Nouvelle occupation policière d’une favela à Rio de Janeiro ; la violence se déplace là où sont les touristes ; encore et toujours la surpopulation carcérale ; les indiens à la peine.

Mi-octobre, les forces de police de l’Etat de Rio de Janeiro ont investi le complexe de favelas de Manguinho / Jacarezinho, dans le nord de la ville, afin d’y installer la 29ème Unité de Police de Pacification, dans le cadre d’une politique d’expulsion des trafiquants de drogue et de réintégration dans la cité de ces quartiers soumis depuis des dizaines d’année au contrôle arbitraire et dictatorial des bandes criminelles. L’occupation s’est déroulée dans le calme et va peut-être permettre de ramener la paix dans une des zones les plus violentes de Rio de Janeiro. La région de Manguinho / Jacarezinho est secouée en permanence par la guerre que se livrent les 3 factions rivales qui contrôlent le trafic de drogue, ce qui lui a valu le surnom de « Bande de Gaza ». 70’000 personnes y vivent.

Cette action a aussi permis de prendre le contrôle du lieu où se concentrent les consommateurs de crack de Rio de Janeiro et d’effectuer un premier travail d’approche et d’encadrement de ces toxico-dépendants. Le but des autorités n’est pas de les expulser, mais de contrôler leur présence et leurs activités afin de les soigner et de ramener la tranquillité, précisent les autorités. Le Gouverneur de Rio a encore profité de cette action pour annoncer l’expropriation de la raffinerie de pétrole de  Manguinho, voisine de la favela, un complexe vieillissant et polluant qui fonctionne aujourd’hui au ralenti. A sa place, après décontamination des sols, sera édifié un quartier résidentiel modèle destiné prioritairement aux résidents de Manguinho et Jacarezinho. Il devrait être la première manifestation de la réurbanisation de cette zone, ancien fief industriel à l’abandon.

Avec cette nouvelle occupation, Rio de Janeiro compte désormais 29 communautés dites « pacifiées » où vivent 400’000 personnes dans 150 quartiers différents. Selon les derniers chiffres de  l’Institut Pereira Passos de la Préfecture, il y aurait 580 favelas à Rio de Janeiro abritant 1’092’283 habitants ou 18,65% de la population totale de la municipalité.

La violence se déplace là où sont les touristes

Si la baisse de la criminalité est perceptible à Rio de Janeiro, grâce à la politique de pacification mise en place par les autorités depuis 4 ans, la violence n’a pas pour autant disparu.  Un rapport interne du Secrétariat à la Sécurité Publique de la ville révèle que la puissance de feu des criminels reste élevée. Ainsi, de janvier à juillet 2012, 162 fusils ont été appréhendées par les forces de police, soit pratiquement un par jour, et la majorité des armes saisies était des fusils automatiques « Kalachnikov », particulièrement meurtriers. Ces armes ne sont plus aujourd’hui exhibées dans la rue comme avant la pacification, mais leur présence reste un défi, « même si la tendance est à leur diminution, une baisse qui va s’accentuer dans les prochaines années précise le service de presse du Secrétariat à la Sécurité.

Dans le même temps, la criminalité se déplace là où les policiers sont moins bien préparés a y faire face et où les victimes potentielles se concentrent. On en a la confirmation avec la publication de l’édition 2012 de la « Carte Annuelle de la Violence », élaborée par l’Institut Sangari. C’est dans les paradis touristiques de la Côte que le taux d’homicide par 100’000 habitants a été le plus élevé au Brésil en 2012. Ainsi à Porto Seguro dans la Bahia, ce chiffre s’est élevé à 108,3 pour 100’000, il a été de 100,9 à l’île d’Itamaraca près de Recife, de 71,2 à Buzios, le « St-Tropez de Rio de Janeiro », devenu célèbre dans les années 1960 après avoir été découvert par Brigitte Bardot et de 70,3 à Foz do Iguaçu, ville frontière avec le Paraguay et l’Argentine.

« Une des raisons, croit savoir Carlos Alberto da Costa Gomes, coordinateur de l’Observatoire de la Sécurité Publique de l’Université de Salvador de Bahia, c’est la forte présence dans ces endroits de touristes étrangers, attirés par les images de propagande de femmes brésiliennes dénudées, qui viennent y chercher l’aventure dans les réseaux de prostitution ». L’autre raison, c’est la concentration des trafiquants de drogue et leurs rivalités dans ces lieux ou la « clientèle » est abondante, justement à cause de la présence de ces touristes et vacanciers.

Encore et toujours la surpopulation carcérale

Il y a 20 ans, 11 prisonniers étaient massacrés par la police dans le pénitencier de Carandiru à São Paulo, après une mutinerie. Cette tragédie avait ému le pays et sa répercussion à l’étranger avait fait découvrir l’enfer des prisons brésiliennes surpeuplées. Depuis, le bagne maudit de São Paulo a été désactivé, mais la surpopulation carcérale n’a pas baissé : il y avait 7’000 prisonniers à Carandiru, pour 3’250 places en 1992, soit 2,2 prisonniers par lit, aujourd’hui, cet indice est dépassé dans les prisons de 6 des 27 Etats du Brésil.

C’est le cas du pénitencier Anibal Bruno dans l’Etat du Pernambuco (5’230 prisonniers pour 1’448 places), de la prison centrale de Porto Alegre (4’470 détenus pour 1’986 places) du CDP de Pinheiros à São Paulo (5’934 prisonniers pour 2’056 places). Plus généralement, entre 2005 et 2011, le nombre de détenus a augmenté de 74%, celui des places dans les prisons de 66% seulement.

Beaucoup de ces prisonniers sont des petits délinquants non récidivistes, enfermés durant des semaines en attente d’un jugement qui tarde à cause de l’embouteillage des tribunaux. Emprisonnés en compagnie de trafiquants du grand banditisme, ils finissent souvent par basculer dans la criminalité professionnelle, après leur libération. A chaque échéance électorale, les autorités annoncent des plans pour agrandir et aménager les bâtiments, afin de séparer les non-récidivistes des autres prisonniers, ainsi qu’une réforme de la justice pour liquider les retards, mais ils sont systématiquement remisés dans les tiroirs aux lendemains des scrutins. La réforme des prisons n’est pas un thème qui mobilise l’opinion publique au quotidien.

Les indiens à la peine

« Les indiens Yanomami qui vivent au Vénézuela sont victime des chercheurs d’or brésiliens qui sont chaque jour plus nombreux à envahir leurs terres » dénonce l’organisation Horonami qui les représente. D’après cette ONG, même si l’annonce d’un prétendu massacre d’indiens le mois dernier dans la localité frontalière d’Alto Ocamo n’a pas pu être confirmée, « la situation est gravissime. De nombreux garimpeiros, installés le long de la frontière depuis des années entretiennent un climat de tension permanent avec les communautés indigènes ». La solution passe par une union entre les autorités brésiliennes et vénézuéliennes pour réduire les conflits et expulser les chercheurs d’or clandestins, estime l’organisation Horonami, « afin de mettre fin à une grave atteinte à l’intégrité et à la vie du peuple Yanomani ».

La question de la présence des chercheurs d’or brésiliens ne se pose pas qu’au Vénézuela, en Guyane aussi, ils prospectent le lits des rivières amazoniennes empoisonnant leurs eaux du mercure dont ils se servent pour séparer l‘or. La police française fait régulièrement des incursions dans la forêt pour les déloger, mais sans résultats significatifs jusqu’à présent.

Au Brésil aussi, la question indienne ressurgit dans sa globalité. Le 19 octobre, 5’000 croix ont été plantée sur l’esplanade des Ministère à Brasilia pour symboliser les indiens tués ou menacés de morts par les conflits de terre. Selon le Conseil Indigéniste Missionnaire, 503 indiens ont été assassinés entre 2003 et 2011. La moitié d’entre eux appartiennent à l’ethnie guarani des Kaiowa, qui vivent dans le Mato Grosso do Sul.

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