Le document final de la Conférence Rio+20 n’est pas arrivée à un consensus sur la définition de l’économie verte : les Etats-Unis notamment refusent de taxer les bénéfices de la croissance au nom de l’environnement. La discussion autour de la mise en place de ce concept n’est pas close pour autant. Au Brésil, l’économie verte à ses défenseurs et ses opposants et plusieurs acteurs économiques, publics et privés ont déjà pris l’habitude d’inclure les coûts et les bénéfices environnementaux dans leurs calculs.

Du côté des militants qui ont animés le « Sommet des Peuples » sur l’Aterro do Flamengo, pendant les 10 jours de Rio+20, la critique au concept d’économie verte est radicale : c’est un emplâtre qui cherche à camoufler sous un habit vert la défense d’une croissance infinie du marché de la consommation. A l’exemple des REDD’s  qui vise à créer un marché financer du reboisement, attaque Pablo Solon, un écologiste bolivien engagé dans la défense ses forêts indonésiennes: « le mécanisme des REDD’s est un leurre car pour toucher de l’argent en reboisant, il faut d’abord avoir déboisé ! Les propriétaires de forêts vont donc toucher un double bénéfice. D’abord en vendant le bois qu’ils coupent, ensuite en replantant des arbres ».

Miser sur les crédits de carbone

Au-delà de cette discussion théorique, plusieurs acteurs se sont concrètement lancés sur le marché de l’économie verte. Même s’ils restent très minoritaires, ils tracent une voie possible pour l’avenir. C’est ainsi que la Municipalité de Rio de Janeiro, qui paradoxalement vit largement des royalties de l’exploitation du pétrole off shore, a décidé de devenir un grand vendeur de crédits de carbone international. Avec l’aide de la Banque Mondiale, elle est en train de recenser ses potentialités de générer de tels crédits, dans le cadre de son plan stratégique 2013-2016.

Dans la ligne de mire, les crédits découlant du développement des nouvelles lignes de transports publics rapide, dites BRT et l’extension du réseau de prêt de bicyclettes par la Municipalité. Les émission de CO2 devraient déjà pouvoir être réduite de 8% cette année et progressivement de 20% d’ici 2020, et ces économies de gaz à effet de serre devraient générer autant de bénéfices qui seront ensuite investis dans la poursuite de cet effort.

Prendre en compte le capital environnemental

Les autorités fédérales elles, veulent profiter de Rio+20 pour incorporer dans le PIB brésilien, le capital environnemental nécessaire à produire de la richesse. Le premier pas concernera le compte de l’eau, qui sera réalisé par l’IBGE (l’Institut Brésilien de Statistique), en collaboration avec l’Agence Nationale de l’Eau. Devraient suivre, les décomptes de l’exploitation de la forêt et de l’énergie.

Cela devrait faire taire les critiques de ceux qui reprochent aux autorités d’agir d’une main en ignorant ce que fait l’autre : « le gouvernement dit vouloir inclure la question de l’environnement dans l’économie, mais il ne le fait pas, note Miriam Leitão, éditorialiste au journal O Globo. Il prépare au contraire des plans de relance pour l’industrie, comme s’il n’y avait aucun lien, sur l’Esplanade des Ministères de Brasilia, entre les administrations qui s’occupent d’économie et celles qui traitent de l’environnement ».

Filières de l’emploi vert

Autre indicateur intéressant, la multiplication des filières de formation à l’économie verte dans les deux principales universités de Rio de Janeiro, l’Université Fédérale (UFRJ et l’Université Catholique (PUC). Plus de 12 programmes différents, orientés vers la production d’énergie à partir de la biomasse, de la gestion des crédits de carbone et de l’inventaire des émissions de gaz sont désormais proposés aux étudiants.

Et le marché de l’emploi « vert » se développe proportionnellement plus vite que celui des autres secteurs. C’est l’OIT qui le dit : au Brésil, ce secteur a crû de 26,7% en 5 ans, contre 25,3% pour le reste de l’économie. Il existe désormais dans le pays 3 millions d’emplois verts qui s’adressent à des ingénieurs, des géologues et des biologistes, mais aussi à des avocats, des administrateurs et des journalistes. Une croissance encourageante, mais encore marginale, cela ne correspond encore qu’à 6,6% du total des postes de travail formels du pays.

Composante environnementale

Du côté des entreprises, on constate la même évolution, elles sont de plus en plus nombreuses à incorporer dans leurs activités une composante environnementale. Cela fait le bonheur des bureaux de consultants de la branche. Sustentech, par exemple à São Paulo, spécialisé dans le conseil pour la construction écologique affiche une croissance annuelle de 180%. 40% des entreprises commerciales qui se sont créées à Rio de Janeiro en 2011 avaient une composante environnementale dans leur cahier des charges.  La multinationale Vale, un des plus grand producteur de fer du monde, a développé tout un département pour sauvegarder l’équilibre de la faune et de la flore autour de ses mines.

En septembre 2011, l’hebdomadaire Epoca lançait la première édition du « Prix de l’Entreprise Verte » au Brésil. 250 compagnies ont participé au concours, 20 ont été primées pour la créativité de leurs projets environnementaux. Cela va de la production de peintures moins polluantes à l’incitation des consommateurs à rapporter les ordures recyclables contre une remise sur la facture d’électricité mensuelle en passant par l’utilisation du gaz méthane produit par le bétail pour produire de l’énergie.

Deux grandes banques ont aussi été distinguées pour leur politique d’incitation à inclure une composante environnementale dans les demandes de prêts qui leur sont faites par leurs clients. Ce marché vert reste cependant encore  balbutiant et a peine à atteindre le consommateur individuel. Sur les étals des magasins, les denrées « ecofriendly » sont encore des produits de luxe. Remplir son chariot à commission hebdomadaire de façon écologiquement correcte coûte environ double prix !

L’enjeu forestier

Mais le vrai enjeu de l’économie verte au Brésil tourne autour de l’exploitation durable de la forêt. Et dans ce secteur, il est difficile de faire de bonnes affaires. A cause d’abord, de l’indéfinition qui règne dans la question foncière en Amazonie : 80% des terres n’ont pas de propriétaires officiellement enregistrés, ce qui rend périlleux les investissements nécessaire à une gestion équilibrée de l’exploitation forestière. « Ouvrir une route en respectant l’environnement, procéder à un inventaire des essences natives deviennent des tâches herculéennes, se désole Mauro Armelin du WWF, les exploitants finissent par déboiser sans discrimination pour rentrer dans leurs frais ».

Natura, qui fabrique et vend des cosmétiques est une des rares exceptions parmi les grandes entreprises brésiliennes, à avoir adopté une stratégie cohérente et globale de production durable en Amazonie. Natura travaille avec 25 communautés rurales, regroupant plus de 2’000 familles à qui elle achète sa matière première, des plantes natives cultivée biologiquement dans le respect de l’environnement local. Elle injecte de cette manière chaque année près de 9 millions de R$ (4,2 millions de CHF / 3,8 millions d’€) dans l’économie régionale, tout en occupant une niche très rentable du marché des cosmétiques au Brésil.

Rémunérer le service environnemental

Un autre secteur de l’économie verte de la forêt est susceptible de connaître des développements, même s’il est encore balbutiant,  c‘est le marché des services environnementaux. Il concerne notamment la rémunération du maintien en pied des arbres de la forêt. Selon une étude de « The Economics of Ecosystem and Biodiversity », la forêt amazonienne apporte à l’agriculture 1 à 3millirds de US$ par an par sa capacité à réguler les cycle de l’eau en Amérique du Sud. Un service qui n’est actuellement pas pris en compte dans les calculs de rentabilité.

Il devrait l’être dans le futur. Selon Pavan Sukhdev, économiste senior à la Deutsche Bank, la perte causée au niveau mondial par la destruction de l’environnement se monte à 2,5 milliards de US$ par an et au rythme actuel, elle pourrait représenter 7% du PIB mondial en 2050. Des montants financiers qui devraient pouvoir figurer dans les bilans à l’avenir.

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