Royalties du pétrole ; gaz de schiste ; récompense pour les voitures moins gourmandes ; l’expatriation au quotidien

La perspective d’exploitation du pétrole des très grande profondeurs, le « présal », excite les convoitises. Ainsi l’Organisation des Nations Unies s’est avisée qu’elle pouvait légalement réclamer des royalties sur les gisements situées entre 200 et 350 miles nautiques des côtes brésiliennes (370 à 650 km). Cela lui permettrait de revendiquer des droits variant entre 1 et 7% de la production nationale de brut. Le Brésil n’exploite pas encore les gisements situés sous cette extension de sa plateforme continentale, mais l’Agence Nationale du Pétrole confirme que certains puits pourraient être bientôt mis en activité dans cette zone. L’ANP ne commente pas la demande de l’Organisation des Nations Unies.

Du côté de l’ONU, on précise que la perception de ce nouveau tribut découle de l’article 76 de la CONVENTION SUR LE DROIT DE LA MER, dite « Convention de Montenegro Bay », qui autorise les pays riverains à étendre leur plateforme continentale de 200 à 350 miles nautique. La taxe ainsi perçue devrait servir à stimuler l’activité économique et environnementale dans la région où il est perçu. Des négociations du même type sont en cours avec d’autres pays, dont le Canada. Le Brésil attend avec une certaine inquiétude le résultat de ces discussions. Un nouveau round mondial devrait s’ouvrir l’an prochain, lors d’un séminaire qui se tiendra en Chine, avec pour la première fois, la participation d’une délégation brésilienne.

Gaz de schiste

Le Brésil se découvre une nouvelle richesse dans les entrailles de son vaste territoire : le gaz « non conventionnel », dit « gaz de schiste », qui se loge dans les failles rocheuses de faible porosité. Des premiers sondages révèlent que le pays détiendrait une des 5 plus importantes réserves du monde, avec une potentialité de 17 trillons de m3. « La mise en exploitation de seulement 5% de ces réserves générerait une richesse de 340 milliards de R$ (170 milliards de CHF / 140 milliards d’€) », estime le bureau de consultance Gas Energy, en se basant sur des données de l’Agence Internationale de l’Energie, l’AIE.

De quoi rendre le pays indépendant des importations de gaz naturel en provenance notamment de Bolivie. Le Brésil consomme actuellement 450 milliards de m3 de gaz naturel que Petrobras facture à 10 US$ par millions de BTU, (la mesure de référence dans ce secteur qui équivaut à 27,8m3). En se basant sur l’expérience des Etats-Unis, le pays le plus avancé dans l’exploitation industrielle du gaz de schiste, (il assure aujourd’hui 45% de la consommation nationale), cela pourrait réduire le prix du gaz de 3 US$ par million de BTU, (ou de 0,10 cents de US$ par m3).

Problème cependant, l’exploitation du gaz de schiste implique l’injection sous haute pression de grande quantité d’eau dans la roche, ce qui ne va pas sans dommages environnementaux dont on ne mesure pas encore toutes les conséquences. Si les Etats-Unis ont décidé d’aller de l’avant malgré les protestations des écologistes, la France, elle, a suspendu la prospection jusqu’à nouvel ordre, afin d’y voir plus clair. L’enjeu est bien évidemment le coût des technologies à employer pour réduire l’impact environnemental de cette activité, une polémique à laquelle le Brésil n’échappera pas s’il décide de ce lancer dans l’exploitation de son gaz de schiste.

Récompense pour les voitures moins gourmandes

Après avoir modifié le régime des impôts pour favoriser la production nationale de véhicules automobiles en début d’année, le gouvernement veut maintenant stimuler la fabrication de véhicules économiques en carburant. Les constructeurs qui réussiront à baisser de 12% la consommation de leurs modèles d’ici 2017 pourront accéder aux aides du programme « Inovar-Auto » et bénéficier d’une réduction de l’Impôt sur la Production Industrielle (IPI) de 30 points. En moyenne les voitures de tourisme ne devraient plus consommer que 5,8 litres d’essence ou 8,6 litres d’alcool-carburant aux 100km, contre respectivement 7,1 litre d’essence ou 10,3 litres d’alcool aujourd’hui. Cela permettrait une économie annuelle de 1’150 R$ (570 CHF / 470 €) pour le consommateur.

Les constructeurs qui désirent bénéficier du programme « Inovar-Auto » doivent en outre s’engager à effectuer sur sol national, en 2012 déjà, la moitié des 12 étapes de fabrication de leurs véhicules, puis à « nationaliser » 2 étapes supplémentaires d’ici 2017. Les concessionnaires de marques étrangères pourront eux aussi bénéficier partiellement de la réduction de l’IPI pour autant qu’ils s’engagent à importer des modèles plus économiques, à adhérer au Programme National d’Etiquetage de la Consommation et à investir dans des projets de recherche et développement au Brésil.

L’expatriation au quotidien

Pas toujours facile de s’adapter à la réalité nationale lorsqu’on est affecté par une entreprise multinationale pour quelques années au Brésil. Pas toujours facile non plus de réussir son insertion, lorsqu’on choisit de s’expatrier pour s’installer à son compte à Rio de Janeiro ou à São Paulo. Malgré l’image de séduction que ces villes présentent à l’étranger, une étude de l’agence internationale de recrutement Brookfield International révèle le profil des difficultés des expatriés. Elles sont nombreuses et elles ont à voir avec la vie familiale et la résistance des conjoints face à la nouvelle réalité du quotidien : « 80% des personnes étrangères arrivent avec femme et enfants, l’adaptation familiale, l’éducation des enfants et la recherche d’un logement représentent chacune 15% des difficultés les plus marquantes relevées par les personnes interrogées. Si elles se prolongent, elles affectent directement la qualité du travail de l’expatrié. Les différence culturelles viennent après, elles ne sont citée que dans 12% des cas ».

Les difficultés d’adaptation peuvent exister aussi dans le domaine professionnel. François Godbout, un entrepreneur canadien installé depuis 30 ans au Brésil, le rappelle. Diplômé de l’Université de Sherbrooke et de l’Université McGill, il s’était spécialisé dans les industries de la sidérurgie et des pâtes et papiers au Québec. A la fin des années 80, il décide de s’installer au Brésil où il importe une technologie canadienne de pointe qui concurrence les produits allemands. « Le marché interne est énorme. Onzième économie mondiale en 1985, le Brésil est maintenant la sixième. Il est la plus grande puissance économique d’Amérique latine, C’est aujourd’hui un incontournable ».

Un entrepreneur étranger doit en revanche être bien préparé avant d’intégrer ce marché, explique-t-il. Il lui faut valider les intérêts de ses partenaires brésiliens avant d’aller de l’avant. « La patience, la tolérance, la compréhension et l’ouverture d’esprit sont les habiletés que j’ai le plus développées au Brésil. Au Canada, les affaires se font de compagnie à compagnie, d’organisme à organisme, tandis qu’au Brésil les relations humaines sont beaucoup plus importantes. Étant une société plus collectiviste, tu es quelqu’un au Brésil lorsque tu fais partie d’un groupe, voilà pourquoi ton réseau de contacts a beaucoup plus de valeur qu’à l’étranger. Cela vaut autant pour la sphère professionnelle que dans la vie de tout les jours ».

« Le grand piège au Brésil » ajoute-t-il, « c’est qu’au niveau social on peut rapidement s’y sentir chez soi. Mais dans le milieu des affaires, la méfiance vient avant confiance, contrairement au Canada. Il faut donc s’ajuster à cette nouvelle réalité et le faire adroitement! »

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