Révélations sur la dictature ; attaque contre une UPP ; mariage de raison ; Rio-Montpellier ; AF 447 ; Centre Lévy-Strauss ; Nobel à l’UFRJ ; Titeuf brésilien

La mise en place le mois dernier, de la « Commission pour la Vérité », chargée de faire la lumière sur les exactions et les disparitions durant la dictature n’aboutira pas, on le sait, à des condamnations. Ses conclusions, en effet, ne pourront remettre en question le décret d’amnistie de 1979 qui protège ceux qui étaient alors au pouvoir de toute poursuite pénale. La « Commission pour la Vérité » n’en est pourtant pas vidée de son sens. On commence à s’en apercevoir, à la lumière des révélations qui se succèdent sur les tortures et le fichage à grande échelle, pratiqués entre 1964 et 1979.

Les langues se délient du côté de certains militaires à la retraite. On apprend ainsi que l’armée avait mis en place 82 centres de torture dans tout le pays. L’un d’entre eux, situé dans une villa anonyme de Pétropolis, sur les hauteurs de Rio de Janeiro, utilisait des méthodes particulièrement cruelles pour faire parler les prisonniers : des bébés crocodiles et un python étaient introduits dans leurs cellules afin de les terroriser et les faire craquer. « Les crocodiles ne mordaient pas, ils étaient trop jeunes, commente un des anciens responsables de cette « maison de la mort », mais le bruit qu’ils faisaient en claquant des mâchoires était très impressionnant ».

De leur côté, les Archives Nationales ont rendu public une série de dossiers secrets dont 5’000 photos prises par des agents de l’ex-SNI, la police secrète de l’époque. On y voit les cadavres des militants assassinés et certains des disparus. Mais aussi les fiches d’artistes et d’intellectuels qui étaient dans le collimateur des services de renseignements de la dictature. Parmi ces derniers, un certain… Chico Buarque. Le chanteur – compositeur est qualifié « d’artiste subversif, représentant de la gauche festive, auteur de chansons hostiles au gouvernement et à la révolution de 1964 ».

La goutte qui a fait déborder le vase, selon les militaires, fût la célèbre chanson « Gota d’Agua », composée en 1975 et autorisée à la diffusion publique. « Une erreur des services de censure » lit-on sur la fiche de Chico Buarque. Une « erreur qui lui a valu une convocation au Centre de Sécurité et d’Information de l’Aéronautique (CISA) en 1978. Lors de cet interrogatoire, Chico Buarque a refusé de répondre à toutes les questions.

Attaque contre une UPP 

C’est la première fois que cela se produit depuis la mise en place de la nouvelle politique de pacification des favelas de Rio de Janeiro, fin 2008 : L’Unité de Police de Pacification de « Nova Brasilia » dans le « Complexe de l’Allemand », a été attaquée à l’arme lourde par des trafiquants. Une femme policier a été tuée au cours des échanges de tirs. L’accrochage s’est produit 3 semaines après le retrait de l’armée, qui occupait le complexe depuis novembre 2010, et est interprété comme un test, de la part des trafiquants pour tenter de reprendre le contrôle d’une zone dont ils avaient été spectaculairement délogés il y a 19 mois. On se souvient des images de ces dizaines de délinquants s’enfuyant sur un chemin de terre, entre 2 collines…

Un bataillon de la police de choc a donc réoccupé le Complexe de l’Allemand au lendemain de l’attaque, « pour une durée indéterminée », afin d’empêcher la reproduction de tels faits. « Ces événements servent à nous alerter sur les difficultés de la mise en place de cette nouvelle politique de sécurité, commente le quotidien O Globo. L’UPP n’est pas une formule magique dont l’application en elle-même peut exorciser tous les maux. La criminalité continue à exister et exige une vigilance de tous les instants pour éviter un retour en arrière. »

Mais la présence policière n’est pas tout dans ces favelas récemment libérées de la dictature des trafiquants. Il faut encore que les services de l’Etat s’y implantent afin de répondre aux besoins des habitants. Sur ce plan, on est encore loin du compte. Dans le Complexe de l’Allemand, seuls 4 agents de « l’UPP Sociale », chargés de faire transiter les demandes des habitants vers les services administratifs concernés, sont en activités pour une population de près de 300’000 habitants.

Mariage de raison

La crise de la dette européenne met décidément le monde à l’envers ! Ce ne sont plus les brésiliennes et les brésiliens qui se cherchent un conjoint sur le Vieux Continent pour améliorer leurs conditions de vie, mais les européens qui tentent de trouver une âme sœur au Brésil pour échapper au chômage de chez eux… Les demandes de visas permanents d’étrangers pour cause de mariage ont en effet augmenté de 95% entre 2009 et 2010, selon le Ministère de la Justice. Et en 2011, les autorités en ont enregistré 3’479. Ce sont d’abord les français et les anglais qui convolent en juste noce ou en union libre avec des brésiliens, suivis des espagnols.

Ces mariages de raison ne sont pas tous consommés… Luis (nom d’emprunt), 36 ans, un professionnel espagnol de la publicité, vient d’épouser une employée de maison de São Paulo, mais il est homosexuel et son mariage est blanc. Juste un moyen pour s’installer dans la capitale économique du pays : « j’ai un peu peur, mais je connais au moins 3 allemands et un américain dans le milieu gay qui ont fait comme moi ».mAvec un taux de chômage de 5,8%, pratiquement la moitié de la moyenne européenne (10,4%), le Brésil est perçu comme une « terre d’opportunité ». C’est particulièrement vrai pour les espagnols, qui sont aujourd’hui 28% de plus qu’il y a 3 ans, à s’être installé au Brésil.

Autres brèves… 

  • Les villes de Rio de Janeiro et de Montpellier sont désormais jumelées. Les maires des deux villes ont signé cet accord à l’occasion du Sommet de la Terre, le 22 juin dernier. Avec leurs ressemblances et leurs particularités, ces deux villes plébiscitées par les Français et les Brésiliens ont décidé de se rapprocher, avec pour volonté commune de mettre l’humain au coeur de la cité.
  • Le rapport final de l’accident du vol AF 447 Rio-Paris de juin 2009 conclut à une double faute, humaine et technique. L’équipage d’Air France n’était pas entraîné à réagir correctement à la panne provoquée par le gel des sondes Pitot et l’ergonomie de l’Airbus A330 a contribué à aggraver la situation. Le Bureau d’Enquête sur les Accidents Aériens (BEA), dont le rôle est d’améliorer la sécurité et pas de désigner des coupables, suggère 25 mesures pour éviter la reproduction de tels accidents. Ce rapport sera cependant certainement utilisé dans le cadre des procédures en cours pour le dédommagement des familles des victimes.
  • Le consulat de France de São Paulo et l’Université de São Paulo (USP) créent le Centre Claude Lévi-Strauss, un lieu de réflexion et de débats qui s’intéresse aux questions stratégiques des relations franco-brésiliennes (négociations commerciales, environnement, gouvernance globale) ainsi qu’à des problématiques plus sociétales : la laïcité, la démocratie participative, la recherche et l’enseignement supérieur… Ce nouveau laboratoire d’idées tentera d’apporter des contributions originales à destination de tous les acteurs (diplomates, expatriés, journalistes, étudiants, universitaires, entreprises) impliqués, d’une manière ou d’une autre, dans les relations franco-brésiliennes
  • Le Suisse Karl Wüthrich, prix Nobel de Chimie en 2002 pour ses travaux sur la spectroscopie au moyen de la résonnance magnétique va travailler durant une année à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro dans le cadre du programme international « Science sans frontières ». Il collaborera avec un autre prix Nobel de Chimie, l’Israélien Dan Schlechtman, distingué en 2011. La présence de ces 2 chercheurs de pointe va valoriser la production scientifique brésilienne. « D’ici deux à six ans, nous aurons des candidats forts au Nobel » évalue Jacob Palis, Président de l’Académie Brésilienne des Sciences.
  • Titeuf débarque sur le marché brésilien. La star des cours d’école, sa mèche blonde et ses copains Manu, Hugo ou encore Vomito sont bien décidés à séduire le public lusophone.

 L’éditeur Vergara & Riba vient de publier les deux premiers albums du dessinateur suisse Zep : Deus, o sexo e os suspensórios (Dieu, le sexe et les bretelles) et O amor é nojento (L’amour, c’est pô propre). La sortie d’un troisième tome Do que elas gostam (Ça épate les filles) est prévu pour le second semestre.
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