61  millions de brésiliens endettés ; marche pour la réforme agraire ; travail esclave dans la construction de logements sociaux ; assassinat barbare d’adolescents.

Pratiquement un brésilien sur trois est aujourd’hui redevable à sa banque d’un emprunt d’au moins 1’000 R$ (500 CHF / 410 €), soit un total de 60,9 millions de personnes. Pour la première fois, la Banque Centrale a établi un cadastre centralisé de tous ces emprunteurs, afin de dresser leur profil exact, « une démarche nécessaire pour établir un historique de chaque client et rendre le système bancaire plus sûr » justifie la Banque Centrale. 

Selon l’institution monétaire, ce nombre de débiteurs, qui a significativement augmenté au cours des dernières années, se stabilise. Il ne devrait pas beaucoup bouger d’ici la fin 2012, par contre, le niveau des emprunts, lui va croître, « car beaucoup doivent contracter un nouvel emprunt pour rembourser une ancienne dette ». Globalement, la moitié de ces 61 millions de personnes doivent plus de 5’000 R$, une somme considérée comme élevée en regard du niveau moyen des revenus, mais pas encore trop préoccupante estime la Banque Centrale. Le taux de créances non recouvrables reste en effet stable, aux environ de 25%.

Marche pour la réforme agraire

Depuis début juillet, le Brésil connaît une agitation sociale chronique avec une succession de grèves dans la fonction publique d’abord, chez les camionneurs ensuite, pour obtenir de meilleures conditions salariales. Des revendications que le gouvernement rechigne à satisfaire car elles vont à l’encontre des efforts entrepris pour maîtriser le budget et réduire les dépenses publiques.

C’est maintenant au tour d’autres mouvements sociaux d’entrer dans la tourmente. Le MST, le Mouvement des Paysans Sans-Terre, le syndicat des agriculteurs Contag et la Confédération des Indiens et des Quilombolas (Conaq) annoncent en effet vouloir « marcher ensemble sur Brasilia » pour revendiquer une amélioration des politiques publiques en matière d’agriculture familiale. « Voilà 10 mois que nos revendications sont sans réponse », dénonce le Secrétaire à la Politique Agricole de la Contag William Clementino, qui qualifie le gouvernement Dilma Rousseff « d’inopérant ». D’après lui, la Présidente est beaucoup moins sensible que son prédécesseur et mentor Lula aux questions rurales.

Les organisateurs de la marche sur Brasilia espèrent rassembler plus de 300’000 personnes, mais n’ont pas encore arrêté une date définitive pour sa réalisation, « qui devrait de toute façon intervenir avant la fin de l’année ».

Travail esclave dans la construction de logements sociaux

L’entreprise de construction MRV, une des 5 plus grandes du pay,s vient d’être épinglée par la nouvelle « liste noire du travail esclave » du Ministère du Travail, pour avoir employé en 2011 « 68 travailleurs dans des conditions analogue à de l’esclavage » dans ses filiales de Bauru et Americana, dans l’Etat de São Paulo. La majorité d’entre ces victimes venait du Nord-Est, recrutée par des sous-traitants. Le problème, c’est que MRV est le principal partenaire de la Caixa Economica Federal, qui finance la construction de logements sociaux dans le cadre du programme « Minha Casa, Minha Vida ». En 2011, elle a lancé 42’000 nouveaux chantiers dont 85% font partie de « Minha Casa, Minha Vida ».

Or une entreprise inscrite sur la liste noire du travail esclave ne peut plus contracter d’emprunts dans des établissements publics. Donc MRV ne peut désormais plus collaborer avec la Caixa Economica Federal, laquelle va devoir lui trouver un remplaçant pour ne pas ralentir le rythme du programme Minha Casa Minha Vida ! Un défi difficile. La Caixa a déjà annoncé que plus aucun nouveau contrat ne serait signé avec MRV, mais que « ceux actuellement en vigueur seront préservés. »

La liste noire du travail esclave du Ministère du Travail comporte 398 noms de personnes physiques et d’entreprises coupables de violations des droits humains, la plupart d’entre elles sont actives dans le secteur agricole.

Assassinat barbare d’adolescents

Les corps criblés de balles de six adolescents ont été retrouvés aux abords d’une route, dans la municipalité de Mesquita, au nord de Rio de Janeiro. Les adolescents, des amis d’enfance sans histoire, ont vraisemblablement été la cible de narcotrafiquants.

Concernant les causes du drame, les scénarios divergent encore. Les autorités estiment que les trafiquants pourraient s’être trompés de cible ou plus vraisemblablement qu’il pourrait s’agir d’une démonstration de force, au moment où le gouvernement cherche à étendre sa politique de pacification dans les favelas, en vue des grands événements sportifs mondiaux à venir, la Coupe du Monde de Football de 2014 et les Jeux Olympiques de 2016. De l’avis des habitants interrogés par la presse locale, les villes de la périphérie de Rio seraient de plus en plus en proie à la violence des trafiquants. Ces derniers, chassés de Rio par les opérations militaires, se réfugieraient dans la région. Le gouverneur de l’Etat Sergio Cabral reconnaît que les criminels « fuyant les zones pacifiées, tentent de se réorganiser dans d’autres favelas afin d’y maintenir une structure de pouvoir parallèle ».

Vingt quatre heures après la découverte des corps, les autorités ont lancé une opération de vaste envergure dans la favela de Chatuba. Selon le site internet de la police militaire de Rio, 250 hommes ont pénétré dans ce bidonville de Mesquita. Au moins 10 personnes, soupçonnées d’appartenir à des réseaux de trafiquants, ont été arrêtées. La favela de Chatuba devrait désormais être occupée de façon permanente par les forces de l’ordre. (Collaboration : http://www.lepetitjournal.com – Brésil)

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