Dans la gestion des affaires municipales, la prévention des risques naturels et la reconstruction après catastrophe sont un des goulots d’étranglement des politiques publiques. Les préfets et les services communaux ne sont pas préparés à faire face à de tels événements, l’argent manque pour intervenir en urgence et la tentation de corruption est particulièrement vivace lorsqu’il s’agit d’agir ainsi dans une situation d’imprévu. L’exemple de Nova Friburgo, ravagée par les inondations au début de l’année 2011 est caricatural à cet égard : un an et demi après, les travaux de reconstruction patinent, quelques uns des 450 morts n’ont toujours pas été retrouvé sous les décombres, mais la ville paye chaque mois le salaire de 3 Préfets différents !

Nova Friburgo au Brésil croule sous ses syndics. Il y en a 3 en même temps, un en congé maladie, un second suspendu pour corruption et un troisième qui assure l’intérim. Les 3 reçoivent un salaire plein, ce qui coûte chaque mois à la Municipalité l’équivalent de 27’000 francs suisses. Pendant ce temps, les travaux de reconstruction, suite à la catastrophe de janvier 2011 n’avancent pas et les projets d’aide de l’association Fribourg – Nova Friburgo sont en partie bloqués.

L’histoire serait simplement ubuesque si elle ne venait pas se greffer sur une tragédie qui a fait près de 900 morts dont la moitié à Nova Friburgo. Mais l’affaire débute avant les inondations catastrophiques de janvier 2011. Elle commence très exactement le 15 septembre 2010. Ce jour-là, le Préfet élu de Nova Friburgo, Herodoto Bento de Melo, 85 ans, en visite en Suisse, chute lourdement sur le quai de gare de Lausanne. Il ne s’en remettra jamais complètement et passe la main à son adjoint, Dermeval Barboza  Moreira Neto. Mais il reste Préfet en titre, en congé maladie.

Novembre 2011, le Préfet alors en exercice Dermeval Neto est suspendu de ses fonctions, accusé d’avoir détourné à son profit 300’000 R$ (150’000 CHF) de fonds publics destinés à la reconstruction de Nova Friburgo. Comme il n’a pas encore été jugé, il continue à toucher son salaire… Comme le troisième édile de la ville, celui qui l’a remplacé à titre intérimaire, le Président du Conseil municipal Sergio Xavier de Souza. En tout, ce sont 3 salaires de syndic qui totalisent 54’000 R$ chaque mois et sont versés depuis 9 mois. Ils vont l’être encore jusqu’aux prochaines élections municipales du mois d’octobre.

Une reconstruction à pas de tortue.

Ce trio de Préfets ne contribue cependant pas à faire avancer les choses. Les travaux de reconstruction de la ville marquent le pas. L’argent est disponible, mais les autorités n’agissent pas ! Au point que le Tribunal Civil de Nova Friburgo vient d’enjoindre aux organes de la Municipalité et de l’Etat de Rio de Janeiro d’entreprendre immédiatement la réalisation d’une dizaine d’ouvrages d’assainissement et de stabilisation nécessaires pour réduire les risques géologiques. Le Tribunal a donné 180 jours aux responsables pour se mettre à l’ouvrage, faute de quoi, les amendes et les peines de prison vont pleuvoir.

L’Association Fribourg – Nova Friburgo et le Canton de Fribourg sont directement intéressés aux conséquences de cette sentence. L’Association avait en effet récolté en Suisse 250’000 francs pour aider les sinistrés de Nova Friburgo, le canton de son côté a mis 100’000 francs supplémentaires à la disposition de l’association.

Une seule réalisation achevée

3 opérations ont été identifiée, mais une seule est terminée, la reconstruction d’une cuisine communautaire et de 2 dépôts à la « Casa dos Pobres » de la Communauté St Vincent de Paul au centre ville. Coût 40’000 francs. Le second projet, l’aménagement d’une crèche dans le quartier de Corrego Dantas, particulièrement affecté par les inondations, d’une valeur de 80’000 francs, est bloqué par les services de l’environnement de l’Etat de Rio, qui considère que l’immeuble choisi se situe dans une zone à risque, alors que leurs homologues de la Municipalité estiment que ce n’est pas le cas. A vues humaines, l’imbroglio bureaucratique n’est pas prêt de se dénouer…

Quant au troisième projet, la reconstruction d’une école pour enfants handicapés dont les locaux ont en partie été détruits par les eaux, il ne pourra démarrer que quand les pouvoirs publics auront effectué les travaux de correction de la rivière afin d’éviter de futurs débordements.

Des travaux qui font partie du lot que le Tribunal Civil de Nova Friburgo demande d’entreprendre immédiatement. « Les fonds de l’Etat de Fribourg seront entièrement utilisés dans le cadre de ces 3 réalisations, explique Mauricio Pinheiro, responsable de la « Casa Suiça » de Nova Friburgo, mais il restera encore de l’argent disponible dans le cadre de l’association pour d’autres projets. Nous avons constitué une commission d’étude pour recevoir les demandes ».

L’Association Fribourg – Nova Friburgo  ne se décourage pas

L’Association Fribourg – Nova Friburgo avance en effet plus rapidement sur les projets qu’elle peut mener de façon indépendante. C’est ainsi qu’une géologue brésilienne a été envoyée à l’Université de Genève pour se former à la prévision des catastrophes naturelles. Après 2 mois de cours théoriques, elle effectue un stage pratique à l’Etat de Fribourg.

La « casa Suiça » elle-même, qui abrite la fromagerie restaurant et le musée de l’émigration suisse a aussi lancé une série d’initiatives culturelles, dont le projet « Terra Amiga » qui invite les populations touchées par la catastrophe à venir se « réapproprier  la terre » en la modelant pour en faire des œuvres d’art. Une exposition de ces travaux vient d’être inaugurée dans les locaux de la Casa Suiça à Conquista, à 20km du centre ville de Nova Friburgo.

Objectif, le Bicentenaire

« Il nous faut durer jusqu’au bicentenaire de la naissance de Nova Friburgo en 2018, commente Rafael Fessler, Président de la branche suisse de l’Association. Dans cette optique, nous allons présenter une demande d’aide financière au canton de Fribourg pour les années 2013 à 2018 ». Et renégocier le contrat de location de la fromagerie restaurant.

Il faut en effet moderniser une partie des équipements, ils s’essoufflent après 25 ans de fonctionnement, « mais aussi adapter le loyer aux bénéfices potentiels de l’entreprise poursuit Rafael Fessler. Il était basé jusqu’à présent sur un chiffre d’affaire de 100’000 R$ par mois (50’000 francs), une expertise que nous avons commandé affirme que la fromagerie peut dégager entre 150’000 et 170’000 R$ mensuellement ».

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