Depuis le 1er juillet 2012, Rio de Janeiro est élevée au titre de « Patrimoine Mondial de l’UNESCO pour son Paysage Urbain », un titre que la métropole brésilienne partage désormais avec entre autre, les Pyramides d’Egypte, la Statue de la Liberté à New York, la Muraille de Chine et 900 autres merveilles de par le monde. L’aboutissement d’années de travail d’une équipe d’architectes, d’urbanistes, d’historiens, d’anthropologues et de géologues qui ont patiemment construit un dossier de candidature de 300 pages, sous la direction de Maria Cristina Lodi, directrice à l’IPHAN, l’Institut du Patrimoine Artistique et Historique National. Une première ébauche de candidature, en 2002, n’avait pas abouti, le nouveau projet, fruit d’un travail de 4 années a été déposé à l’UNESCO en 2008, il est couronné aujourd’hui.

« La beauté de la ville a pesé, c’est sûr, commente Maria Cristina Lodi, mais c’est ce que nous sommes et comment nous interagissons avec ce paysage exceptionnel qui a fait la différence ». A 53 ans, la directrice de l’IPHAN estime que c’est un privilège d’habiter une cité où les gens ont une « culture de la rue » et où n’importe quelle promenade mène à un panorama à vous couper le souffle : « une des choses délicieuses de Rio, c’est cette culture du plaisir en dehors de chez soi, au bar du coin, au Carnaval, à la plage, en promenade… cette errance permanente à l’extérieur de son domicile est un trait particulier des cariocas et c’est ce qui fait la séduction de cette ville ».

D’abord un site urbain à nul autre pareil

Mais pour les experts du paysage qui ont attribué le titre à Rio de Janeiro, c’est d’abord les particularités du site urbain qui comptent. Un site façonné par la montagne du Corcovado, dominant la ville et la mer de ses 710 mètres, le Pain de Sucre qui ferme la Baie de Guanabara, mais aussi l’aménagement de la plage de Copacabana, les courbes de l’Aterro du Flamengo, pris sur la mer dans les années 1950 et modelé par le paysagiste Burle Marx, ou encore la luxuriante Floresta da Tijuca, reboisée entièrement en espèces natives sur les ruines des plantations de café abandonnées, à la fin du XIXème siècle.

Un des points forts du dossier de candidature, c’est d’avoir révélé un « quadrilatère du paysage », délimité par le champ de vision que l’on a de la ville depuis le Corcovado d’un côté et son contre-champ, depuis le Forte do Pico à Nitéroi, de l’autre côté de la Baie. Ces 2 points de vue dominants composent une image aérienne totale du paysage urbain de Rio, avec sa diversité et ses particularités. Un regard sur la ville qui implique maintenant des contraintes : « on ne peut plus seulement penser à faire la fête, il faut protéger ce qui existe, commente le Préfet Eduardo Paes, la ville ne nous appartient plus complètement, mais c’est à nous de l’entretenir ».

Une ville dont la beauté appartient désormais au monde entier

A cet effet, il vient de décréter la création d’un Institut « Rio Patrimoine de l’Humanité », qui aura pour tâche de gérer les quatre « Unités du Patrimoine » définies dans le projet : le Parc de l’Aterro de Flamengo, la Forêt de Tijuca, le bord de mer de Copacabana et le Pain de Sucre. Désormais, les organisateurs de manifestations qui se dérouleront dans ces lieux devront s’acquitter d’une taxe dont le revenu servira à financer la réfection et l’entretien d’immeubles dans les quartiers historiques protégé du Centre.

Anticipant la décision de l’UNESCO, les autorités municipales avaient déjà décidé au début 2012 d’interdire les panneaux publicitaires sur les immeubles et d’exiger des opérateurs de téléphonie mobile qu’ils retirent une partie des antennes qui enlaidissent le paysage. Un nouveau décret devrait maintenant obliger les nouvelles constructions à camoufler les réservoirs d’eau et les machineries d’ascenseur qui couronnent en général les toits des buldings.

Avec la caution des urbanistes

Des mesures approuvées par les urbanistes et les architectes, « Rio mérite d’avoir des constructions cohérentes avec son paysage, déclare Alfredo Britto, professeur d’architecture à l’Université Catholique. On n’aurait pas besoin de faire de nouvelles lois si les architectes respectaient cette harmonie. C’était le cas dans les années 1950, on le voit sur les magnifiques immeubles qui bordent l’Aterro do Flamengo, ce n’est plus la règle aujourd’hui ».

Mais pour conserver son titre, Rio de Janeiro va encore devoir relever d’autres défis : gérer l’occupation désordonnée des favelas, dépolluer la Baie de Guanabara et nettoyer une fois pour toute ses plages sur lesquels trop de galeries pluviales polluées se déversent encore. Car l’UNESCO effectuera des contrôles réguliers pour savoir si la ville respecte ses engagements en matière de protection du paysage. Sans compter les effets de la mutation en cours, liée à la préparation des Jeux Olympiques de 2016, qui vont se traduire notamment par une refonte totale du système de transports publics et une revitalisation de la zone portuaire.

L’héritage des J.O. de 2016

Le paysage urbain d’après 2016 sera différent de celui d’aujourd’hui. « Mais pas moins séduisant affirme Washington Farjado Secrétaire Municipal du Patrimoine Culturel. Le titre que nous a décerné l’UNESCO est une reconnaissance de notre capacité à construire une cité qui n’est jamais restée intouchable, mais qui est au contraire en perpétuel mouvement depuis sa naissance. C’est une culture urbaine propre à Rio de Janeiro, provocatrice, dynamique et originale ».

« Le paysage carioca est l’image la plus explicite de ce qu’on pourrait nommer la civilisation brésilienne, analyse l’anthropologue Roberto da Matta. Les cariocas ont fabriqué une ville qui utilise des éléments de la nature pour façonner un paysage qui la transforme sans la détruire. C’est unique au monde. New-York. Londres, Paris, sont des chefs d’œuvres urbains, mais des chefs d’œuvres fabriqués entièrement par la main de l’homme. Ils n’interagissent pas avec la nature comme Rio de Janeiro ».

Mieux que les châteaux de la Loire

Plus prosaïquement, le chef cuisinier français Fred Monnier qui vit à Rio de Janeiro depuis 11 ans résume : « je viens d’Angers, le pays des châteaux de la Loire, mais je me sens mieux ici. La beauté de Rio nous enveloppe plus ». Opinion partagée par l’actrice Véra Holz, native de São Paulo : « quand je suis arrivée ici, j’ai adoré la joie de vivre des cariocas. Et j’ai réalisé qu’elle venait de cette proximité entre la mer et la montagne. Vous allez à la plage, la montagne est juste derrière vous. Vous grimper au Corcovado, la mer vous accompagne. On peut prendre un bain à Ipanema et aller se doucher sous une cascade du Jardin Botanique. A 15 minutes à pied, avant d’aller partager une bière dans un bar au bord de la Lagoa. Dans une agglomération de 12 millions d’habitants. Rio, c’est tout cela ! »

Et c’est sans doute cela aussi qui a séduit le jury de l’UNESCO…

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