Eoliennes à l’arrêt ; déboisement illégal dénoncé par Greenpeace ; 23 usines hydro-électriques au milieu de la forêt ; les rivières volantes à l’école

32 des 71 parcs éoliens dont la construction a été planifiée en 2009 sont prêt à entrer en fonction, mais ils sont dans l’incapacité de fournir le moindre mégawatt par absence de lignes de transmission pour acheminer leur électricité. C’est l’ANEEEL, l’Agence Nationale pour l’Energie Electrique qui le dit. « Il y a eu un manque de coordination entre l’édification des parc éoliens et la mise en place du système de transmission » admet Romeu Rufino, directeur de l’Agence. 

Lors de l’attribution des travaux en 2009, il était pourtant prévu que la Compagnie Hydro-électrique du São Francisco (Chesf), filiale du Groupe Electrobras, qui a remporté la mise au concours pour l’édification des lignes de transmissions, devait avoir terminé ces installations au moment de la mise en service des parcs éoliens. Mais à ce jour, aucun ouvrage n’est achevé, et certains chantiers n’ont même pas débuté. A cause de ces retards, les 32 parcs d’éoliennes prêts à entrer en service vont rester à l’arrêt au moins jusqu’en juillet 2013.

Déboisement illégal dénoncé par Greenpeace

A l’aide de photos aériennes spectaculaires, Greenpeace dénonce l’existence d’un énorme chantier illégal de déboisement au milieu d’une réserve naturelle situé dans la municipalité de Porto da Moz, entre le Rio Xingo et l’Amazone, dans l’Etat du Para. Selon l’ONG environnementale, l’abattage a lieu sur des terres appartenant à l’Etat Fédéral Brésilien. Plus précisément à un endroit où le gouvernement avait prévu l’installation d’une unité de colonisation de la réforme agraire. Mais le projet a été bloqué par la Justice Fédérale à cause des dommages environnementaux qqu’il aurait provoqué. Dans l’attente du déblocage du dossier, les lieux ont été investis par les bûcherons clandestins. « On est loin d’une affaire de déboisement artisanal, précise Danicley Aguiar de Greenpeace, qui a déposé plainte auprès du Ministère Public. Il s’agit d’une opération d’extraction de grande envergure, avec une circulation intense de camions sur des routes ouvertes dans les clairières déboisées pour accéder à la rivière où plusieurs chalands transporteurs de troncs sont régulièrement en attente.

Cette nouvelle dénonciation intervient au moment où l’Institut Imazon, chargé de la surveillance mensuelle par satellite du déboisement en Amazonie note une recrudescence de l’abattage illégal. En septembre 2012, 431 km2 de forêts ont été rasés, soit 154% de plus qu’une année avant, en septembre 2011. 68% de ce déboisement s’est effectué dans l’Etat du Para, suivi du Mato Grosso (14%). Grâce à une couverture nuageuse réduite, il a été possible pour les satellites de visualiser 80% de la surface de l’Amazonie légale, ce chiffre relativement élevé peut expliquer en partie l’augmentation statistique des chiffres de la dégradation. Mais en partie seulement précise Imazon qui relève que l’essentiel du déboisement s’est fait dans des régions où de grands projets d’infrastructure sont en cours de réalisation. C’est le cas de la zone d’Alatamira, proche du chantier du barrage de Belo Monte.

23 usines hydro-électriques au milieu de la forêt

Les autorités persistent et signent, l’Amazonie va  se couvrir d’usines hydro-électriques d’ici 2020. 9 sont actuellement en construction, 23 autres sont planifiées. En tout, ces 29 installations généreront 38’000 mégawatts, soit une augmentation de capacité de près de 50% par rapport aux 79’000 mégawatts produits actuellement par les 201 usines en fonction. Des installations gigantesques donc, même si l’ensemble de ces usines sera au fil de l’eau et ne va par conséquent noyer que relativement peu de terres : 9’375km2 au total. A titre de comparaison, le lac de retenue du barrage d’Itaipu, construit dans les années 1970 couvre à lui seul une superficie de 1’350km2

Le problème cependant, c’est qu’une partie de ces barrages vont être édifiés dans des zones encore totalement vierges de la forêt. C’est notamment le cas de 7 d’entre eux, le long du Rio Tapajos et Jamanxim (voir Vision Brésil n° 33, avril 2012 ). D’autres seront édifiés dans des régions qui sont l’objet de campagne de régénération de la couverture forestière déboisée, notamment sur les Rio Aripunã et Roosevelt, au lieu dit « Mosaïque de Apuí » où 12 unités de conservation et de protection intégrale des territoires indigènes seront concernées. Cette région du sud de l’Amazonie avait pourtant été considérée comme extrêmement prioritaire par le gouvernement, en ce qui concerne la conservation et la recomposition de la forêt amazonienne. C’était en 2006. Visiblement, les temps ont changé…

L’Etat d’Amazonas, pourtant, au sein duquel 4 de ces nouvelles usines devraient être construites a déjà fait par de sa réprobation. « Nous ne sommes pas contre la croissance économique, mais elle n’a pas besoin d’être prédatrice pour se réaliser », affirme Anderson Bittencourt, coordinateur du secteur énergie du Secrétariat d’Etat pour l’Environnement. L’Amazonas abrite la plus grande partie des zones encore vierges de la forêt amazonienne et se distingue depuis plusieurs années par une politique particulièrement sensible aux questions environnementales.

Les rivières volantes à l’école

Le phénomène des « rivières volantes », qui transportent l’humidité de la forêt amazonienne vers les riches plaines agro-industriel du Centre-Ouest du pays  va quitter le seul domaine des spécialistes pour entrer à l’école. Cette particularité climatique mise en lumière par le pilote amateur suisse Gérard Moss (voir Vision Brésil n° 6 août 2009 ) permet de récupérer 20 milliards de tonnes d’eau générée par l’évaporation des arbres d’Amazonie au nord, qui vont arroser les champs de soja et de canne à sucre du Brésil industriel au Sud. A titre de comparaison, le fleuve Amazone ne déverse dans la mer que 17 milliards de tonnes d’eau douce par jour !

Grâce à l’appui du Programme Petrobras Environnemental, les responsables du projet « Rio Voadores », fondé par Gérard Moss et son épouse, vont présenter à 100’000 élèves dans tout le Brésil le résultat de leurs recherches. Sous forme d’ateliers scolaires très pratiques où seront analysée l’ADN des gouttes de pluies recueillies dans les nuages par des ballons sonde ou par le petit monomoteur que Gérard Moss continue à piloter au dessus de l’Amazonie. Un matériel d’appui pédagogique sera ensuite remis aux professeurs, afin que ces ateliers puissent servir d’introductions à une sensibilisation environnementale plus générales des élèves.

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