Fin de l’amiante au Brésil ? Agrochimiques en masse ; Basf et Shell, 1 milliard d’amende ; campagne du WWF ; l’assassin de Doroty Stang de nouveau libre

C’en est peut-être enfin bientôt fini de l’usage de l’amiante au Brésil. Malgré la farouche résistance des ultimes producteurs de cette fibre cancérigène, le Tribunal Suprême s’apprête à prononcer l’interdiction totale de son extraction et de son utilisation au Brésil. Dans les fait, il s’agit pour les 11 juges de la Cour de modifier un article de la Constitution donnant capacité aux Etats de décider souverainement dans ce dossier. Le Procureur Général de la République a déposé une demande d’abolition de cette prérogative, afin que désormais, ce soit les autorités fédérales qui légifèrent sur l’utilisation de l’amiante. 7 des 11 juges suprêmes ont déjà annoncé qu’ils allaient suivre les recommandations du Procureur.

La décision du Tribunal Suprême ne signifie pas encore l’interdiction, mais elle ouvre la voie. Au Congrès, en effet, à qui reviendra alors la responsabilité de se prononcer, un projet de loi de prohibition de l’amiante sera bientôt mis en discussion. Il fait de plus en plus d’adeptes. Les députés de l’Etat de Goias, où se situe à Minaçu la dernière mine brésilienne de chrysolite (voir Vision Brésil n° 3, avril 2009), ont perdu des forces au Parlement et Eternit, qui contrôle l’exploitation de ce gisement y a déjà drastiquement diminué ses investissements en prévision d’un possible bannissement.

Depuis 1977, l’amiante est reconnue cancérigène par l’OMS qui prône son interdiction totale. Une quarantaine de pays ont déjà totalement proscrit son utilisation et son exploitation sur leur sol.

Agrochimiques en masse

« La plaie silencieuse des cultures maraîchères », c’est le titre d’une vaste enquête menée par le quotidien « O Globo » dans les zones de productions de tomates de l’Etat de Rio de Janeiro. En croisant les données de l’IBGE (L’Institut Brésilien de la Statistique) sur les surfaces plantées et les morts par cancer, ils ont pu mettre en évidence l’étroite corrélation entre l’usage des pesticides dans les cultures maraîchères et la dégradation de l’état de santé des agriculteurs qui y travaillent : là où la productivité à l’hectare de la tomate est la plus forte se retrouvent les cas de morts par cancer les plus nombreuses.

Mais il n’y a pas que les ouvriers de la terre qui soient concernés. Une thèse de doctorat soutenue l’an dernier à l’Institut Carlos Chagas de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro révèle que des hauts niveaux de pollution à l’endosulfan ont été relevé dans l’air, à 2’000 mètres d’altitude, au milieu d’une réserve naturelle de l’Etat de Rio de Janeiro, la Serra dos Orgãos. Hypothèse du chercheur, ces rejets seraient transportés par les vents et proviendraient en partie des régions agro-industrielles du sud du pays. Mais une partie d’entre eux émanerait des cultures maraîchères de la région.

L’endosulfan est un organo-chloré dont les effets sont dévastateurs sur le système glandulaire et hormonal de l’être humain. Son emploi est interdit dans 44 pays. Au Brésil, sa commercialisation sous contrôle est tolérée jusqu’en 2013. Un contrôle rarement respecté. Les enquêteurs du quotidien « O Globo » ont en effet pu se procurer librement des produits agro-chimiques normalement vendus seulement sur prescription d’un agronome dans 3 des 4 magasins spécialisés où ils se sont rendus.

Le Brésil est le plus gros consommateur du monde d’agrochimiques, absorbant un volume de 900’000 tonnes pour un montant de 7 milliards de US$ en 2010, soit 10% du marché international. Le gouvernement promet depuis des années de renforcer sa législation et de durcir les contrôles, sans effets visibles jusqu’ici.

Basf et Shell, 1 milliard d’amende 

L’ancienne usine de pesticides de la région de São Paulo aurait provoqué de graves maladies chez les employés. Les entreprises Basf et Shell ont été condamnées à 1 milliard de R$ soit 400 millions d’euros d’amende. Ces 400 millions d’euros seront versés pour le préjudice moral causé à la collectivité. Les deux entreprises ont été jugées responsables de la contamination de l’environnement causée par leur ancienne usine de pesticides située à Paulínia. Basf et Shell ont d’ores et déjà annoncé qu’elles vont faire appel de cette décision.

Le juge a également dressé une liste de plus de 1.142 personnes (la plupart ex-ouvriers de l’usine) qui devront être remboursées de leurs dépenses médicales. Elles ont développé des maladies, notamment des tumeurs, suite aux contacts avec la terre et l’eau contaminées de la région, qui abritait également des plantations de fruits et légumes. Des tests toxicologiques ont détecté la présence de métaux lourds et de pesticides chlorés, ce qui a poussé Shell à acheter des terrains environnants l’usine pour éviter une plus grande contamination.

L’usine, qui appartenait à Shell avant d’être vendue à Basf, est restée active de 1974 à 2002. Le montant de 1 milliard de R$ a été actualisé après 2 instances d’un procès qui a commencé en 2000. Shell et Basf contestent la décision, estimant notamment que l’appréciation des dommages n’est pas exacte et que la liste des personnes contaminées comporte des noms qui n’auraient pas été employés à l’usine. (Collaboration : http://www.lepetitjournal.com – Brésil)

Campagne du WWF 

50 francs suisses (41 €) pour sauvegarder 1km2 d’Amazonie, c’est la nouvelle campagne de récolte de fonds lancé par la section suisse du WWF pour « sauver le poumon vert de la planète de la déforestation en constituant une ceinture de protection contre la destruction de l’Amazonie ». En collaboration avec le gouvernement brésilien, le WWF a élaboré un projet consistant à consolider le réseau des réserves naturelles « afin de faire obstacle aux attaques des tronçonneuses qui viennent du Sud du pays ». Première étape de ce projet, la création du Parc National de Juruena, dans le nord du Mato Grosso.

Mais le WWF n’est pas seul à faire campagne en Suisse pour la protection de l’Amazonie en cette fin d’été 2012. Almir Narayamoga, chef indien de la tribu Suruí, un peuple de 1’300 personnes vivent dans le Rondônia est venu manifester à Nyon, la ville du Paléo Festival dont il avait déjà été l’invité en 2008. Soutenu par une ONG locale, Aquaverde, Almir Narayamoga se bat pour reboiser sa réserve avec les siens. Un effort considérable : « si je retire 20 arbres, il faut que j’en replante 200 pour que la forêt se régénère ». Son combat ne reçoit aucun appui des autorités locales, affirme-t-il : « le gouvernement appuie la déforestation, et en même temps il nous donne une protection ». Almir Narayamoga est en effet l’objet de menaces de mort de la part de bûcherons clandestins et ne se déplace plus au Brésil qu’accompagné de gardes du corps des forces spéciales de la police nationale.

L’assassin de Doroty Stang de nouveau libre !

Xème rebondissement, et sans doute pas le dernier, dans la triste saga qui entoure l’assassinat en 2005 de la missionnaire américaine Doroty Stang, figure de proue de la défense des paysans sans terre d’Amazonie et de la lutte contre le déboisement sauvage. (Voir Vision Brésil n° 3 – avril 2009, n° 4 – mai 2009, n° 11 – février 2010, n° 13 – avril 2010, n° 14 – mai 2010, n° 25 – juin 2011). Condamné à 30 ans de prison, Regivaldo Pereira Galvão, le second auteur du meurtre barbare perpétré contre la religieuse (le premier, Bida, est aussi derrière les barreaux pour 30 ans) était emprisonné à Altamira depuis septembre 2011, en attente du recours qu’il a déposé.

Le voici à nouveau en liberté, sur décision d’un des juges de la Cour Suprême, Marco Aureliano Mello, qui a estimé « abusif l’enfermement du condamné pour une cause contre laquelle il a fait recours ». Une nouvelle et curieuse pirouette de la justice brésilienne qui fâche les défenseurs des droits de l’homme, lesquels font maintenant pression pour qu’un autre juge casse cette décision et renvoie Regivaldo Pereira Galvão derrière les barreaux.

Quant à savoir quand les recours interjetés tant par Bida que par Regivaldo Pereira Galvão seront examiné par la justice, personne ne s’avance à prédire une date. 7 ans après sa mort, Doroty Stang continue à alimenter les affrontements entre défenseurs des paysans pauvres d’Amazonie et la nébuleuse des défricheurs clandestins.

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