Le Forum Rio +20 parallèle a réuni des centaines de représentants de la société civile, des acteurs du monde économique et des scientifiques, qui sont venus dialoguer à Rio de Janeiro pendant 10 jours, dans 5 lieux distincts de ceux où se tenait la Conférence officielle, afin de faire pression sur les négociateurs et d’imaginer un futur écologiquement et socialement différent. Le premier objectif n’a pas vraiment été atteint, mais de ce rassemblement inédit de plus de 150 ONG, d’entrepreneurs, de Prix Nobels, et d’économistes ont surgi les vrais espoirs de changements dans le domaine des politiques environnementales.

Un souk écologique

Il y avait le « Sommet des Peuples » qui a installé ses tentes sur l’Aterro do Flamengo. Cela ressemblait plus à un Woodstock écologique qu’à un symposium sur l’avenir du monde, avec ses happenings et ses manifestations de rues déclinées par toutes les minorités du monde, femmes, indiens, paysans sans terre et utopistes en tout genre. Mais au-delà du folklore revendicatif, nombre d’initiatives concrètes pour économiser l’énergie et mobiliser les habitants pour une meilleure gestion environnementale du quotidien, ont pu faire connaître leurs projets.

C’est le cas l’association Copaíba, dont l’objectif est de restaurer la forêt atlantique dans le Sud de l’Etat de Minas Gerais. L’ONG a mis en place des pépinières qu’elle gère avec la population locale et développé une méthodologie de reboisement à partir d’essences natives qu’elle met à disposition des Municipalités intéressées.

Bien en vue aussi, le stand de « l’Observatorio das Favelas », proposait à ses visiteurs de se déplacer dans les favelas de la « Maré » et dans le « Complexo do Alemão », dans la Zone Nord de Rio de Janeiro, pour participer à différents ateliers  ratachés aux projets « Verdejar » destiné à « reverdir » les favelas, « Cooperativa de Reciclagem », visant à une meilleure gestion des déchets, ou « Redes da Maré », qui lutte pour exiger des autorités une amélioration des équipements urbains, notamment dans le domaine de l’évacuation des eaux usées.

Greenpeace encore, avait ancré son bateau militant Rainbow Warrior III dans la baie de Guanabara, où le public était invité à montera bord et enseignait les techniques simple de construction de fours solaires à partie de cartons à chaussure et de papier aluminium.

L’engagement des villes et du monde économique

Mais c’est au Fort de Copacabana, où une énorme construction métallique a été dressée pour la durée du Sommet, qu’ont été annoncés les engagement les plus prometteurs. A côté de l’exposition « Humanidade 2012 », qui a attiré des centaines de milliers de curieux en mal de réflexion sur le devenir de l’homme, 3 forums ont réunis durant 3 jours chacun, les Maires et Préfets de 58 grandes villes du monde, des patrons engagées dans l’entrepreneuriat social et des personnalités de diverses provenances intellectuelles autour de l’élaboration du « Rio Climate Challenge ».

L’initiative de ce « chaudron idées »revient aux associations patronales de Rio de Janeiro (FIRJAN) et de São Paulo (FIESP). Au terme de chacun de ces 3 forums des engagements concrets ont été pris pour faire avancer la lutte contre le réchauffement climatique, indépendamment des blocages de la Conférence officielle.

Faire baisser les émissions urbaines de CO2

C’est ainsi que les Maires et Préfets réunis au sein du « C40 » se sont engagés à réduire de 1,3 milliard de tonnes d’ici à 2030, les émissions de CO2 dans leurs villes. C’est plus que ce que le Mexique et le Canada vont émettre ensemble de gaz à effet de serre d’ici à cette date. Ces 59 agglomérations, parmi lesquelles on trouve Shanghai, Pékin, Moscou, Londres, Paris, Rome, Chicago, Los Angeles… et au Brésil, São Paulo, Rio de Janeiro et Belo Horizonte. sont responsables  de 21% de l’ensemble des gaz à effet de serre émis aujourd’hui dans le monde. Chaque cité va fixer ses stratégies et son calendrier pour contribuer à l’effort commun. 4734 initiatives ont été listées.

Le Préfet de Rio de Janeiro, Eduardo Paes, amphitryon de la réunion, a déjà annoncé ses objectifs : moins 8% d’émissions tout de suite, moins 12% en 2016, moins 20% en 2020. Un défi urgent car Rio de Janeiro, après des années de stagnation économique, vit un boum industriel qui a fait exploser ses rejets de CO2 de 60% depuis 2005 ! En cause, notamment, l’immense dépôt d’ordures à ciel ouvert de Gramacho (qui vient d’être fermé (voir Vision Brésil n° 33, avril 2012), mais aussi la mise en service en 2006 des activités de la Compagnie Sidérurgique Atlantique à Santa Cruz (6,3 millions de tonnes d’équivalent CO2 par an) et l’augmentation du prix de l’alcool-carburant qui a poussé les automobilistes à utiliser à nouveau plutôt l’essence que l’éthanol dans les moteurs flex de leurs voitures.

Surveillance citoyenne

En parallèle de la réunion des Préfets du C40 se sont tenues les assises du Programme « Cités pour le Développement Durable », un réseau de surveillance populaire de la politique des autorités locales dans le domaine du développement durable qui propose des « technologies citoyennes » pour améliorer la santé et le bien-être des habitants, ou lutter contre la déperdition des ressources aquatiques. Une tâche urgente à São Paulo, par exemple, qui gaspille 27% de son eau courante, contre 3,3% à Tokyo.

Le réseau « Cités pour le Développement Durable » est présent dans 40 cités d’Amérique Latine.  Au Brésil,  il existe dans une dizaine de villes dont Rio de Janeiro (www.riocomovamos.org.br), São Paulo (www.nossasaopaulo.org.br), Belo Horizonte (Nossa Belo Horizonte) et Brasilia (Nossa Brasilia). Le programme propose 12 axes thématiques de réflexion, « afin de faire face au défi 2050 où 70% des habitants de la terre vivront en ville ». (www.cidadessustentaveis.org.br)

Mais « Cités pour le Développement Durable » s’adresse aussi aux simples citoyens, en soutenant l’initiative  http://www.globalunionforsustainability.org dans laquelle chacun peut adhérer en signant sur internet une carte d’engagement à réaliser « une action volontaire et mesurable dans le domaine de l’environnement ». L’Union Globale enregistre les promesses et s’engage à rendre public le résultat pratique de chacune d’elle au terme du délai fixé.

Entrepreneuriat social

Autre colloque qui s’est déroulé dans les installations du Fort de Copacabana, « Cités et entrepreneuriat social », convoqué à l’initiative de l’Institut Ethos. Le document final de ce symposium propose 9 actions aux entreprises désireuses de pratiquer l’économie verte, dont la recherche de l’éco-efficience, le développement et l’usage de nouvelles technologies propres, l’engagement à reverser les bénéfices aux populations vivant sur les lieux de production, afin de réduire la pauvreté.

A côté de ces engagements, le manifeste d’Ethos formule 9 exigences à l’égard des pouvoirs publics pour permettre la mise en pratique de ces actions, dont la définition de nouveaux critères de calcul de la croissance « qui ne soient plus seulement basé sur le PIB mais prennent en compte les coûts et bénéfices environnementaux ». Il demande encore la mise en place de politiques fiscales « basées sur les critères du développement durable », qui pénalisent l’usage de ressources non renouvelables et encourage les pratiques écologiques des entreprises.

Ce document a déjà eu un premier effet pratique : la FIESP, la Fédération des Industries de l’Etat de São Paulo, et Greenpeace ont engagé une collaboration en vue d’étudier en commun les mesures que les entreprises peuvent mettre en place. L’alliance de ces « frères ennemis que sont l’ONG écologiste internationale radicale et la plus puissante association patronale du Brésil aurait été impossible il y a peu encore. Elle traduit bien le changement de mentalité qui se fait jour à travers la mobilisation de la société civile autour de Rio + 20.

Négociateurs de bonne volonté

C’est le cas aussi de l’initiative « The Rio Climate Challenge », qui regroupe une vingtaine d’intellectuels, chercheurs, politiciens, penseurs et autres hommes et femmes d’influence de 14 pays en vue de soutenir cinq recommandations fondamentales aux négociateurs de la Conférence officielle, des recommandations « nécessaires et impératives pour réduire le réchauffement global ». On retrouve dans les propositions du « Rio Climate Challenge »,  l’idée de ne plus mesurer la croissance par la seule augmentation du PIB et la mise en place de politiques fiscales basées sur les critères du développement durable. Mais aussi « d’attribuer une valeur économique aux services environnementaux fournis par les écosystèmes », en clair, financer le maintien des forêts en pied pour lutter contre le déboisement.

« The Rio Climate Challenge », demande encore un « New Deal vert », un investissement public massif des gouvernements et des institutions multilatérales dans les énergies propres et la récupération des écosystèmes dégradés, et une réforme du système financier international, sous forme d’un nouveau « Bretton Woods Carbone Zéro». « The Rio Climate Challenge », qui veut devenir un forum permanent de discussion, a fixé son siège à Rio de Janeiro.

L’espoir d’un renversement de tendance

Il va, dès après la fin de la Conférence Rio +20, convoquer tous les gens de bonne volonté à engager un processus de négociations virtuelles pour le climat, basé sur l’expérience de l’Initiative de Genève en vue d’une paix négociée entre palestiniens et israéliens.

« L’Initiative de Genève n’a pas abouti concrètement, reconnaît Alfredo Sirkis, député vert au Parlement brésilien et mentor de « The Rio Climate Challenge », à cause des blocages politiques du moment, mais les négociateurs israéliens et palestiniens ont continué à se rencontrer jusqu’à la mise en place d’un accord de paix virtuel qui prévoit tous les détails du partage de Jérusalem. C’est ce que nous voulons faire dans le cadre de la question climatique ».

Eduardo Viola, un autre membre du « The Rio Climate Challenge », professeur de relations internationales à l’Université de Brasilia, estime qu’il y a aujourd’hui une accumulation dans le monde des forces réformistes favorables à un changement de la politique environnementale globale. « Le rapport de force va certainement basculer positivement un jour. Impossible de dire exactement quand, mais nous devons être prêts pour cette échéance ».  L’écologiste Marina Silva, ex-candidate à la Présidence en 2010 et ancienne Ministre de l’Environnement du Gouvernement Lula, juge pour sa part utile ces simulations « afin de réveiller les consciences de la marge et les rendre majoritaires ».

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