maigre : 15 Etats n’ont rien fait encore, pas plus que l’administration du Tribunal Suprême Fédéral et la majorité des brésiliens ignorent l’existence de cette loi. Surtout hors des grands centres. A l’Exécutif Fédéral, qui s’est doté de moyens pour appliquer la loi sur la transparence, 50% des demandes de consultation proviennent de São Paulo, Rio de Janeiro, Minas Gerais et du District Fédéral de Brasilia, les Etats les plus développés du pays. A l’inverse, dans l’Etat amazonien de l’Amapá, seules 80 demandes ont été formulées…

Gil-Castelo-Branco-2-Contas-AbertasCette situation n’est pas seulement le résultat d’inerties bureaucratiques. Il s’agit aussi d’une résistance passive de la part des administrations. « La culture du secret de l’information est très enracinée au Brésil, analyse Gil Castello Branco, directeur de l’ONG Contas Abertas. Le bureaucrate se sent gestionnaire de ses connaissances alors que les vrais propriétaires de l’information, c’est nous, les citoyens ».

Du coup, la pression exercée par cette loi de la Transparence se traduit au Congrès par un climat d’intrigues et de défiance qui met sous pression les collaborateurs des députés. A d’autres niveaux de l’administration, il y a des résistances énormes lorsqu’il s’agit de divulguer les salaires des fonctionnaires. Conscient du retard que le pays est en train d’accumuler dans cette affaire, surtout au niveau régional, le Contrôle Général des Comptes de l’Union, la CGU va mettre en place cette année des cours de formation à la transparence pour les employés des municipalités et des Etats.

L’héritage du Christ

corcovado-rio-de-janeiro-4Le fait n’est pas très connu, mais un des créateur de la statue du Christ du Corcovado, dominant la baie de Rio de Janeiro est un sculpteur français d’origine polonaise, Paul Landowski. Cet artiste a aussi sévi à Genève, il est l’auteur des figures de Calvin, Théodore de Bèze, Luther et John Knox du monument des réformateurs du Parc des Bastions.

landowskiPaul Landowski est décédé en 1961, mais ses héritiers veillent jalousement sur son patrimoine.  C’est ainsi qu’ils ont intenté procès au célèbre bijoutier H. Stern pour avoir utilisé sans autorisation l’image du Christ du Corcovado sur un pendentif de sa collection.

Les héritiers de Landowski ont perdu devant les juges. Le Tribunal Suprême les a en effet débouté, arguant que l’image du Christ faisait partie du patrimoine public de Rio de Janeiro et pouvait à ce titre être librement reproduite. Par ailleurs, le STF rappelle que Landowski n’est qu’un des auteurs de la statue. Il a travaillé au sein d’une équipe dirigée par l’ingénieur brésilien Heitor da Silva Costa et n’est donc pas l’unique concepteur de l’oeuvre.

Ouverture de la « Maison Daros »

Casa_Daros_patio_dia_foto_Jaqueline_Felix_Imagens_do_Povo-600x399Après 6 ans de travaux et avec 4 ans de retard, la « Casa Daros » de Rio de Janeiro va enfin ouvrir ses portes. Ce sera le 23 mars prochain. Installée dans une ancienne maison de maître du XIX° siècle, ce musée consacré à l’art contemporain d’Amérique Latine abritera des expositions périodiques de la collection Daros, une collection privée de 1’200 œuvres appartenant à l’épouse d’un grand industriel suisse, Ruth Schmiedheiny et entreposées à Zurich, dans un lieu non accessible au public.

Désormais, la production des 117 artistes qui composent cette collection Daros Latinamerica sera visible, par thème ou par auteurs, dans ce nouveau musée de Rio de Janeiro. L’exposition inaugurale, « Cantos Cuentas colombianos » est consacrée à 10 artistes colombiens reconnus dont Doris Salcedo, Fernando Arias, Maria Fernanda Cardoso et Oscar Muñoz. « daros latinamericaFaire circuler des expositions dans les pays émergeants fait partie de la globalisation du monde, explique Hans-Michael Herzog, conservateur de l’exposition, et j’ai constaté que les brésiliens connaissent très mal la production artistique des autres pays d’Amérique latine ».

Après « Cantos Cuentos Colombianos », la Casa Daros présentera, dès le mois d’août, une rétrospective consacrée à Julio Le Parc, un artiste argentin installé à Paris. Au 3ème étage du bâtiment, une bibliothèque de 4’000 volumes consacrés à l’art latino-américain sera à la disposition du public.

Année du Portugal au Brésil

ano de portugal e brasil2013 est l’année du Portugal au Brésil. L’occasion pour les deux pays de se redécouvrir, au-delà de leur histoire coloniale commune. Cela vaut surtout pour le Brésil qui, au dire des connaisseurs manifeste une « superbe ignorance » pour son ancienne métropole. Du côté du Portugal, on semble plus familier avec le grand pays lusitanien d’Amérique du Sud. Surtout à cause de sa production musicale, carnavalesque et des séries télévisées, largement diffusées par les télévisions portugaises. Cette « méconnaissance mutuelle » a inspiré à Nelson Motta, journaliste et critique musical à l’ironie féroce un papier d’humeur dont Vision Brésil reprend ici les extraits les plus provocateurs :

«Au vu de la crise actuelle, le Portugal devrait abandonner l’Union Européenne et s’unir au Brésil afin de créer la République Fédérative Brésil-Portugal, inversant de la sorte le passé colonial. Chacun mènerait sa vie à sa guise, mais les portugais auraient accès à notre grand marché continental et une partie du territoire brésilien serait en Europe. L’idée n’est pas de moi, mais d’un ami cher, un ex-ministre portugais intelligent et cultivé, maître en matière d’ironie. (…) 

Plaisanterie à part, cette folle révolution géopolitique pourrait réussir. Le fait est que nous ne savons rien du fado alors que les portugais connaissent très bien la samba. Si 2013 n’était plus seulement l’année du Portugal au Brésil, mais aussi l’année du Brésil au Portugal, cela serait la métaphore d’une intégration qui rapprocherait enfin nos cultures, nos technologies, nos économies et notre football.(…)

Eux là-bas, ils connaissent déjà le meilleur et le pire de notre musique, ils comprennent le portugais du Brésil grâce aux télénovelas. Mais nous ici, nous ignorons tout des grands artistes portugais, nous ne comprenons rien au parlé fermé des gens de Lisbonne ou de Porto. (…) Ah, comme j’ai aimé entendre notre Caeta

Quarteto-Lopes-Graca.-Ano-de-Portugal-no-Brasil-2013.-Foto-Helena-Goncalves

no Veloso chanter « Coimbra » en portugais du Portugal. Ah, comme j’adorerais écouter les nouvelles gloires du fado interpréter des classiques de notre musique populaire avec l’accent brésilien. Ce serait une belle découverte pour le public car ces chanteuses ont quelques choses de commun avec les nôtres : elles sont tout aussi belles… »

Advertisements