Rio+20 rien ne se perd ; fresque écologique ; une île de déchets ; les contradictions de la politique des carburants

Les organisateurs l’ont promis, Rio + 20 sera 100% recyclable. L’ONG « Onda Carioca » (La Vague de Rio) va récolter le matériel utilisé pour édifier les tentes installées pour l’occasion afin de le transformer en sacs à commission réutilisables. 14 habitants de la favela du Canal das Tachas ont été engagées pour fabriquer ces sacs et vont gagner 2’000 R$ chacun. « Plutôt que de recycler le plastique des tentes, ce qui n’est pas très rentable explique Julio Cesar Costa, fondateur de Onda Carioca, mieux vaut le réutiliser ». 

De son côté, l’organisme officiel du tourisme de Rio de Janeiro, Riotur a demandé à Onda Carioca de récolter les capsules de fermeture de bouteilles vendues aux participants de Rio+20 afin d’en faire des pins et autres objets de décoration.

Fresque écologique

L’artiste Vik Muniz réalise l’occasion de Rio+20 l’installation « Paysage », une immense fresque composée de déchets recyclable, confectionnée à partir d’une photo géante de la ville de Rio de Janeiro. Il a installé ce montage au bord de la baie de Copacabana et invite toute la population à venir lui amener des déchets pour composer l’œuvre. Une fois terminée, l’installation sera photographiée à nouveau afin d’être exposée ensuite partout dans le monde.

Vik Muniz est originaire de São Paulo mais vit à New York. Il a déjà conçu plusieurs réailsations à partir de déchets, notamment en collaboration avec les trieurs d’ordures de l’Aterro de Gramacho, dans les environs de Rio de Janeiro, la plus grande décharge à ciel ouvert d’Amérique du Sud qui vient d’être désactivée. « Il est intéressant d’imaginer que les résidus de Rio+20 servent à incarner la représentation du lieu où s’est déroulé l’événement » explique l’artiste.

Une île de déchets

Elle pousse au milieu de la baie de Guanabara, dont les eaux baignent la ville de Rio de Janeiro, mais même si c’est un tas de déchets, cela ne va pas faire augmenter la grave pollution qui affecte cette portion de côte car il s’agit d’une décharge écologique. Les boues contaminées qui sont retirées du fond de la baie par les travaux de dragage du port sont en effet déposées dans 6 sacs géants fabriqués en matière synthétique, appelés « géotubes », qui sont immergés dans la baie. D’ici fin juillet, 30’000 m3 de boue saturée de plomb, de cuivre, de phosphore et de nitrate vont y être stockés. L’équivalent de 1’000 camions.

Le projet a été conçu dans les laboratoires de l’UFRJ, l’Université Fédérale de Rio de Janeiro. « Les sacs retiennent le matériel contaminé et comme les géotubes sont perméables, l’eau peut être librement évacuée, explique Aurélio Lamare Soares Murtas, chercheur à l’Institut Virtuel International des Changements Globaux de l’UFRJ. Il ne reste donc que la matière contaminée dans les sacs, et elle va même servir à neutraliser les émissions de carbone ». En effet, quand les géotubes seront pleins, on plantera par dessus 2’500 boutures de mangrove qui permettront d’arboriser totalement cette île artificielle. « Il n’y a pas de problème à planter sur des aires contaminées tant que les qui y poussent ne sont pas utilisée pour l’agriculture », poursuit Aurélio Murtas.

Les contradictions de la politique brésilienne des carburants

Le Brésil se vante d’être à la pointe de l’utilisation des biocarburants dans le monde, grâce à l’emploi de l’éthanol et à la généralisation des moteurs flex essence-alcool. A l’occasion de Rio+20, les observateurs ont relevé que cette réputation est désormais surfaite, à cause de la politique adoptée par le gouvernement en matière de blocage du prix des carburants fossiles, afin de favoriser le transport routier des marchandises. Une politique qui a totalement désorganisé la filière de l’alcool carburant dont le prix de a vertigineusement grimpé alors que celui de l’essence restait stable. Résultat, la consommation d’éthanol a chuté, le recours à l’essence a explosé.

Le Brésil était le premier producteur mondial d’éthanol en 2006, aujourd’hui, il en distille moitié moins que les Etats-Unis. Parallèlement, entre mai 2009 et février 2012, la consommation d’essence a augmenté de 76%. « C’est un jeu de perdant-perdant, note un analyste du marché, Petrobras importe du carburant fossile raffiné plus cher qu’il n’exporte son barril de pétrole brut et l’entreprise perd quotidiennement de l’argent. Le gouvernement aussi qui se prive d’une manne fiscale importante. » Les autorités ont réalisé que cette situation ne pouvait plus durer. Elles envisagent une hausse du prix de l’essence de l’ordre de 4 à 7%, mais en baissant les taxes de façon à ne pas pénaliser les consommateurs ni stimuler l’inflation. Avec un litre de carburant à la pompe à 1,50 US$, le Brésil, bien que producteur de pétrole, est un des pays où le prix de l’essence est un des plus élevé d’Amérique du Sud.

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