Plus de liberté politique dans les favelas pacifiées ; 100 ans pour le téléphérique du Pain de Sucre ; le Brésil dit adieu au Volkswagen Kombi ; le CIO inquiet des délais ; décès de « l’architecte des courbes »

voto nas favelasL’analyse détaillée des résultats des élections municipales d’octobre dernier le confirme, dans les favelas où l’Etat est à nouveau présent grâce à la politique de pacification menée à Rio de Janeiro depuis 4 ans, les potentats locaux ont désormais la vie dure. Ils ne peuvent plus comme avant se garantir leur élection, ou celle de leurs alliés par des promesses démagogiques, des distributions opportunistes de nourriture ou d’argent, ou des pressions.

voto uppLes électeurs ne sont pas dupes de ces pratiques et là où la liberté leur est à nouveau concédée, ils exercent leur droit de vote de manière indépendante. Ainsi, pour l’élection des conseillers municipaux (au Brésil chaque électeur vote pour un unique élu qui le représente et non pour la liste d’un parti), l’écart entre le premier classé et le second est de 3,5% dans les favelas »pacifiées », de 6,5% dans les autres. Preuve que le choix a été plus disputé dans les favelas dotées d’UPP, d’Unités de Police de Pacification.

Autre indicateur, les endroits où les élus ont obtenu une majorité écrasante de votes sont situés hors des « zones UPP », dans des régions où l’Etat n’a pas encore repris la main, comme  Campo Grande, Sepetiba, Cordovil ou Pedra de Guaratiba, dans la Zone Ouest de la ville. Des quartiers qui sont contrôlés en majorité par des milices para-militaires.

 100 ans pour le téléphérique du Pain de Sucre

teleferico pao de açucarAvec ses 2 nacelles gris aluminium, « made in Switzerland », le téléphérique qui gravit en 2 tronçons les 386 mètres du Pain de Sucre revêt un habit neuf pour fêter son centenaire. C’est la troisième métamorphose de l’installation depuis son inauguration en 1912. D’abord des cabines en bois, puis dès 1972, du verre et de l’aluminium, un style repris pour le design des nouvelles nacelles de 2012.

A l’époque, la construction n’a pas été une mince affaire : le terrain rocheux et escarpé ainsi que la mer toute proche rendent l’accès au Morro da Urca difficile. Il a fallu d’abord hisser un câble à la main pour pouvoir tirer ensuite une à une les pièces de la machinerie. Et ceci sur les 2 tronçons l’un après l’autre, le second étant bien plus difficile d’accès que le premier. En 1912, il n’y avait pas encore d’hélicoptères sur les chantiers ! Le téléphérique du Pain de Sucre n’avait que deux seuls « concurrents » au monde à l’époque, le téléphérique du Wetterhorn en Suisse et celui du Monte Ulia dans les Pyrénées espagnoles.

antigo-teleferico-pão-de-açúcarLes premières cabines, surnommées « camarote carril » ressemblaient aux tramways jaunes qui sillonnaient alors la ville. Elles pouvaient transporter 17 personnes. Fabriquée par l’entreprise allemande J. Pohling, elles sont restées en service jusqu’en 1972. Au moment de la construction, un troisième tronçon avait été projeté, devant relier la station intermédiaire du Morro da Urca au Morro da Babilonia, en face, qui domine la plage de Copacabana. Projet abandonné, mais qui pourrait être réactualisé à l’occasion du centenaire, c’est en tout cas l’intention affichée du Préfet Eduardo Paes. Il a promis d’interpeler les autorités fédérales et la Compagnie du Téléphérique du Pain de Sucre.

Le Brésil dit adieu au Volkswagen Kombi 

kombiLe Kombi est un mythe automobile qui bat des records de longévité, atteignant les 55 ans d’existence au Brésil. Pourtant, ses jours sont comptés. Dernier constructeur au monde de ce modèle, le Brésil devrait mettre un terme à la production du véhicule en décembre 2013, du fait de l’entrée en vigueur de nouvelles normes de sécurité rendant obligatoires l’ABS et l’airbag pour le passager et le conducteur à partir de 2014. Des exigences qui amèneraient Volkswagen à devoir redessiner la « perua », option que ne semble pas privilégier le constructeur. Cette décision désole le grand nombre de fans du « Kombi », voiture emblématique du Brésil.

Le premier utilitaire type 2 de Volkswagen, appelé Combi en France et Kombi au Brésil (abréviation de l’allemand « Kombinationenwagen », que l’on pourrait traduire par « véhicule multi-usage »), a été produit en Allemagne en 1950. Le début d’une saga incroyable à travers le monde, le Combi devenant au même titre que la Coccinelle (Fusca en portugais) dont il est dérivé, une voiture de légende, immortalisée dans  certains films tels que Cars de Walt Disney ou encore le film américain Little Miss Sunshine.

kombi_brazucaLe premier modèle produit au Brésil est sorti de l’usine de São Bernardo do Campo en juin 1957. Il a très vite été adopté par les automobilistes, sa taille plus modeste que les autres utilitaires lui permettant de se faufiler partout et sa robustesse à toute épreuve était parfaitement adaptée aux mauvaises routes de terre. Depuis beaucoup de chemin parcouru pour cet utilitaire chéri des Brésiliens : de nouveaux modèles et des adaptations techniques : les versions actuelles, si elles conservent le moteur à l’arrière, ont adopté le monobloc transversal refroidi à eau qui équipe les Gol, Golf et autres Polo, à la place du système de refroidissement à air dont la mélodie chantante réjouit encore les amoureux des vielles Coccinelles et des anciens Combis. (Collaboration, Le Petit Journal São Paulo)

Le CIO inquiet des délais

parqueolimpico_rio-1On le murmurait depuis un certain temps déjà dans les couloirs feutrés du Château de Vidy à Lausanne en Suisse, qui abrite le siège du Comité Olympique International : les retards s’accumulent dans la préparation des JO 2016 au Brésil et commencent à préoccuper. C’est désormais un souci officiel, Mark Adams, porte-parole du CIO en a fait l’annonce publique : « notre message, c’est qu’il y a encore le temps, mais que le temps courre et que les organisateurs doivent porter toute l’attention nécessaire à ce fait ».

Réponse de l’Entreprise Olympique Municipale à Rio de Janeiro : « tous les travaux qui sont de la responsabilité des autorités de la ville sont en accord avec le chronogramme fixé ». Dont acte, sauf que d’autres instances sont concernées par cette préparation, le Comité Olympique Brésilien, l’administration de l’Etat de Rio et les autorités fédérales. Qui n sont pas elles nécessairement à l’heure avec leur calendrier.

Décès de « l’architecte des courbes »

oscar-niemeyer01-791098_link104 ans durant, il aura milité pour la résistance architecturale. A la veille de son 105 anniversaire, un mauvais virus a emporté un des plus grand créateur contemporain, Oscar Niemeyer, le dessinateur de la nouvelle et futuriste capitale brésilienne : Brasilia. Niemeyer a été enterré avec les honneurs à Rio de Janeiro, sa ville natale, mais Brasilia lui a consacré un deuil de 7 jours après avoir célébré une messe autour de son cercueil, qui a fait un dernier voyage aller-retour entre sa « ville Merveilleuse » et le bijou de sa création urbaine. Cette messe et ce dernier périple aérien sont un paradoxe pour une personne qui avait peur de prendre l’avion et s’est farouchement déclarée athée jusqu’à la fin de ses jours.

niemeyerCar Oscar Niemeyer n’était pas seulement un architecte de génie, qui a croisé les plus grands, comme Le Corbusier dont il a été un temps l’élève, ou Lucio Costa, avec qui il a conçu le Plan Pilote de Brasilia, il n’a pas seulement laissé les marques caractéristiques de ses courbes harmonieuses en béton brute dans le monde entier, Oscar Niemeyer était encore un militant ardent et un communiste fervent. Dont les convictions n’ont jamais été ébranlées. Ni par les dérives du stalinisme d’avant-guerre, ni par la chute du Mur de Berlin, ni par la dérive triste de Cuba. Les frères Castro d’ailleurs ont été parmi les premiers à réagir à sa disparition, rappelant que Niemeyer mettait toujours une pointe de rouge dans ses créations pour signifier son appartenance à la famille révolutionnaire.

catedral-brasiliaUne appartenance qui lui a valu quelques déboires durant la dictature militaire au Brésil, les généraux siégeant dans les bâtiments qu’il avait construit à Brasilia l’ont invité à se retirer hors du pays : « la place d’un architecte communiste est à Moscou, pas ici ». Durant ces années de plomb, Niemeyer a travaillé depuis Paris où il a installé son atelier, ne renonçant cependant pas à réaliser des projets au Brésil. C’est ainsi que la cathédrale de Brasilia a été édifiée à cette époque.

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